Janvier, 2019

mer30jan(jan 30)12 h 00 minmer13mar(mar 13)19 h 00 minThe Voracious PhotobooksGALERIE &CO119, 119 rue Vieille du Temple, 75003 ParisType d'événement:Exposition,Photographie

Détail de l'événement

« Il s’agit rarement juste de nourriture dans la photographie culinaire »
– Susan Bright, Feast for the Eyes – The Story of Food in Photography

Peut-être est-ce parce que la nourriture est un sujet qui unit, qui réunit, peut-être est-ce parce que l’acte de manger en est un nécessaire à la vie, l’Homme a de tous temps cherché à représenter son alimentation. Des scènes de chasses pariétales aux mises en scène hautement distinguées et compliquées des livres culinaires des grands chefs
contemporains, la nourriture a empli l’Histoire de l’Art.
Dès 1827, Nicéphore Niépce, pionnier de la photographie, utilise la Camera Obscura pour photographier une table sur laquelle sont disposés un bol, des couverts, un verre, une carafe et une miche de pain. Il signe alors non seulement les débuts de la photographie, mais également les balbutiements de la photographie culinaire.

Pendant longtemps, le contenu de nos assiettes est photographié de la même manière, reprenant les codes de la peinture classique et de la nature morte, ou composé en vue de dessus sur une table de dîner traditionnelle, de manière à offrir le point de vue du « mangeur ». Puis, dès le milieu des années 1940, correspondant à la fin de la guerre et à une envie de la part des populations de mettre derrière elles l’austérité et les restrictions de ces cinq années de privations, des magazines tels que Vogue font évoluer la pratique de la photographie culinaire. La food devient un sujet de mode. On pense notamment aux images d’Irving Penn qui, mettant en scène avec le même glamour célébrités et camemberts, se fait un des précurseurs du food styling. De plus en plus, l’objectif se rapproche de son sujet, s’essaye aux close-ups. C’est la starification des ingrédients. L’importance est mise sur le produit, sur les textures. On parle bientôt de pornfood. Ce terme, contraction des mots « food » (nourriture) et « pornographie » illustre bien ce sentiment de plaisir « interdit ». Dans les deux cas, on parle bien du fait d’éveiller le désir par le biais du visuel.

La cuisine est cependant un besoin vital jouissif bien plus socialement partageable que le sexe, et, en 2010, quand Instagram est lancé, ce qui ressemblerait à une biographie alimentaire visuelle et quotidienne de notre alimentation se démocratise encore un peu plus. La pratique devient socialement acceptable et acceptée.

Il est ici important de souligner que cette tendance dépasse largement l’univers des grands chefs et part avant tout d’une initiative d’internautes amateurs et internationaux (touristes, blogueurs, femmes et hommes au foyer, étudiants…) sur les réseaux sociaux.

Et si le digital ne permet pas, pour le moment en tout cas, de partager les odeurs et le goût, il s’agit pour la food photographie de déclencher des synesthésies en reliant les images aux souvenirs.

Mettre en scène ce que l’on mange, c’est aussi montrer notre vie, se raconter, et raconter un style de vie.

« Dis-moi ce que tu manges, je te dirai qui tu es », disait Brillat-Savarin dans Physiologie du goût, son ouvrage publié en 1825.

Le visuel permet de ne plus cantonner le partage au petit nombre de convives à un instant t. En postant des images de nos assiettes, on passe d’une expérience censée s’inscrire dans l’éphémère et dans l’intime à une expérience éternelle, pérenne et publique. L’image culinaire semble être devenue un nouveau type d’espéranto, un langage universel, visuel et compris de tous.

The first taste is always with the eyes (« On goûte toujours d’abord avec les yeux »). Ainsi sont rapportés les mots de Marcus Gavius Apicius, figure de la haute société romaine reconnu pour son raffinement gastronomique.

Ceci, tout le monde semble l’avoir compris et au xxie siècle, tout se doit d’être « instagrammable », les plats comme les lieux. Le régal des pupilles en passerait presque avant celui des papilles.

Ces changements d’attentes du consommateur ne sont pas sans modifier également la profession de chef cuisinier.

Ainsi son statut est-il passé en quelques années de celui d’artisan à celui d’artiste – position renforcée par les nombreuses émissions culinaires à la photographie léchée (on pense entre autres à Chef ’s Table sur Netflix).

Sortant de derrière leurs fourneaux, ces chefs sont propulsés au rang de stars, sur le devant de la scène.

L’image serait-elle alors devenue plus importante que le goût ?

S’il est une certitude, c’est que le visuel change nos moeurs et nos habitudes.

Ces dernières années, les consommateurs demandent de plus en plus d’authenticité et de transparence (#slowlife, #nofilter).

C’est dans ce contexte de prises de consciences écologiques et éthiques que certaines publications, ayant bien compris la suprématie du visuel, allient réflexion alimentaire et tentatives de réponses à des problématiques écologiques et de croissance démographique par des solutions créatives mêlant design et science.

Face à ces revues, les livres photographiques semblent s’inscrire d’avantage dans le champs de la représentation du réel. Explorant plus en profondeur les sujets abordés, ils permettent d’affiner les traits de nos portraits gastronomiques, qui sont tout autant psychologiques que sociologiques. Ils se font les miroirs du rapport de chaque époque à ses nourritures.

Nous avons réuni ici une vingtaine d’ouvrages photographiques explorant sous divers angles (l’art, le social, la production, etc.) l’apport de la photographie à notre réflexion sur l’alimentation. Cette sélection est complétée par la présentation de revues explorant différentes problématiques et défis sociétaux à travers l’alimentation.

En espérant que l’exposition sera à votre goût !

Dates

Janvier 30 (Mercredi) 12 h 00 min - Mars 13 (Mercredi) 19 h 00 min

Lieu

GALERIE &CO119

119 rue Vieille du Temple, 75003 Paris

GALERIE &CO119119 rue Vieille du Temple, 75003 ParisOuvert du mercredi au samedi 12h - 19h

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