Février, 2019

mar19fev(fev 19)11 h 00 mindim31mar(mar 31)19 h 00 minMOVIMENTOFrancesca PiquerasLa Galerie de l'Europe, 55 rue de seine 75006 ParisType d'événement:Exposition,Photographie

Détail de l'événement

Francesca Piqueras a, une décennie durant, photographié d’étranges fossiles technologiques échoués sur les rives des mers et des océans du globe. Elle est entrée, avec nous, dans l’Anthropocène. Une ère façonnée par l’homme, une époque au sens géologique où les traces d’une activité industrielle en perpétuel renouvellement se lisent à l’œil nu, à même la surface du globe, sans qu’il soit nécessaire d’explorer les strates d’un âge disparu. Nul archéologue ne se penchera sur ces carcasses : elles appartiennent à un présent qui transforme, engloutit et régurgite dans un même élan les obscurs outils d’un âge de fer et de béton. Sa vision sensible continue d’interroger sans le juger ce conflit incessant entre construction et déliquescence, création et effondrement, où nature et humanité s’affrontent en un combat sans vainqueur.

Elle porte aujourd’hui son regard sur les meurtrissures de la roche, sur la contrainte des fleuves, en d’étonnants dyptiques où se confrontent les créations les plus sublimes et les destructions les plus implacables. Ici sont gravés dans le marbre les âges de l’homme, zébrures quasi cubistes où se lisent en noir et ocre les blessures d’une montagne mise en pièces. Ici la vie d’un fleuve étranglé par les barrages s’écoule en jets boueux et bouillonnements furieux, derniers sursauts de liberté. Dans cette dynamique paradoxale, où le mouvement accentue l’immuabilité, la pierre et l’eau entrent en résonance, se font l’écho d’une défaite irrésistible, signalent l’abandon prochain, inéluctable, de constructions humaines vouées à décliner et à disparaître.

Francesca Piqueras sait capter le jeu subtil entre équilibre et déséquilibre, entre ordre et entropie. Ses cadrages animent et mettent en tension les flux antagonistes qui s’ignorent et se combattent, coexistent et se répondent : d’un côté, l’inventivité prodigieuse de l’homme, de l’autre, la puissance irrépressible de la nature. En créant ainsi une dimension à la fois objective et émotionnelle, elle définit un espace hors du temps mais profondément ancré dans notre époque, qui préfigure l’accélération vers le chaos des origines, en un cycle immuable. Une vision qui prend littéralement un sens métaphysique, à la limite de la prophétie. Si la matière se désagrège et se dilue, si elle porte les traces du passage éphémère de l’humanité, c’est pour mieux accentuer sa possible métamorphose, en une re-création indépendante à la fois des lois de la nature et de la main de l’homme.

Ses photographies marquent ainsi l’émergence d’une architecture arbitraire, sans but apparent ou signification directe, qui s’anime d’une vie propre, formes abstraites et anachroniques réinventées par la fantaisie des éléments. Dans cette géométrie spontanée, les éléments, qu’ils soient fluides ou solides, délimitent un univers à la fois onirique et réel, indifférent à notre existence. Les structures qui en résultent appartiennent à un processus créatif hors de notre compréhension de l’ordre du monde, naturel ou humain.

C’est cette existence parallèle que Francesca Piqueras a choisi d’explorer. Ce constat d’une extrême acuité invite à une relecture de notre époque, réinterprète le concept d’Anthropocène en une « anthropo-scène », une mise en lumière de la contraction du temps lui-même, qui s’emballe et s’enraye dans une même mécanique, accèlère le passé et comprime le futur. Un temps de progrès qui broie et jugule indifféremment la roche, l’eau et les hommes. Entre les cicatrices à vif d’une transmutation brutale et la fragilité de notre condition humaine, les monuments improbables de Francesca Piqueras règnent en silence sur une scène absurde, et expriment avec force l’esthétique insolite, intemporelle, mais fondamentalement contemporaine d’une archéologie de notre présent.

Joël Halioua

Novembre 2018

Dates

Février 19 (Mardi) 11 h 00 min - Mars 31 (Dimanche) 19 h 00 min

Lieu

La Galerie de l'Europe

55 rue de seine 75006 Paris

La Galerie de l'Europe55 rue de seine 75006 ParisOuvert du mardi au samedi de 11h à 13h et de 14h à 19h

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