Septembre, 2018

sam08sep(sep 8)11 h 00 mindim30(sep 30)17 h 30 minCourir après la pluieMagali KoenigMusée suisse de l’appareil photographique, Grande Place 99 1800 VeveyType d'événement:Exposition,Photographie

Détail de l'événement

Les Russes sont à la fois nostalgiques du passé et d’un futur qui n’a pas tenu ses promesses. Mais les proverbes sont là pour les consoler et leur faire comprendre que les regrets sont inutiles, au même titre qu’il ne sert à rien d’essayer de rattraper le vent ou de courir après la pluie.
Regretter le passé, c’est courir après la pluie. Proverbe russe

Portrait
Les photographies de Magali Koenig représentent rarement des personnes. Et pourtant, on pourrait presque dire que ce sont des portraits. Quelqu’un vient sans doute de passer par là, juste avant le déclic. Ces lieux qui semblent fraîchement abandonnés, ces espaces voués au désenchantement, ces paysages à la fois immenses et remplis de cachettes, sont investis de toute l’émotion de la vie qui se déroule, hors cadre, juste avant, juste après. On sent la vie, avec ses grands espoirs et ses petits tourments, et on se dit que, juste là, derrière le papier de la photographie, on va rencontrer quelqu’un, la photographe peut-être, ou bien… soi-même ? Oui, les photographies de Magali Koenig ont beau être souvent dépourvues de personnes, elles recèlent, en modeste et en sublime, l’humanité tout entière qui se cache dans l’oeil de la photographe.
Nicolas Couchepin

Magali aime les grands voyages.
Mais rien de spectaculaire dans ses images. Elle sait regarder et nous transmet des petits tableaux, des détails qui laissent deviner la grandeur du monde.
Elle sait capturer la vie des gens sans les gens. Elle sait dire la présence par l’absence. Avec son appareil photographique, elle raconte la petite histoire des gens qui vivent en marge d’une histoire beaucoup trop grande pour eux. La Russie qu’elle aime tant et que l’on trouve au centre de son oeuvre, ces lieux au milieu de rien dans une si grande immensité se prêtent volontiers à cette forme d’euphémisme.
Martine d’Astier

Moscou 1988
Un chauffeur d’Intourist me dépose comme un paquet à l’hôtel Belgrade, je monte dans ma vilaine chambre à 200 dollars, pose ma valise et cours à la gare de Kiev pour voir si le vendeur de chapeaux photographié par William Klein est toujours là.
Dans trois jours, je prends le train pour Pékin, j’ai lu Blaise Cendrars, je vais faire un bout du Transsibérien jusqu’à Irkoutsk. Je marche dans Moscou, seule, tout est gris et froid. Je croise des ombres, c’est l’Union Soviétique, on ne parle pas aux étrangers.
Je découvre le métro, la station Pouchkinskaïa, si belle avec ses mosaïques au plafond, les bâtiments staliniens, la grandeur des avenues, la Moskova, les restaurants pour touristes : blini, caviar, vodka et vin au goût de cerise.
Étrangement, tout me plaît.
Je ne le sais pas encore, mais ces trois jours à Moscou vont déterminer le sens de mes voyages et par là, mon travail photographique.

Moscou 1992, premier mai
C’est la fin de l’Union Soviétique, la Fête du Printemps essaie de remplacer le traditionnel défilé sur la Place Rouge. Le centre de la ville est fermé à la circulation pour une fête qui n’attire personne.
On pourrait imaginer un long traveling qui commencerait par la Place du Manège, sur laquelle quelques évangéliques — arrivés en 1991 — recrutent à coup de hauts-parleurs des passants désorientés. Ensuite, on irait voir sur la Place Rouge les partisans de l’Union Soviétique qui se sont rassemblés avec leurs drapeaux et leur tristesse d’avoir perdu à jamais la promesse des lendemains radieux. Ils ont marché depuis le Parc Gorki, ils forment un groupe compact de travailleurs, de personnes âgées. Parmi eux, quelques sosies de Lénine et de Staline brandissent un drapeau à leur image. Une femme âgée fait le signe de croix. Un camion Zil arrive sur la place, un haut-parleur accroché sur le toit crachote l’Internationale. Tout le monde se tait. La foule est si compacte que j’ai de la peine à me déplacer. Je fais un signe à mon voisin, lui indiquant que j’aimerai m’approcher du camion, il me soulève et toutes les personnes autour de moi me portent de bras en bras jusqu’au camion!
Le traveling se termine en longeant la rue Tverskaya, sur laquelle des centaines de personnes alignées contre les bâtiments, femmes et hommes, souvent âgés, debout, dignes, passent leurs journées et leurs nuits à essayer de vendre deux boulons, trois pommes, de vieux habits.
Je suis là, avec eux, dans l’instant, je vois tout, je photographie, c’est ma vie.

Tout autour
Autour des photographies, il y a du bruit, des odeurs, des rencontres, des souvenirs et des petites histoires.
Un jour d’hiver, j’ai visité la Datcha Blanche de Tchékhov à Yalta et je me souviens de cette douceur que j’avais ressentie en découvrant sa maison où tout était encore si présent. J’aime ses livres, son humour et tout ce que l’on sait de lui.
Un jour d’été, en visitant un monastère près de Riazan, on apprend que ce jour-là est le jour de la bénédiction des abeilles. Et c’est vrai, elles sont toutes là, dans les arbres, dans nos cheveux, dans les blinis au miel. Elles vrombissent et bourdonnent d’impatience en attendant le départ de la Procession, Pope en tête. En avant Bzzzz !
Un jour de retour, je pense à tout ce qui est autour de moi quand je photographie, à l’avant et à l’après de cet instant si court, à la marche, à la chaleur qui fait crisser l’herbe sous mes pas devant la datcha d’ Andrei Tarkovski, au temps qui s’étire, à la pluie de Sibérie qui éteint la lumière, au lac Baïkal si profond, au froid et aux craquements de la Volga gelée, au bruit du train, au fleuve Amour qui nous attire par son nom, à la nostalgie des bouleaux, à l’immensité, à mon attachement, à tous les voyages.

Magali Koenig

Dates

8 (Samedi) 11 h 00 min - 30 (Dimanche) 17 h 30 min

Lieu

Musée suisse de l’appareil photographique

Grande Place 99 1800 Vevey

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