Mars, 2026

Anna Leonte Loron

jeu05mar(mar 5)14 h 00 minsam21(mar 21)18 h 00 minAnna Leonte LoronLost and FoundCentre Photographique Marseille, 74 rue de la Joliette 13002 Marseille

Détail de l'événement

Manger et faire à manger ont pour moi toujours été sources de plaisir. J’aime que la nourriture puisse séduire tous les sens, qu’elle soit affaire de sensualité. L’idée du goût me fascine : qu’on puisse le créer en cuisinant et le retrouver en dégustant. Mais plus je m’amuse à développer cette exigence du goût, plus je m’attriste de réaliser à quel point la nourriture n’a jamais été pour moi qu’une source de plaisir.

Il y a eu ces privations immenses et la satisfaction de se voir réduire. Il y a eu les craquages, à s’en déchirer le ventre, comme de folles sorties de route. Et les sévères retours à l’ordre, lourds de culpabilité, de déception et de tristesse. Il y a eu… Mais de ces boucles répétées, il reste évidemment des traces qui ne disparaîtront certainement jamais. Et c’est comme ça que j’apprends à jouer avec.

La tristesse, c’est de voir tant de femmes autour de moi reproduire en silence des comportements que je ne connais que trop bien, jusqu’à ma propre petite sœur. Mon cœur et mes deux poings se sont serrés en la voyant à table ce jour-là. J’ai eu envie d’éclater plats et assiettes en réalisant que, pour elle aussi, il était peut-être déjà trop tard. Nous échouons ainsi à ce que nos propres sœurs aient avec la nourriture une relation de l’ordre du simple besoin ou du pur plaisir. Qu’en sera-t-il de nos filles, et de leurs filles après elles ? Fermer les yeux sur ce sujet m’est devenu impossible.

Dans mangeuses, lauren malka explique comment nous en sommes collectivement arrivé·e·s là, et à quel point les images ont leur part de responsabilité. Dans l’imagerie collective, les femmes sont en cuisine ou au service, mais ne mangent pas. Celles qu’on voit manger respectent les codes de la « féminité » en se satisfaisant d’une feuille de salade, ou basculent dans un genre pornographique en dévorant un plat de spaghettis. Les femmes qu’on voit manger, mangent pour le plaisir de celui qui les regarde, pas pour leur propre plaisir.

En tant que photographe, femme, grande sœur, mère peut-être un jour, j’ai voulu faire des images de femmes qui mangent, seules ou entre sœurs, mais toujours pour leur propre plaisir.

Les femmes ont faim est une libre adaptation de mangeuses de lauren malka. Une mise sur pellicule de toutes les images qui me sont venues à la lecture de son formidable essai. Si vous êtes là aujourd’hui, à la galerie 78 temple, en train de lire ce texte d’introduction, c’est grâce au soutien et au talent de toutes les femmes qui m’ont accompagnée jusqu’ici. À commencer par assya medioune et morgane gaspar, mes deux productrices, coéquipières, et tellement plus encore… Je suis à jamais admirative et reconnaissante de tout ce qu’elles ont accompli pour m’aider à transformer ce qui n’était qu’une idée posée sur une feuille d’un carnet, l’été dernier.

Dates

5 Mars 2026 14 h 00 min - 21 Mars 2026 18 h 00 min(GMT+00:00)

Centre Photographique Marseille

74 rue de la Joliette 13002 MarseilleOuvert du mercredi au samedi de 14h à 18h

Centre Photographique Marseille

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