Octobre, 2018

ven05oct(oct 5)14 h 10 mindim21(oct 21)19 h 30 minProlepsisCharles Lopez, Aurore Pallet et Bertrand RigauxPlateforme, 73, rue des Haies 75020 ParisType d'événement:Art Contemporain,Exposition

Détail de l'événement

Chante ! Milton chantait ; chante ! Homère a chanté.
Le poète des sens perce la triste brume ;
L’aveugle voit dans l’ombre un monde de clarté.
Quand l’œil du corps s’éteint, l’œil de l’esprit s’allume –
Paris, mai 1842
In Victor Hugo, Les Contemplations, I Aurore, XX, A un poète aveugle
Informe, lointaine, elle approche vers nous. Cette chose et cet ébahissement qui est le nôtre à cet instant où tout semble paralysé et où la conscience ne répond plus. Cette mémoire qui fait défaut quand le présent l’appelle.
« On y voit rien » titrait Daniel Arrasse face à l’énigme revêtu par la création. Pas plus le « poète » chez Hugo que le théoricien de l’art. Résultant de cette aphérèse, un temps aux abonnés absents. Si nous ne recouvrons pas la vue, celle-ci gagnera tous les loisirs de nous jouer des tours. Doubles et éclaircis se logent ici comme là. Que croire ? Notre vision suffit-elle dans cet éblouissement ? Que nous veulent ces formes insidieuses insérées dans l’image ? Sous l’ébahissement, l’extrême stupéfaction, le merveilleux l’emporte.
La prolepsis se résume dans l’innée. Une action qui prend de l’avance. Chez les Epicuriens, ce quelque chose préexiste avant ou à toutes perceptions par les sens. Il est intéressant de noter qu’en narratologie, la « prolepse temporelle » est justement une anticipation qui vient rompre le parallélisme entre « l’ordre du récit, nous dit la définition, et celui des événements qui constituent l’histoire »1. Tel un flash-back d’avant l’heure. Syncope, cut, blanc, tentative de figuration – Puis c’est reparti, l’expectative en amont ou après l’action. Un petit drame ? Nous assistons à la cessation de toute logique. Cet arrêt sur image autour de laquelle nous venons nous rassembler est une image manquante. Dans nos doubles compris tels qu’ils se déclinent dans les dessins d’Aurore Pallet ou dans la répétition des mêmes absences chez Bertrand Rigaux. Cette apparition venue d’ailleurs nous happe en géométrie et suspension (Charles Lopez, Syncope) jusqu’à nous absorber.
Question donc de faire place à la vacuité probante.
Nous observons d’ailleurs toujours autour de la chose, à la fois matrice et espace véritable tel le délinéament (trait qui indique le contour ou la forme de quelque chose). L’image, cette mystérieuse attente en sursis pré-figure la représentation.
Ici la forme aveugle et spectrale est partout. Noire et vibrante dans la vidéo L’Horizon des évènements de Bertrand Rigaux, c’est comme si la présence formelle réveillait un autre monde, de l’autre côté des lignes, de l’autre côté de l’espace. Suggérée par l’absence dans Les Espaces Doubles d’Aurore Pallet, elle fascine. En lévitation, révélant une tout autre image dissimulée (là un relief montagneux) dans Syncope de Charles Lopez, c’est l’effort du regard qui nous est ordonné.
A travers ces suggestions, deux obédiences ont été convoquées sans l’avoir demandé. La science d’un côté et ses évocations faites au naturel (surnaturel ?), le Romantisme de l’autre, comme pure vision désaxée et fantasmagorique. La première explicitant l’existence, la seconde refusant de lui offrir des explications du réel. Entre les deux, plongés dans une expectative immobile, aveuglés par ce qui a lieu sans en avoir conscience, nous restons en suspens, au cœur de la vision, tous «X» que nous sommes.
Fanny Lambert, avril 2016 –
1 Prolepse : Du grec « prolambano » prendre et porter en avant, prendre les devants, prendre en remontant à l’origine, présumer.

Dates

5 (Vendredi) 14 h 10 min - 21 (Dimanche) 19 h 30 min

Lieu

Plateforme

73, rue des Haies 75020 Paris

Plateforme73, rue des Haies 75020 ParisOuvert du mercredi au dimanche de 14h30 à 19h30

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