Octobre, 2020

jeu15oct(oct 15)11 h 00 minlun02nov(nov 2)19 h 00 minVirusAntoine d'AgataCarreau du Temple, 4 rue Eugène Spuller 75003 ParisType d'événement:Exposition,Photographie

Détail de l'événement

Dans les circonstances qui ont marqué le monde ces derniers mois, nous avons souhaité vous faire découvrir VIRUS, le regard d’Antoine d’Agata sur la crise sanitaire provoquée par le Covid-19 et ses résonances sociales et politiques. L’exposition présente une installation de 1 000 photographies sur les 13 000 réalisées par Antoine d’Agata entre le 11 mars et le 11 mai 2020 et préfigure la sortie le 29 octobre 2020 du nouvel Opus de l’artiste édité par le Studio Vortex.

“ Nous ne sommes qu’un peu de chaleur solaire emmagasinée, organisée, un souvenir de Soleil.
Un peu de phosphore qui brûle dans les méninges du monde. ” Paul Cézanne

Dès le premier jour du confinement consécutif à l’épidémie de Covid-19, Antoine d’Agata a parcouru les rues de Paris avec un appareil thermique pour enregistrer, à sa manière, l’épisode viral qui a fait de la ville un étrange théâtre d’âmes errantes, de têtes baissées et de corps fuyants. C’est comme « agent de contamination » qu’il s’est engagé dans l’expérience ouverte par l’épidémie et le confinement.
D’abord attiré par la façon dont cet appareil thermodynamique enregistre les rayonnements infrarouges (ondes de chaleur) émis par les corps et qui varient en fonction de leur température, l’artiste a vite été fasciné par un processus qui réduit les sujets humains à des figures essentielles, dénuées de caractéristiques ou spécificités superflues.

Installé deux mois durant dans les bureaux de l’agence Magnum à Paris, il a utilisé la technique thermique pour rendre compte de l’imprégnation de la ville désertée dans le confinement : ville plongée dans le silence, traversée par des corps aux attitudes stéréotypées, habitée surtout par les sans abris qui apparaissent, à l’image, comme les derniers corps véritablement vivants et résistants, les compositions austères et teintées de flammes offrant une vision alternative et dystopique des rues qui
se vident.

Antoine d’Agata :
« Ce travail documentaire est dominé par l’utilisation de la technologie thermique car elle offre la capacité de capturer des informations auxquelles la photographie telle que nous la connaissons n’a pas accès. Il n’est pas question d’esthétique mais d’une technique qui me permet de générer un langage visuel qui appréhende la réalité de « la vie nue » dans une perspective à la fois sensorielle, politique et existentielle.

Alors que le coronavirus déchirait le continent et que les populations s’isolaient, nourri de quelques mots d’Henry James cités par Jean-Luc Godard – Nous travaillons dans le noir – nous faisons ce que nous pouvons – nous donnons ce que nous avons. Notre doute est notre passion et notre passion est notre tâche – j’ai traqué la chaleur emmagasinée par les corps, dans la rue d’abord, puis très vite dans les unités de soins continus et de réanimation Covid-19. J’ai produit ces deux derniers mois 13 000 images (6 500 dans le rues de la capitale, 6 500 dans divers hôpitaux) dormant parfois des jours durant au sein même des structures hospitalières, photographiant les interactions entre docteurs, infirmiers, aide-soignants, ambulanciers et patients, les gestuelles et rituels médicaux, de soins, d’hygiène ou de confort. C’est cette ambivalence entre solidarité et contamination, cette inéluctabilité de la mort sociale et de la mort physiologique que j’ai tenté d’appréhender, à travers un langage des sens et de la résistance qui transfigure les corps, l’image thermique faisant surgir des formes, des postures, des figures, des courbes, des zones imperceptibles à l’œil nu. »

La situation requérait des veilleurs. Mathilde Girard, philosophe et écrivaine, écrit dès le début du confinement des fragments de ce qu’elle perçoit dans l’emballement des discours et des règles sanitaires, ce qu’elle voit dans la rue, les histoires qu’elle entend. En écrivant, il s’agissait pour elle, sans juger, de veiller aux effets du confinement sur la séparation entre les corps ; décrire tout ce qui apparaissait de stupéfiant dans la ville, comment les habitants se comportaient les uns avec les autres, comment les oiseaux volaient.

Au bout d’une quinzaine de jours, elle prend contact avec Antoine d’Agata pour prendre de ses nouvelles. Ils étaient seuls l’un et l’autre dans la ville. Ils ont commencé une correspondance : Antoine envoyant les photos qu’il prenait ; Mathilde ses fragments. Il est apparu très vite qu’une vérité se dégageait de cet échange et du rapport entre image et texte.
Un sentiment de responsabilité, d’obligation collective, de voir et saisir en détail, jour après jour, le mélange de violence et de douceur, d’austérité politique et de solidarité a guidé leur démarche. Le geste photographique et le travail littéraire se sont rencontrés dans ce même souci, dans cette situation tragique et froide dont ils ne pouvaient se détourner.

Dates

Octobre 15 (Jeudi) 11 h 00 min - Novembre 2 (Lundi) 19 h 00 min

Lieu

Carreau du Temple

4 rue Eugène Spuller 75003 Paris

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