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Celui-là aurait peut-être inventé la photographie si personne ne l’avait fait avant lui. Au moment où l’image numérique prend le pas sur la technologie traditionnelle et néanmoins sophistiquée jusqu’à la perfection de la chambre grand format, du Leica et des reflex japonais, Steven Pippin balaie l’ensemble pour arriver à ce qu’il appelle la protophotographie, entendez une photographie encore plus pauvre que l’arte povera érigé dès les années 1960 à l’encontre de la culture subventionnée et formatée et qui a vu le sténopé revenir en force avec les plasticiens et la Lomographie chez les artistes photographes qu’usent les gros budgets et lassent les tests de performances techniques.

Tout cela était encore trop pour Pippin qui décide au début des années 1980 que la photographie devait pouvoir se passer d’appareil ou plutôt que tout pouvait lui servir d’appareil : une baignoire, les toilettes d’un wagon de chemin de fer, pour peu que le volume, l’espace se transforme en chambre noire équipée d’un orifice, et qu’on puisse y faire couler deux produits indispensables et connus : le révélateur et le fixateur. La galerie Photographique du Centre Pompidou expose le travail et les trouvailles de Pippin sur deux registres, épistémologique et artistique, c’est-à-dire la genèse de ses différentes audaces techniques et les images qu’elles ont produites. Faite à la fois de performance et d’invention, l’œuvre de Steven Pippin puise son inspiration dans l’histoire de la photographie, jusqu’aux appareils les plus récents, renommés « philosophiques » auxquels Pippin fait subir les outrages de transformations monstrueuses et spirituelles. Si la camera obscura et le sténopé originels y ont leur place légitime, la citation est aussi de mise, avec la reproduction en laverie automatique de l’expérience fondamentale d’Edward Muybridge : les douze chambres de l’illustre prédécesseur sont remplacées par autant de machines à laver chacune équipée de son objectif monté sur aluminium et dotée d’un obturateur central, sans oublier le châssis de bois chargé  d’une surface sensible, le développement étant assuré par les produits versés dans les réservoirs de  lessive et d’adoucisseur, le mouvement des tambours garantissant l’agitation nécessaire. Le sujet ? Un homme qui marche ou un cavalier et sa monture, Muybridge oblige.  Plus étonnantes que belles, mais on peut là en discuter, les images côtoient les savants croquis préparatoires de Steven Pippin, de même que l’imposant coffre contenant les douze objectifs, les châssis de bois et une pompe à vélo. À voir avec l’émotion que suscitent la rencontre des grandes inventions et de l’exploit humain, Nicéphore Niépce et Houdini, Léonard de Vinci et MacGyver.

INFORMATIONS PRATIQUES
• Steven Pippin
Aberration optique

Jusqu’au 11 septembre 2017
Galerie de photographie
Centre Pompidou
75004 Paris
http://www.centrepompidou.fr
• Steven Pippin
Aberration optique

Photographies et textes : Steven Pippin, avec un essai de Frédéric Paul
Coédition des Éditions du Centre Pompidou / Éditions Xavier Barral
304 pages 14,5 x 21,5 cm
185 photographies Noir & Blanc et couleur
Prix : 35 €
Avec le soutien de Lafayette Anticipations- Fonds de dotation Famille Moulin et  de la Fondation d’entreprise Neuflize OBC

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