Avril, 2026

Umbrales, Javier Silva Meinel

jeu23avrToute la journéesam25julUmbrales, Javier Silva MeinelUne poétique de l’imageMaison de l’Amérique latine, 217 Boulevard Saint-Germain, 75007 Paris

Détail de l'événement

Du 23 avril au 25 juillet 2026 dans le cadre de son programme d’expositions, la Maison de l’Amérique latine à Paris renoue avec la photographie, en dédiant une exposition à une figure majeure de cette discipline en Amérique latine : le Péruvien Javier Silva Meinel. Sous l’intitulé d’« Umbrales, Javier Silva Meinel. Une poétique de l’image » (umbrales, seuils en français), cet événement à caractère rétrospectif est placé sous le commissariat d’Alejandro León Cannock, en association avec la Galerie Younique.

Pour la première fois en France, ce sont non moins d’une centaine d’images mêlant photographies argentiques, tirages digitaux contrecollés sur aluminium, boîtes de lumière rétro-éclairées et wallpapers qui sont ici montrés aux visiteurs.
Cette proposition inédite les invite à s’immerger dans l’oeuvre de l’un des photographes péruviens les plus importants de sa génération, voire de l’histoire de la photographie latino-américaine. Le parcours imaginé par Alejandro León Cannock les entraÎnera dans un univers aussi merveilleux que cocasse et étrange, fruit des visions de Javier Silva Meinel.

Comme un voyage du jour vers la nuit, à la fois physique et spirituel, à travers l’ensemble du territoire péruvien, Silva Meinel – à la manière d’un Irving Penn ou d’un Martín Chambi – recrée le studio en chemin. Prenant du temps avec ses sujets, il développe avec eux une complicité singulière.

« Le recours constant au (re)cadrage dans l’image, dès lors, avec la toile, n’est pour Silva Meinel ni un décor, ni une question esthétique, ni un élément lui permettant de souligner la narration de l’image et la puissance symbolique du portrait, mais plutôt un geste méta-photographique, c’est-à-dire un geste philosophique critique par lequel le photographe mobilise la photographie non pas pour traiter d’un thème déterminé ni pour exprimer un affect singulier, mais pour produire un commentaire sur le processus photographique lui-même : les opérations, les formes et les logique à travers lesquelles le monde y est rendu visible. Ainsi, Silva Meinel engage la photographie dans un mouvement réflexif : il ne s’agit plus de représenter quelque chose, mais d’interroger les conditions de possibilité de la représentation photographique en tant que telle, en en dévoilant ses présupposés et ses régimes de visibilité »
Alejandro León Cannock, Commissaire de l’exposition (extrait du livre-catalogue)

Abordant ses thématiques de prédilection (masques, passages, artificios, animaux, étrangetés, encantados), depuis plus de quatre décennies Silva Meinel n’a cessé de parcourir les côtes du Pacifique, les montagnes des Andes et la forêt amazonienne à la recherche de signes, d’interstices, de scintillements, d’épiphanies qui invitent le regardeur à franchir le seuil du connu pour pénétrer dans les profondeurs qui constituent l’inconscient du réel : un intermezzo. Dans ses images, le réel, l’imaginaire et le symbolique s’entrecroisent et se confondent, créant un espace de transition ; où la photographie se révèle comme phénomène liminaire : l’image-seuil. Un lieu de transit et de transformation, comme un passage qui relie l’ici et là-bas, le visible avec l’invisible, le réel avec le surréel.
Le travail patient et constant au fil des années – un travail de proximité, d’écoute, de dialogue et de partage – a été la méthode, mais surtout l’éthique, de Silva Meinel. Et ce qui ne se voit pas à la surface des images se laisse pourtant ressentir dans leur atmosphère : un souffle fait de curiosité, de fascination, de respect et de délicatesse traverse ses photographies, rehaussant la présence de ceux qu’il photographie et leur restituant toute leur force sensible. Il démontre que l’image peut être un lieu de réciprocité et de présence partagée.

En cette époque d’essentialisation de la représentation de l’autre, l’oeuvre de Silva Meinel rappelle que d’autres figures du photographe sont possibles : peut-être est-il, avant tout, un tisserand de liens, d’histoires, de relations, d’imaginaires

« Dans les gestes des modèles se lisent les traces d’un héritage colonial, mais aussi la liberté de réinventer ce passé ; notamment lorsqu’il s’agit sous l’objectif du photographe, de céder à une forme de fantaisie libératrice. Ainsi, certains vont accepter de composer une forme de bestiaire allégorique où se lient hommes et animaux ; des animaux – poissons, oiseaux… – qui nous paraissent étonnants alors qu’ils font partie du quotidien de ces habitants et distillent cette « familière étrangeté » freudienne. D’autres vont apparaître déguisés ou masqués, se grimant afin d’exprimer leur liberté, s’appuyant sur l’exubérance festive et les symboles perdus, afin de donner à voir le mystère palpitant du réel transfiguré par l’imaginaire »
Héloïse Conésa, Conservatrice en chef du Département de Photographie de la BnF (extrait du livre-catalogue)

Maqtas y el bolero, 1996

Dans Maqtas y el bolero, à l’occasion des festivités de la Virgen del Carmen au mois de juillet, Javier Silva Meinel saisit un groupe de maqtas — figures d’arlequins andins connues pour leurs saynètes humoristiques et leur interaction espiègle avec le public — rassemblés autour d’une toile noire et jouant avec la boule en bois du bolero, en se la passant de main en main. En arrière-plan, une toile peinte évoquant une architecture coloniale avec une présence de végétation (inspirée des toiles originelles de Martín Chambi) fait partie du dispositif récurrent de son oeuvre photographique. Par le jeu contrasté de cette double toile — l’une opaque, l’autre illusionniste — le photographe instaure une ambiguïté expressive singulière et subtilement cocasse : le regardeur, désorienté, est invité à (re)construire la réalité et à résoudre l’énigme visuelle proposée; tandis que la documentation d’une scène festive se transforme en méditation poétique sur l’identité, le rite et la mémoire collective andine.

María Reiche y las líneas de Nazca, 1993

Dans cette photographie consacrée aux lignes de Nazca, Javier Silva Meinel choisit de représenter María Reiche, grande archéologue et écologiste d’origine allemande qui consacra sa vie à la défense de ces géoglyphes précolombiens datant d’environ 500 av. J.-C., de dos, assise face à l’immensité du désert péruvien. Alors que ces tracés monumentaux sont naturellement perceptibles depuis le ciel, le photographe en propose une vision terrestre, intime et méditative, où la protagoniste contemple ce paysage organique et sinueux qui se déploie à perte de vue. La composition, d’une profondeur vertigineuse, met en perspective une vision intemporelle et ambiguë : María Reiche n’est plus seulement l’archéologue scrutant les lignes, mais une présence silencieuse en dialogue avec la mémoire d’une civilisation ancienne, révélant à la fois la vigilance et la dévotion qui animèrent son engagement ; tout en soulignant le mystère et l’invisibilité persistante de ces géoglyphes à travers les siècles.

Paucartambo, 1987

Cette photographie, réalisée à Paucartambo et publiée pour la première fois dans l’ouvrage El libro de los encantados (1988) de Javier Silva Meinel, s’inscrit dans la première grande série consacrée par l’artiste à la cosmovision andine et à ses traditions, au terme de nombreux voyages dans le Pérou profond au milieu des années 1980. On y voit un « Qolla » saisi en pleine danse, propulsé dans un élan presque irréel, comme en suspension dans une transe hallucinée baignée d’étrangeté. Grâce à une technique de pose longue, les gestes du danseur ainsi que les lumières des torches et des étincelles se transforment en lignes lumineuses, traçant dans l’air des arcs et des volutes qui prolongent le mouvement dans l’espace. L’image restitue ainsi l’énergie brute du rite tout en lui conférant une dimension poétique et presque abstraite, révélant la capacité de Silva Meinel à rendre visible l’invisible — le rythme, l’extase et la spiritualité d’une célébration andine — et à redonner à son héros masqué toute son aura.

Javier Silva Meinel est né en 1949 à Lima, où il vit et travaille actuellement. Il est représenté par la Galerie Younique.
Javier Silva Meinel est l’une des figures majeures de la photographie péruvienne et latino-américaine. Son oeuvre dialogue avec les plus importants photographes de sa génération, tels que Graciela Iturbide, Juan Carlos Alom, Paz Errázuriz ou Fernell Franco.
Il décide de se dédier à la photographie au mitan des années 1970. Il s’est ensuite associé au mouvement qui s’est constitué autour de la désormais légendaire Fotogalería Secuencia, fondée à Lima par Fernando La Rosa en 1977.
Depuis plus de quarante ans, il parcourt le Pérou et construit une oeuvre en noir et blanc d’une grande intensité, où portraits, paysages et rituels interrogent les liens entre l’humain, le territoire et le sacré. Travaillant le format carré argentique comme un espace équilibré géométriquement, il transforme la réalité en une matière spirituelle. Nourrie par la cosmovision andine et une intimité complice avec les sujets qu’il photographie, son oeuvre pleine d’étrangeté dépasse le visible pour ouvrir un seuil vers l’invisible.
Les photographies de Javier Silva Meinel font partie de nombreuses collections institutionnelles telles que le Museo de Arte de Lima (Mali), le Museo de Arte Contemporáneo (MAC) de Lima, le Museum of Fine Arts de Houston, le Brooklyn Museum, le Phoenix Museum, le Musée du Quai Branly – Jacques Chirac, la BnF ainsi que de nombreuses collections privées au Pérou, aux États-Unis et en Europe.

Dates

23 Avril 2026 - 25 Juillet 2026 (Toute la journée)(GMT+00:00)

Maison de l’Amérique latine

217 Boulevard Saint-Germain, 75007 ParisOuvert de 10h à 20h tous les jours, de 14h à 18h le samedi et fermé le dimanche

Maison de l’Amérique latine

Get Directions