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Un beau livre et une exposition invitent à retrouver l’œuvre du photographe disparu il y a quatre ans. Auteur d’images célèbres qui ont parfois su faire bouger les repères, Jean-François Bauret apparaît dans son originalité d’artiste épris de beautés, celle des corps, celle de l’esprit qu’il restituait en maître dans ses portraits.

Le modèle masculin qui, dans les pages du Nouvel Observateur, posait nu avait ébranlé toute une génération d’adolescents de bonne famille. La photographie que  Jean-François Bauret  signait en 1967 pour une publicité des slips Sélimaille bravait deux interdits, la nudité intégrale, cible immémoriale des censeurs, la mise en lumière du mâle-objet de désir, ajoutant le risque couru par le client, de la promotion d’un produit qu’on ne voit pas. Un sous-vêtement invisible, l’érotisation de la pub franchissait une étape qui fait date. L’image figure en bonne place dans la belle monographie éditée par contrejour, en vis à vis du portrait habillé de Frank Protopapa, l’élégant et audacieux mannequin. Le nu, Jean-François Bauret en faisait son affaire avec la liberté des peintres, célébrant la beauté de la femme, qu’elle pose ou qu’elle danse, la force des jeunes corps, la puissante maturité des adultes aux divers stades de la vie. Portraitiste magistral, le photographe savait inviter les personnalités en vue à se mettre à se mettre à nu, avec la confiance absolue d’atteindre une vérité affranchie de la vulgarité. Au delà du who’swho d’une certaine époque, le livre restitue le génie pluriel d’un photographe qui ne s’embarrassait pas d’étiquette et dont le talent continue de faire exemple auprès de la nouvelle génération comme il a pu toucher, émouvoir, séduire ou choquer, le public de la seconde moitié du 20e siècle. Décédé aux premiers jours de 2014, Jean-François Bauret entrait au panthéon des très grands. Les images restent et triomphent. Souhaitons aux nombreux bénéficiaires des stages et workshops de se souvenir des mots, quand de sa haute stature, un peu courbée par une bienveillante modestie, Bauret énonçait ses vérités autour de l’être et du paraître, et comment, devant son assistance, il commentait le modèle qu’il s’apprêtait à photographier, comme s’il allait le créer. Ce qu’il faisait finalement.

INFORMATIONS PRATIQUES
• LIVRE
Jean-François Bauret
196 pages 24×32 cm
Texte de Gabriel Bauret, préface de Claude Nori, avant-propos d’Anne de Stäel.
Editions contrejour
45 euros
http://www.editions-contrejour.com

• EXPO
Jean-François Bauret
du 24 mai au 23 juin 2018
Galerie Sit Down
4, rue Sainte Anastase
75003 Paris
http://sitdown.fr

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