Mars, 2026

Catherine Griss

jeu19marToute la journéesam21Catherine GrissLes Villas perdues du PacifiqueMaison du Jeu de Paume à Neauphle-le-Château, Rue du Jeu de Paume, 78640 Neauphle-le-Château

Détail de l'événement

Dans le cadre des Journées Marguerite Duras à la Maison du Jeu de Paume de Neauphle-le-Château, pour le trentenaire de son décès, la photographe Catherine Griss présenter sa série « Les Villas perdues du Pacifique ».

DÉTRUIRE DIT-ELLE

Catherine Griss photographie Les villas perdues du Pacifique comme Marguerite Duras filmait dans India Song le Château Rothschild en ruine, dans la fulgurance d’un regard qui conjugue la présence et l’absence, l’ombre et la lumière, la mémoire et l’oubli, l’espace et le temps. Car si le pays de son enfance demeura pour Duras à jamais perdu – elle refusa toujours d’y revenir –, il ne cessa de la hanter, la puissance de sa création étant à la mesure de la perte subie.
Parcourir les images ici exposées, qui relèvent d’une véritable « écriture de la lumière » ‒ le sens premier du mot photo-graphie ‒, c’est donc faire l’expérience sensorielle de la poétique durassienne telle que l’écrivaine la définit dans L’Été 80 : « Je me suis dit qu’on écrivait toujours sur le corps mort du monde et, de même, sur le corps mort de l’amour. Que c’était dans les états d’absence que l’écrit s’engouffrait pour ne remplacer rien de ce qui avait été vécu ou supposé l’avoir été, mais pour en consigner le désert par lui laissé. »
Les clichés de Catherine Griss, par leur beauté singulière, procurent une émotion qui se suffit à elle-même, mais ils offriront aux lecteurs de Duras un bonheur supplémentaire : celui de faire résonner les mots de son imaginaire et d’en faire revivre les grandes figures.
Voici le Bokor Palace Hotel : l’objectif de Catherine Griss en capte la sinistre carcasse dressée comme un navire en perdition au sommet d’une falaise envahie d’herbes folles – terrible incarnation de ce que Duras nomme dans Un barrage contre le Pacifique « le grand vampirisme colonial », car la station climatique fut l’œuvre de forçats et d’enrôlés cambodgiens… Et quand nous pénétrons à l’intérieur du bâtiment, les murs maculés de traînées noires semblent suinter du sang des crimes de Polpot, réminiscences du sang des chasses menées dans les forêts de la Chaîne de l’Éléphant où la jeune Marguerite « allait avec [son] frère pendant la sieste pour tuer des singes, c’était horrible, on tuait tout ce qu’on trouvait ».
Ailleurs, les salles de réception abandonnées font surgir le bal de S. Thala et le fantôme de Lol V. Stein, emportée dans une « Danse lente de bals morts, de fêtes sanglantes ».
Parfois, pourtant, ces lieux, marqués du sceau de la destruction, s’animent d’une présence vivante ‒ et l’on se prend à espérer qu’une histoire humaine y soit encore possible. Ainsi de ce chien émergeant des brouillards du Bokor ou en arrêt au pied de l’escalier de Kep, les oreilles dressées à quel appel ? Ou bien encore la fillette qui traverse d’un pas décidé le bric-à-brac de ce qui fut le casino municipal : elle nous regarde, droit dans les yeux et c’est un défi à l’avenir qu’elle nous lance…

Joëlle Pagès-Pindon Autrice de Marguerite Duras. L’écriture illimitée (2012)

Dates

19 Mars 2026 - 21 Mars 2026 (Toute la journée)(GMT-11:00)

Lieu

Maison du Jeu de Paume à Neauphle-le-Château

Rue du Jeu de Paume, 78640 Neauphle-le-Château

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