Temps de lecture : 1 minute et 2 secondes

Qui connaît son travail sur la photographie, ses analyses savantes mais toujours claires, les propositions de ses ateliers de lecture du medium, pouvait se douter que le dernier livre de Martine Ravache serait dense et pertinent. Écrit à la première personne, ce retour intime vers l’image, vers ceux qui la font mais aussi vers ceux qui la regardent s’élève du commentaire classique fondé sur le ressort description/interprétation pour donner libre cours aux impressions et aux souvenirs qui se glissent entre de fines réflexions sur un art incarné par ses auteurs.

Au carrefour d’une psychanalyse sans dogme, d’un récit sans anecdote, d’un commentaire sans pompe, ces Regards paranoïaques s’affranchissent aussi de la méthode et de la critique pour entraîner le lecteur sur des pistes inattendues, la liberté des années 1970, l’horreur des camps nazis, l’investigation policière ou l’accompagnement pédagogique. Sept chapitres, indépendants comme les nouvelles d’un bon recueil, offrent autant d’entrées qui s’enchaînent en douceur, comme le souvenir d’une rencontre avec Gisèle Freund, le jeu des ressemblances trouvées au hasard des archives des fonds des périodes ancienne et moderne. De la charmante énigme néo-romantique du Baiser de l’Hôtel de ville aux connexions réalisées par le contemporain Markus Hansen, Martine Ravache propose une alternative à l’Histoire de la photographie en préférant les fragments aux chapitres, avec la parenthèse originale et lartiguienne d’une Couleur mise en face de son Contraire. À lire pour le plaisir du texte et de rares images choisies, et à ranger avec une certaine Chambre Claire.

INFOS PRATIQUES
Regards Paranoïaques, la Photographie fait des histoires
Martine Ravache
Essai
Préface de Mireille Calle-Gruber
Editions du Canoë
176 pages, 29 illustrations
12×18,5cm
24 euros

A LIRE
Martine Ravache, historienne de l’art et critique de la photographie, est notre invitée

X
X