Février, 2019

sam02fev(fev 2)15 h 00 minsam30mar(mar 30)19 h 00 minProloguesGwenola FuricGalerie Confluence, 45 rue de Richebourg 44000 NantesType d'événement:Exposition,Photographie

Détail de l'événement

L’œuvre photographique de Gwenola Furic intitulée Prologues est décrite par l’artiste de la manière suivante : « 38 doubles pages de cahier à spirale démontées, sur lesquelles sont collés ou scotchés des tirages ou fragments de tirages couleur ou noir et blanc, des fragments de textes découpés dans des livres, des papiers ».

La singularité de ce travail oblige, pour sa compréhension, à en décrire le processus de constitution : il fut réalisé à la fin des années 1990, pendant plusieurs années, alors que Gwenola Furic finissait ses études de photographie. Il s’agit au départ d’un mur de photographies, de contacts, de fragments d’images et de textes, assemblés au fil des jours avec de l’adhésif. Au déménagement de l’artiste, cette accumulation fut transposée par elle dans un cahier à spirale et le cahier complété ultérieurement, jusqu ‘à épuisement du nombre de pages. C’est plus de vingt ans après que la photographe se décide à remontrer ce travail qu’elle assume encore aujourd’hui. Le titre de la série, Prologues, fut choisi à l’époque. Elle le décrit comme prémonitoire, le ressurgissement de cette œuvre annonçant aussi le retour de Gwenola Furic à la photographie en tant qu’auteur, après une période consacrée à la conservation et à la restauration du patrimoine photographique, dont elle fait encore aujourd’hui profession.

Cette utilisation du carnet ou du scrapbook n’est pas étrangère à l’histoire de la photographie et l’on en connaît des exemples célèbres (scrapbook d’Henri Cartier-Bresson, carnets de Jacques-Henri Lartigue…). Elle copie d’une certaine manière le carnet d’esquisses des peintres : un espace où les formes se cherchent, où l’esprit et la main ont la liberté de divaguer, de créer des associations, avant que le langage de l’œuvre ne se stabilise.

Nous sommes toutefois ici devant le cas différent d’un carnet qui finit par faire œuvre en soi, après sa reconnaissance par l’artiste comme un moment intrinsèque de production photographique. En ce sens, la considération que nous devrions avoir pour ce travail est sans doute proche de celle que nous aurions pour le journal intime d’un écrivain. Et d’ailleurs il semble bien que la pratique du journal intime puisse servir à décrire ce que nous avons ici sous les yeux : elle consiste en effet moins à s’observer de façon narcissique qu’à tenter de rendre intelligible le flux des événements quotidiens, des rencontres, des expériences, des sensations, des sentiments.

Cette œuvre témoigne également du fait que pour rendre compte d’une sensation passée ou d’un souvenir, nous avons besoin de plusieurs éléments fragmentaires, comme si seules la diffraction puis le rassemblement pouvaient représenter correctement l’acte du souvenir et de la conservation .

Conserver, on l’a dit, est aussi le métier de Gwenola Furic : prendre en garde le périssable afin qu’il existe à travers le temps. C’est enfin ce que fait la photographie tout entière : permettre que les images vouées à la disparition puissent renaître sous une autre forme, sauvées au moment même de leur effacement dans le temps.

Ce carnet est pour Gwenola Furic le moyen de la construction d’une géographie personnelle : celle des lieux arpentés, en Bretagne ou ailleurs ; et celle d’un territoire poétique qui existe aussi à travers les fragments de textes dispersés dans l’œuvre, associés aux images avec lesquelles ils viennent résonner pour créer un troisième espace ni seulement visuel ni seulement littéraire, l’antichambre d’un nouveau langage. Chaque feuille de carnet est ainsi le lieu d’une nouvelle expérience de mise en page, le laboratoire d’une réinvention et d’un élargissement fictionnel du paysage quotidien.

Le titre de Prologues donné à cette œuvre photographique évoque à la fois le moment de sa production (la fin de la jeunesse et le début du travail d’artiste, lorsque les grandes lignes de la vie s’esquissent) et sa nature même de recherche d’un territoire nouveau ainsi que du tracé qui pourra le décrire. Il peut rappeler le titre que Takuma Nakahira, l’un des photographes japonais fondateurs du mouvement Provoke, donna à son premier livre : Pour un langage à venir. Ce fut en effet le vœu de ce mouvement que de congédier l’exercice traditionnel de la photographie descriptive pour que celle-ci puisse renaître sous la forme d’un langage parfaitement subjectif.

C’est non pas malgré mais grâce à sa fragilité, à son caractère transitoire, intime et pourtant terriblement insistant, que cette oeuvre qui semble perpétuellement à l’état de projet peut devenir la métaphore de la création photographique, qui n’est faite que de petits arrachements au temps et à la matière lumineuse. Ces soustractions modestes peuvent sembler de dérisoires tentatives de conjurer le caractère éphémère de toutes choses ; ou bien, au contraire, le seul moyen d’en faire l’expérience véritable.

Bruno Nourry
(janvier 2019)

Dates

Février 2 (Samedi) 15 h 00 min - Mars 30 (Samedi) 19 h 00 min

Lieu

Galerie Confluence

45 rue de Richebourg 44000 Nantes

Galerie Confluence45 rue de Richebourg 44000 NantesOuvert du mercredi au samedi, de 15H à 19H et sur RDV

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