Septembre, 2019

ven20sep0 h 00 min2020dim0 h 00 minLorsque les vélos polluentWu GuoyongGare d'Invalides, 2, rue Robert-Esnault-Pelterie 75007 ParisType d'événement:Exposition,Photographie

Détail de l'événement

Né en 1962 à Xiangyang dans la province du Hubei.

Bien qu’arrivé récemment dans le monde de la photographie contemporaine, Wu Guoyong s’adonne à cette pratique depuis 1984. Dans un premier temps, cet ingénieur de formation s’empare de la caméra dans le but de documenter les chantiers auxquels il est associé.
Mais il faut attendre la retraite pour qu’il se décide à faire de la photographie son activité principale. Conseillé par son ami photographe Li Zhengde, il envisage désormais sa pratique comme un dépassement du document, une recherche de l’esthétique du mal.
La série « No place to place », débute en Janvier 2018. Avec l’aide d’amis contactés sur le réseau Wechat, il repère 45 cimetières de vélos et n’en retient qu’une vingtaine.
Mettant à profit ses connaissances techniques, il conçoit ses propres drones au service de son propos et qui font l’originalité d’une série vue plus de 300 millions de fois par les utilisateurs du réseau social, Sohu Portal Network of China.

Et vous trouverez ci-dessous une présentation de l’exposition :

La Chine est saisie d’une crise d’asthme. La pollution n’obscurcit pas seulement ses villes et son ciel, c’est tout le futur du pays qui s’assombrit. Un brouillard grisâtre et toxique de particules fines, le smog, recouvre les grandes villes. Ce pays, qui a oublié même le souvenir du ciel bleu, dans les rues encombrées de ses cités monstrueuses, où usines et voitures contaminent l’atmosphère, voit la mort lente s’insinuer dans les corps, dans le paysage, dans l’économie. L’espérance de vie diminue et on estime à un million de décès par an les conséquences d’une qualité de l’air dégradée.

Premier pollueur de la planète, premier émetteur de gaz à effet de serre, la Chine a décidé de limiter les effets de la pollution. Le pays redouble d’effort pour stopper la dégradation de l’environnement, conséquence de décennies de croissance. Les résultats sont réels et contradictoires. Entre 2013 et 2017, le taux de particules fines a baissé de 32 % mais une nouvelle pollution, la concentration d’ozone, s’avère particulièrement menaçante.
Face à ce problème de santé publique, les autorités ont depuis 2013 mis en place un plan d’action afin de réduire de 30 % les émissions des industries hautement polluantes.

Dans le domaine des transports, les grandes métropoles soutenues par le pouvoir central ont fait appel à des sociétés de partage de cycles pour limiter les émissions de CO2. En moins de deux ans plus de 70 sociétés spécialisées dans la mise à disposition de ce moyen de transport sont apparues. Ces compagnies ont investi plus de 10 milliards de dollars et ont installé 27 millions de vélos dans la majeure partie des grandes cités chinoises, chaque société se différenciant par une couleur de cycle différente. La première expérience de vélos partagés eut lieu à l’université de Pékin, en Mai 2015. Dès lors, il n’est pas une ville qui ne se soit saisie de cette opportunité. Mais à l’engouement réel des débuts fait place désormais une situation inattendue : les cimetières de deux-roues. Dans les faubourgs des métropoles ont surgi et se sont multipliées des lieux nouveaux, inconnus de l’histoire industrielle, des casses à vélos ! Des accumulations à l’échelle du pays où l’on voit se succéder à perte de vue des carcasses qui s’empilent, se chevauchant dans un alignement et un ordonnancement mortel. Des millions de ces vélos sont ainsi mis au rebut. Ce n’est pas seulement à la disparition d’objets à laquelle nous assistons, c’est à la fin d’une illusion régénératrice.

Paradoxe que ces images de la catastrophe, réalisées par Wu Goyong, entre mars et décembre 2018, dans une vingtaine de villes de Chine. Pour celui qui, à l’aide d’un drone, survole la ruine moderne, la photographie magnifie l’échec, quand l’erreur fait l’horreur. Images inversées du monde réel, les photographies agencées selon une symétrie parfaite sont empreintes d’une beauté profonde. Simulacre impressionniste grotesque, la lumière varie sur les « champs » de vélos. Ces accidents « heureux » façonnent des paysages colorés et chatoyants. Vision délicieuse du mélange des complémentaires et des contrastes.
Ce que le ciel ne donne plus, la véritable couleur de l’atmosphère, Wu Goyong l’a surprise dans les rebuts de notre monde « moderne ».

François Cheval, Juillet 2019

Dates

(Vendredi) 0 h 00 min - 0 h 00 min

Lieu

Gare d'Invalides

2, rue Robert-Esnault-Pelterie 75007 Paris

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