Septembre, 2019

ven13sep(sep 13)15 h 00 minsam16nov(nov 16)19 h 00 minVineta 1985/1990Andreas TrogischGalerie Confluence, 45 rue de Richebourg 44000 NantesType d'événement:Exposition,Photographie

Détail de l'événement

Vineta 1985/1990 : le titre de cette série du photographe allemand Andreas Trogisch, intégralement réalisée à Berlin Est, nous introduit à une double temporalité. Celle de l’Histoire allemande et particulièrement de la ville de Berlin, définie par les dates de prises de vues qui cadrent une période entourant la chute du mur de Berlin en novembre 1989. Mais aussi une autre temporalité plus diffuse et immémoriale incarnée par le nom de Vineta, une ville engloutie, sorte d’Atlantide de la Baltique, disparue de la vue de tous afin de punir l’arrogance de ses riches habitants, selon une légende médiévale bien connue en Allemagne de l’Est et matérialisée par le nom d’une rue de Berlin-Est : Vinetastrasse, dans le quartier de Prenzlauer Berg. C’est entre ces deux pôles, entre la réalité historique et la métaphore, que se dessine le projet à la fois documentaire et poétique d’Andreas Trogisch.
Ces photographies se déploient aussi entre deux catégories esthétiques : le portrait et le paysage urbain. Les portraits réalisés avant la chute du mur nous amènent à la rencontre de cette population qui, pour nous habitants de l’Ouest, semblait alors vivre une vie grise et limitée, sous une surveillance policière permanente.
Les images d’Andreas Trogisch nous permettent de nuancer notre regard : si elles sont porteuses d’une forme de tristesse, d’austérité ou d’uniformité, on y découvre aussi une étrangeté et une liberté inattendues qui tout à coup y introduisent un éclat et une subtilité surprenants. L’harmoniciste au front ceint d’un bandeau en forme de papillon, le jeune garçon portant une tige de fleurs telle un trésor, le jeune homme romantique au jabot de dentelle sont autant de figures poétiques qui fissurent la représentation d’un monde présumé rigide et fonctionnel. Et ces hard-rockers aux blousons de cuir cloutés, ces jeunes filles aux coupes de cheveux newage, ne pourraient-ils déjà appartenir à l’imaginaire de l’Ouest ? Quant à ces nombreux enfants photographiés dans les allées où ils jouent, devant des murs de briques ou le fond sombre d’une cour, ne sont-ils pas le symbole de ce qui s’annonce pour toute une population : un avenir encore insondable, alors que le passé s’est déjà refermé sans qu’on le sache ? Ces photographies sont les derniers instants où Andreas Trogisch sauve ce qui va disparaître, tout en cherchant dans les regards interrogatifs le reflet d’un horizon inconnu. Un autre grand photographe de Berlin Est en activité à la même époque, Manfred Paul, le dira ainsi : « J’ai vraiment senti que ce que j’avais devant les yeux était seulement temporaire, que ce monde ne serait plus là pour très longtemps. Photographier avait peut-être un rapport avec le besoin inconscient d’éviter que les choses soient perdues. »1
Les paysages urbains de 1990 sont le contrepoint de ces images annonciatrices : on y lit ce qui est déjà passé.
Le mur est tombé et Vineta semble désertée par ses habitants. Ces photographies mettent en scène ce qui a suivi immédiatement la chute du mur de Berlin : l’exode massif de ses habitants vers l’Ouest, à la recherche de leurs familles, de leurs amis et d’un monde nouveau. Le photographe britannique Mark Power a lui aussi raconté (dans son livre Der Mauer ist Weg !2) sa traversée hallucinée d’un Berlin Est désert au lendemain de la chute du mur, jusqu’à la tombe de Bertolt Brecht devenue symboliquement celle du régime communiste. Les paysages d’Andreas Trogisch, à côté de la délicatesse de ses portraits, nous permettent d’appréhender l’immense qualité formelle de ses compositions, où la géométrie et la lumière viennent transcender la pauvreté apparente des architectures fonctionnelles. Ils décrivent la forme d’une ville mais sont aussi l’archive d’une histoire qui se lit sur les murs, du passé proche (« Wir sind ein blödes Volk », nous sommes un peuple d’idiots) à l ‘avenir en marche : « NEU : test the West ! », enjoint une publicité pour une marque de cigarettes. Une flotte de Trabant qui semblent abandonnées devant des immeubles anciens suggère, en une sorte de nature morte urbaine et dans un raccourci saisissant, toute l’histoire de Berlin du XIXème siècle à la chute du mur, cette ruine instantanée d’un modèle politique et de son symbole le plus matériel.
Une image parmi ces photographies est peut-être plus symbolique que tout autre. Elle représente une jeune fille serrant entre ses mains une petite plante en pot. On peut lire dans ses yeux toute la mélancolie d’un monde qui va disparaître. Et voir dans ses mains la promesse d’une floraison nouvelle, l’avenir d’une ville autrefois engloutie.
Bruno NOURRY
1 Manfred PAUL, entretien avec Katerina Oikonomakou pour Photo Edition Berlin, 2013
2 Mark POWER, Der Mauer ist Weg ! , Globtik Books, 2014

Dates

Septembre 13 (Vendredi) 15 h 00 min - Novembre 16 (Samedi) 19 h 00 min

Lieu

Galerie Confluence

45 rue de Richebourg 44000 Nantes

Galerie Confluence45 rue de Richebourg 44000 NantesOuvert du mercredi au samedi, de 15H à 19H et sur RDV

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