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La soirée de Remise du Prix Mentor 2018 s’est déroulée à la SCAM jeudi dernier. Le nom de la lauréate de cette quatrième édition a été dévoilé et il s’agit de la photographe franco-irlandaise Camille Szklorz. Elle avait été nommée finaliste, pour la session lyonnaise du Prix avec sa série « Identités en chantier » sur le Sahara Occidental. Elle a séduit le jury final pour son futur projet : « Une respiration de combat ».

Le Prix Mentor a pour objectif de fournir chaque année à un photographe lauréat les meilleures conditions au développement d’un projet qui utilise la photographie comme médium source. La lauréate recevra une dotation de 5000 euros, une formation d’une valeur de 2500 euros au sein du CFPJ Media de Paris et  un accompagnement personnalisé pour la conduite du projet par la Scam et Freelens.
Les précédentes lauréates sont Léonora Bauman (2015), Sandra Mehl (2016) et le lauréat Cyril Abad (2017).

Identités en chantier

Le Sahara Occidental reste le dernier territoire à décoloniser sur le continent africain.
Situé entre le Maroc, la Mauritanie, et l’Algérie, cette ancienne colonie espagnole est annexée illégalement par le Maroc en 1975.

Les Nations-Unies, chargées d’organiser le référendum, rappellent régulièrement le droit du peuple sahraoui à l’autodétermination. Cependant un statu quo règne, laissant l’occupation marocaine s’intensifier chaque jour davantage.

La brutale occupation par le Maroc dès 1975 a expulsé la majeur partie de la population sahraouie hors de son territoire, vers des camps de réfugiés dans le désert algérien. Les sahraouis restés sur le territoire occupé sont aujourd’hui minoritaires et subissent la répression exercée par les autorités marocaines.

L’histoire de cette terre de nomadisme a légué un patrimoine sahraoui quasi immatériel, offrant ainsi l’avantage à l’Espagne puis au Maroc de façonner et exploiter ce vaste espace désertique.
Par une tactique du « fait accompli », le Maroc délimite, défend, et occupe l’espace, espérant rendre obsolète le droit du peuple sahraouis au référendum d’autodétermination. Militarisation du désert, urbanisme et campagnes de peuplements, ou politiques de déculturation des sahraouis.
Tel un butin, ce territoire devient propriété privé, éminemment économique et commercial.
L’exploitation des richesses s’accompagne à la fois d’une migration massive de travailleurs marocains et d’un urbanisme rapide et spectaculaire, dans des rapports interdépendants. Par une bataille démographique, il s’agit de gommer l’identité sahraoui dans la masse.

L’importance des investissements engagés ici est à la hauteur de la dimension stratégique, et concrétise sur le terrain la volonté du Maroc d’intégrer cette région à son royaume de manière définitive.
Ainsi, les villes grignotent le désert, la population marocaine se déploie par vagues successives dans un environnement bétonné qui s’oppose radicalement au vide alentour.
Plantées dans le désert, les constructions matérialisent les enjeux de ce conflit territorial qui s’éternise depuis 1975.

Biographie

Camille Szklorz

Après des études aux Beaux-Arts de Valence, Camille s’embarque en 2012 dans un périple à vélo de Paris à Abidjan. Une sorte de post-diplôme itinérant et autogéré lui permettant d’expérimenter pendant une année et d’affiner sa pratique. Jonglant entre photo, vidéo et dessin, elle documente une culture de la débrouille – de la signalétique dans le Sahara à la téléphonie mobile en Guinée.
À son retour, elle réalise sur ce sujet son premier film documentaire (Un pas de côté, et le reste suivra), primé dans plusieurs festivals.
Lauréate SFR Jeunes talents, elle expose aux Rencontres d’Arles et Lille 3000, ainsi qu’à la biennale Dak’Art OFF (Sénégal) en 2014.
Depuis 2015 Camille s’est principalement spécialisée sur les questions d’espaces et d’identités en mutation au Sahara Occidental, résultant de la colonisation espagnole puis marocaine.
De nationalités franco-irlandaise, Camille publie à la fois en français et en anglais.

Les photographes finalistes étaient :

Arianna Sanesi pour sa série I would like you to see me – Coup de cœur jury
Gaëlle Abravanel pour sa série Feu Sacré – Coup de cœur public
Flavien Durand pour sa série Nocturne Coup de Cœur public
Aude Osnowycz pour sa série Ukraine, une jeunesse entre guerre et paix – Coup de cœur jury
Louis Van Ginneken pour sa série A la lueur – Coup de cœur public
Bérangère Fromont pour sa série Except the clouds – Coups de cœur jury et public
Didier Bizet pour sa série The promising future for breeders of the Arkhangai – Coup de cœur jury
Quentin Bruno pour sa série To Baghdeda – Coup de cœur public
Fabien Dupoux pour sa série Les Oubliés de la mondialisation – Coup de cœur public
Patrick Cockpit pour sa série Amusons-nous avec Franco  – Coups de cœur jury et public
Jef Bonifacino pour sa série Vorkouta – Coups de cœur jury et public
Guillaume Noury pour sa série Tenter la chrysalide – Coup de cœur public

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