Février, 2019

ven22fev(fev 22)10 h 00 minsam30mar(mar 30)19 h 00 minWherein Lies the SpaceRosemarie CastoroGalerie Thaddaeus Ropac, 7 Rue Debelleyme, 75003 Paris

Détail de l'événement

Après sa première grande rétrospective européenne l’an dernier au Museu d’Art Contemporani de Barcelona (MACBA), la Galerie Thaddaeus Ropac a le plaisir de présenter la première exposition personnelle de Rosemarie Castoro (1939-2015), artiste américaine pionnière de l’art minimal, dans sa galerie du Marais. Coïncidant avec le 80e anniversaire de la naissance de l’artiste, l’exposition aborde toutes les facettes de sa pratique multidisciplinaire depuis le milieu des années 1960 jusqu’au milieu des années 1980. À travers une sélection d’oeuvres emblématiques, cette exposition entend rendre compte de la contribution essentielle apportée par Rosemarie Castoro au développement de la peinture abstraite, de la sculpture, de l’art conceptuel, de la poésie concrète et de la performance. De ses premières peintures, dont Frank Stella disait qu’elles reflètent la sensibilité d’une coloriste exceptionnelle à ses œuvres murales monochromes et ses grandes sculptures organiques qui sont devenues sa marque de fabrique, l’œuvre de Castoro – longtemps éclipsée par celle de ses pairs masculins – est une redécouverte pour le public d’aujourd’hui.

Rosemarie Castoro était une figure centrale de la scène artistique new-yorkaise des années 1960, aux côtés de Carl Andre avec qui elle était alors mariée. Dans son studio-loft de Soho se retrouvaient de nombreux artistes tels que Sol Lewitt, Michael Heizer, Richard Long, Lawrence Weiner, Lee Lozano, Robert Smithson, Agnes Martin et d’autres acteurs de cette avant-garde très soudée. L’une des rares femmes associées au minimalisme, elle s’est affranchie des frontières esthétiques de l’époque en introduisant des allusions surréalistes et sexuelles dans la rigueur abstraite du Minimalisme. Elle a elle-même rejeté avec ironie ce terme en 1986 en déclarant “Je ne suis pas une minimaliste, je suis un Maximust.” Tout au long de sa vie, Castoro s’est évertuée à mélanger les différentes pratiques, se définissant elle-même comme une “paintersculptor”. La critique d’art et commissaire d’exposition féministe Lucy R. Lippard l’a plus tard décrite comme une artiste ayant “subverti et dépassé le minimalisme sur son propre terrain.”

En 1969, Castoro annonce ce qui va définir l’ensemble de sa pratique dans un poème de poésie concrète qui donne son titre à cette exposition :

WHEREIN LIES THE SPACE

BETWEEN WAKEFULNESS AND SLEEP

BETWEEN METHOD AND OBJECT

Non seulement le poème démontre l’importance du langage dans son travail – elle utilise souvent des jeux de mots pour titrer ses œuvres – mais il cartographie aussi le territoire qui l’intéresse aux intersections du temps et de l’espace, du rationnel et du subconscient.

Lorsqu’elle commence sa vie d’artiste, Rosemarie Castoro se concentre essentiellement sur la peinture dont elle explore les fondements à travers différentes séries successives. Dans sa série des Prismacolor, la composition de chaque tableau est structurée autour d’une couleur principale et d’un angle. Une couche de peinture acrylique est appliquée diagonalement sur la toile brute en suivant l’orientation choisie pour l’oeuvre, orientation accentuée par des lignes parallèles tracées au crayon sur la surface peinte. Dans d’autres compositions géométriques émerge souvent une forme en ‘Y’ qui suggère l’idée d’une répétition à l’infinie d’un motif qui se déploie au-delà même des limites de la toile. Son usage de la couleur couvre un spectre très large, depuis des compositions où s’entrecroisent des tons primaires jusqu’à des teintes extrêmement subtiles qui expriment l’humeur du jour.

À la fin des années 1960, le travail de Castoro prend une direction plus expérimentale. Elle fait usage du langage dans des oeuvres de plus en plus conceptuelles, qu’il s’agisse de poésie concrète ou de ses propres journaux. Composés d’un assemblage de textes et de photographies, ces derniers renseignent sur la matrice de son processus créatif, notamment son approche performative. Les polaroids pris au retardateur dans son studio la montrent en train d’interagir dans ses propres oeuvres, adoptant parfois des poses acrobatiques qui révèlent sa formation de danseuse. Suivant une stratégie similaire à d’autres artistes conceptuels, Rosemarie Castoro a tendance à transformer les activités les plus quotidiennes en une forme artistique. Dans l’album de poésie concrète A Day in the Life of a Conscientious Objector (1968), terme utilisé par les opposants à la guerre du Vietnam, Castoro réfléchit sur sa vie d’artiste à travers l’indexation de ses activités quotidiennes au studio.

Au début des années 1970, Castoro abandonne la couleur au profit de surfaces grisées au graphite. Avec un balai, elle commence à « peindre » les surfaces de ces sculptures avec une matière épaisse faite de gesso et de graphite et crée des peintures intensément gestuelles et dynamiques qui semblent se décrocher du mur. Si ces reliefs adoptent des formes variées, une série se base plus spécifiquement sur les initiales d’amis artistes traduits en écriture sténographique. Parmi eux Guinness Martin (1972) est dédié à Agnes Martin. A propos de sa relation avec Martin, Castoro se souvient: « J’avais rencontré Agnes dans son atelier à la fin des années 1960. Nous étions toutes deux des peintres qui faisions des maquettes typographiques pour gagner notre vie. A l’époque, les peintres entretenaient une camaraderie et se rencontraient par l’intermédiaire d’autres peintres. Souvent, nous nous retrouvions dans des bars ou dans les studios des uns et des autres pour prendre le thé. En 1972, j’ai réalisé pour Agnès une découpe qui appartenait à une série de sculptures murales créées avec une brosse utilitaire et qui épelait son nom en sténographie Pitman: Guinness Martin est né comme un déguisement du nom d’Agnes. »

Au milieu des années 1970, ses œuvres gagnent une dimension surréaliste : Castoro se projette alors dans le personnage d’une femme géante qui aurait élu domicile dans son atelier, entourée de ses ‘Giant Brushstrokes’, ensemble d’imposantes protubérances murales dont fait partie Armpit Hair (1972) présentée dans l’exposition. Ses sculptures en époxy plus tardives telles que Land of Lashes (1976), qui évoque une phalange de cils géants envahissant étrangement l’espace comme des araignées, abordent la relation au corps encore plus frontalement.

À la même époque elle travaille également à de grandes installations réalisées à partir de morceaux de bois brut taillés. Beaver’s Trap (1977), dont le titre est dérivé de la traduction anglaise de son nom de famille d’origine italienne, en est un exemple iconique. L’oeuvre est composée de 42 éléments alignés sur le périmètre d’un carré. Ils sont disposés de telle sorte que le l’élément le plus haut se trouve à un coin d’un rectangle formé par les éléments restants qui descendent progressivement vers l’élément le plus court au coin opposé. L’ensemble paraît avoir été conçu pour atteindre une forme d’équilibre et pourtant la courbure différente de chaque pointe donne l’impression que la sculpture peut vaciller à tout moment. Dans une note accompagnant sa première présentation, Castoro relie le piège du castor à un désir d’autoprotection, chaque bâton étant sculpté de manière à tenir en équilibre et “s’il venait à se renverser, cela l’avertirait du danger « . L’oeuvre est alors associée à un piège érotique féminin abstrait, à un “lit destiné à la capture d’un compagnon.”

En 1979, Castoro s’engage dans une nouvelle expérience sculpturale, les Flashers, des pièces en acier noir de plus de deux mètres de haut, exposées dans l’espace public à Manhattan et à Paris sur les berges de la Seine en 1983. L’orignie de la forme humanoïde des Flashers vient d’un moment où Castoro a courbé et plié un billet de 20 dollars pour le faire tenir debout. Le titre évoque l’exhibition sexuelle, « l’imperméable gris que portent les vieux bonshommes et qu’ils ouvrent [Flash, en anglais] devant les jeunes filles innocentes », explique Castoro. La commissaire d’exposition Tanya Barson souligne “l’intérêt que manifeste Castoro à décliner différents aspects de la sexualité et, comme les exhibitionnistes eux-mêmes, à évoquer simultanément le menaçant, le comique et le pathétique ».

Bien que Castoro ne se soit jamais identifiée elle-même comme féministe, sa pratique a contribué à redéfinir les domaines du minimalisme, du post-minimalisme et de l’art conceptuel au prisme d’une subjectivité féminine.

Commissaire de l’exposition: Anke Kempkes

À PROPOS DE L’ARTISTE:

Née à Brooklyn, Rosemarie Castoro a vécu et travaillé à New York toute sa vie, devenant une figure centrale de l’avant garde minimale et conceptuelle.

Puisant très tôt son inspiration dans le domaine de la danse expérimentale alors qu’elle était encore étudiante au Pratt Institute, puis à travers des collaborations avec la chorégraphe postmoderne Yvonne Rainer dans les années 1960, l’œuvre de Castoro a toujours conservé un caractère nettement performatif et témoigne d’une attention spécifique à l’espace et au mouvement. En 1966, elle participe à la performance d’Yvonne Rainer Carriage Discreteness pendant le célèbre festival 9 Evenings. A partir de 1964, Castoro commence à peindre en créant des séries qui explorent de façon systémique des combinaisons de couleurs et de structures dans des compositions all-over innovantes.

En 1968 – alors que les Etats-Unis connaissent une période de troubles politiques – elle abandonne la couleur. Sa pratique s’ouvre à l’art conceptuel, aux performances et à la poésie concrète. En 1969 et 1970, elle participe aux expositions de Lucy Lippard à Seattle et à Vancouver, qui ont permis de définir les termes de l’art Conceptuel. Sa première exposition personnelle a eu lieu à la galerie Tibor de Nagy, à New York, en 1971, où elle expose ses imposants «Free-Standing Walls» et «Giant Brushstrokes». Parallèlement aux expositions en galerie, Castoro a toujours manifesté un intérêt à créer et à montrer son art dans la rue, depuis ses premières performances, intitulées Streetworks jusqu’à sa participation à l’événement «Art on the Beach» à Batterry Park City, à New York en 1978. Ses Flashers à l’allure de totems, ont été exposés à plusieurs reprises dans l’espace public à New York et également à Paris sur les quais de la Seine en 1983.

Castoro a également enseigné à l’Université du Colorado, Boulder; l’Université de Syracuse; au Pratt Institute et au Hunter College, New York. Elle a également milité au sein de l’Art Workers’ Coalition, qui se réunissait dans son studio, et a participé à la création du HIV Arts Network (HAN).

Elle a participé à de nombreuses expositions individuelles et collectives, notamment Distillations, Tibor de Nagy et Stable Gallery, New York (1966); Number 7, Paula Cooper Gallery, New York (1969); Biennale de Paris, Paris (1971); Painting 1967-1968, Hal Bromm Gallery de New York (1975); Direction 1981, Musée Hirschhorn et Sculpture Garden, Washington, D.C. (1981); Side by Side: New acquisitions, Musée d’art moderne de New York (1985); Knee-High Flashers, Galerie Arnaud Lefebvre, Paris (1993); Site and Insight: An Assemblage of Artists, MoMA PS1, New York (2003); Configurations, MAMCO, Genève (2005); Land of Lads, Land of Lashes, Galerie Thaddaeus Ropac, Londres (2018). Sa première grande rétrospective muséale a eu lieu au MACBA, à Barcelone, en 2017, suivie d’une exposition au MAMCO, à Genève qui ouvrira en octobre 2019.

Dates

Février 22 (Vendredi) 10 h 00 min - Mars 30 (Samedi) 19 h 00 min

Lieu

Galerie Thaddaeus Ropac

7 Rue Debelleyme, 75003 Paris

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