Février, 2026

André Villers

sam21fev(fev 21)10 h 00 mindim07jui(jui 7)19 h 00 minAndré VillersLe spectaculaire à l'épreuve de la matièreCentre de la photographie de Mougins, 43 rue de l’Église 06250 Mougins

Détail de l'événement

Photo : André Villers Portrait de Michel Butor 1976 Tirage gélatino-bromure d’argent 40 × 30 cm © ADAGP

Au début de l’année 1953, à Vallauris, André Villers (1930-2016) croise le destin : Pablo Picasso. Depuis cette rencontre, et pendant dix ans, Pablo Picasso et André Villers ne se quitteront plus. André Villers observe, apprend et capture Pablo Picasso qui joue et invente. Deux mondes s’accordent. Le peintre lui offre son premier Rolleiflex, cette « machine à coudre » dont il fera son instrument d’alchimie. De cette complicité naît Diurnes (1962), trente images choisies parmi des centaines, accompagnées de poèmes de Jacques Prévert : une oeuvre à quatre mains, où le photographe ose retoucher le maître, dans une liberté consentie. Lorsque le musée de Dole lui consacre « Photobiographie » en 1986, on découvre un corpus bien au-delà de la documentation accumulée sur Pablo Picasso. André Villers s’y révèle expérimentateur : il découpe le négatif, superpose les transparences, mêle signes et lettres. Avec Michel Butor, il élabore Les Pliages d’Ombres (1977), point d’orgue d’une photographie affranchie du document, ouverte à la métamorphose. L’image devient langage, le langage devient image. Déjà, en 1967, Louis Aragon avait reconnu cette puissance imaginative en publiant ses photos dans Les Lettres françaises pour illustrer l’oeuvre du comte de Lautréamont. André Villers, fidèle à l’esprit de Michel Butor, déplace les frontières du récit visuel. L’image n’est plus un miroir documentaire, mais fracture ; elle interroge la distance entre l’auteur, le sujet et le regardeur. L’ami de Pablo Picasso, sera, entre autres le compagnon de Karel Appel, de Robert Combas, etc., il demeure avant tout membre d’une fraternité d’artistes : ceux qui refusent l’immédiat pour faire de la création un dialogue infini.

Nous voilà incités à redéfinir, à replanter, à greffer de nouvelles souches pour refonder la photographie. Nous avons dépassé le temps du doute, celui de la critique systématique du médium. Depuis les années 1970, les fondements mêmes de l’invention de Niépce ont été repris, disséqués, contestés. Désormais, la matière redevient le point d’ancrage. Des mélanges cellulaires imaginaires, d’autres semences encore, laissent espérer qu’elles porteront en elles des formes accordées à leur temps. Le langage des végétaux et des minéraux est convoqué pour penser une autre fécondité créative. Témoignage d’une époque qui refuse de se laisser instruire par la seule chimie ou par la froideur des technologies contemporaines. L’acte photographique retrouve ainsi la lenteur et la justesse du geste artisanal. Le photographe redevient un cueilleur nomade, un semeur d’images, patient compagnon du vivant. Il faut s’y attarder : la photographie peut, et doit, demeurer un organisme vivant, un corps pigmentaire, composé de signes, d’émulsions et de microéléments vibrants. Il ne s’agit plus de capter, mais d’accompagner le mouvement du vivant ; de se défaire de l’information pour devenir langage sensible. Longtemps enfermée dans la fausse opposition entre document et art, la photographie s’est réduite à une géométrie sans chair. Aujourd’hui, une génération nouvelle reformule l’équation : le signe plastique, la texture, la matière ne dissolvent pas le sens, ils l’ouvrent, ils en élargissent la portée. Redevenue substance, la photographie respire à nouveau. Elle nous offre une scène où la matière devient savoir, où les sensations se font utiles au monde. Derrière la méthode, le choix du matériau pose la nécessité et déroule l’enchaînement des formes. La vie, comme un syllogisme en acte.

Biographie

André Villers (1930-2016) est né à Beaucourt, dans l’est de la France, à proximité des usines Japy et Peugeot.
Atteint de décalcification osseuse à l’âge de seize ans, il rejoint le sanatorium de Vallauris en 1947 pour se faire soigner. C’est là qu’il découvre la photographie, suit ses premières classes et débute ses expérimentations avec les révélateurs.
Autodidacte, André Villers développe dès les années 1950 une pratique centrée sur l’exploration des procédés photographiques : surimpressions, solarisations, collages, photogrammes, variations de tirage et interventions directes sur l’image. Le laboratoire devient pour lui un espace essentiel d’expérimentation, où la photographie est pensée comme matière, comme écriture visuelle et comme processus.
Chaque image est le fruit d’un dialogue patient entre intention artistique, contrainte technique et hasard maîtrisé.
Souvent associé à son rôle de photographe ayant immortalisé le maître Pablo Picasso sur toutes les coutures, André Villers apparaît dans cette exposition comme bien plus que cela, laquelle rend hommage à sa créativité ainsi qu’à son regard de photographe singulier.
Son attention portée aux procédés s’accompagne d’un intérêt marqué pour le livre et l’édition, qu’il considère comme des lieux privilégiés d’invention. Tout au long de sa carrière, André Villers créé des oeuvres et des livres-objets en collaboration avec des artistes, écrivains et poètes, parmi lesquels Pablo Picasso, Claude Viallat, Ben, Arman, César, Hans Hartung, Jacques Prévert, Michel Butor ou Louis Aragon. Ces rencontres donnent naissance à des formes hybrides, où texte et image se répondent, se superposent et se transforment, prolongeant son goût pour l’expérimentation formelle.

Dates

21 Février 2026 10 h 00 min - 7 Juin 2026 19 h 00 min(GMT-11:00)

Centre de la photographie de Mougins

43 rue de l’Église 06250 MouginsOctobre 10h → 19h Fermé les mardis Novembre → Janvier 13 h → 18h Fermé les lundis et mardis, 25 décembre et 1er janvier

Centre de la photographie de Mougins

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