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Il était historien de la photographie, journaliste, écrivain mais aussi photographe. Celui qui fut le témoin plus d’un demi-siècle est décédé ce 24 septembre à l’âge de 86 ans. Jean-Claude Gautrand laissera derrière lui plusieurs monographies consacrées aux plus grands comme Doisneau, Ronis ou encore Brassaï. Il laisse aussi la sienne, publiée l’an passé, « Jean-Claude Gautrand, Itinéraire d’un photographe ».

Sa haute et belle silhouette était familière à plusieurs générations de photographes et d’amateurs d’une certaine vision du monde. Par sa propre production, par les nombreuses monographies qu’il avait consacrées aux pionniers d’un art naissant ou à ses talentueux contemporains et amis, Jean-Claude Gautrand est resté fidèle à sa passion pour l’humanité, à son amour de Paris et à son infaillible défense de ce beau noir et blanc des grandes heures de la période moderne. L’histoire de la Photographie, Jean-Claude Gautrand s’y glisse tôt quand, déjà fort d’une pratique approchée dès l’adolescence, il porte un regard critique sur les abstractions de l’école de Sarrebruck d’Otto Steinert, et quand il rejoint, inspiré et militant, le courant humaniste et poétique de ceux que les livres et les musées consacreront bientôt comme des géants. Mais à la différence des auteurs par nature jaloux de leurs œuvres, Gautrand donnait une part de son temps et de son énergie à promouvoir ses pairs, pour peu qu’ils fussent dans cette ligne d’une photographie capable de faire sens et de toucher la sensibilité de ceux qui la découvrent. C’est avec cette conviction et cette ardeur qu’on le retrouvera aux soirées fécondes et chaleureuses du mythique Club des 30×40, et, aux côtés de Lucien Clergue et de Michel Tournier, à la naissance des Rencontres d’Arles dont il écrira une savoureuse saga pour le trentenaire de 1999. Ceux qui le connaissent bien se souviendront de sa prudente perplexité face aux tendances contemporaines, partagée entre les doutes que lui laissaient les grands tirages aux couleurs plates et sans vie et l’enthousiasme de découvertes de jeunes auteurs. Sa plume d’écrivain ou de journaliste dans la revue Le Photographe dont il devait avec Bernard Perrine relater un siècle de chroniques ont pu dissimuler une œuvre pourtant régulièrement exposée ou éditée en beaux livres, comme autant de propositions de réponses aux questions qu’en esthète, humaniste et philosophe, Gautrand prenait à bras le corps : l’urbanisme sauvage avec “L’Assassinat de Baltard” ou « Bercy, une Ballade », l’horreur avec le village martyr d’Oradour-sur-Glane ou le camp de concentration de Natzweiler-Struthof. Son dernier beau livre, « Itinéraire d’un photographe » paru il y a un an, est aussi celui qu’il avait toujours différé, jugeant plus urgent de parler des autres.

INFORMATIONS PRATIQUES
Jean Claude Gautrand, Itinéraire d’un photographe
200 pages 26×30,5cm
158 photographies
Préface d’Anne Biroleau-Lemagny
Entretien de Sylvie Hugues
Editions Bourgeno
39 €

A LIRE
Jean-Claude Gautrand, Retour sur images

Tags

#Hommage

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