Mars, 2026

Dimakatso Mathopa

ven20marToute la journéejeu26Dimakatso MathopaLauréate de l’édition “Africa Inside”FORMA, 127 rue de Turenne, 75003 Paris

Détail de l'événement

L’Elaine Harris Grant est une initiative portée par ses enfants et ses ami.es pour rendre hommage à Elaine Harris Tout au long de sa vie, Elaine Harris, femme exceptionnelle et engagée, a défendu des projets de changements sociaux et de liberté créative et financière pour les artistes issu.es de minorités, en particulier au sein de la diaspora noire.
Dans le sillage de son engagement, une bourse a été créée pour soutenir et encourager des photographes et des créateurs.ices émergents né.es et basé.es en Afrique, en offrant visibilité et reconnaissance aux nouvelles voix qui façonnent la culture visuelle contemporaine.
Le jury de l’Elaine Harris Grant est composé de personnalités éminentes de la communauté internationale de la photographie et des arts, ainsi que d’ami.es proches d’Elaine et de sa famille : Zoé Renié Harris, artiste et compositrice, Tom Renié Harris, artiste et compositeur, Laura Serani, commissaire d’exposition indépendante, John Alfredo Harris, designer, Omar Victor Diop, photographe, Alinka Echeverría, photographe, Fabrice Monteiro, photographe, Azu Nwagbogu, fondateur et directeur de l’African Artists’ Foundation; directeur du LagosPhoto Festival, Lassana Igo Diarra, commissaire générale et directeur artistique des Rencontres de Bamako, Jeanne Mercier, co-fondatrice et rédactrice en chef d’Afrique in visu.
Dimakatso Mathopa, est la première lauréate de l’Elaine Harris Grant. Grâce à cette bourse, elle a pu terminer son projet intitulé Individual Beings Relocated.

Dimakatso Augustine Mathopa (née en 1995 à Mpumalanga, en Afrique du Sud) est une artiste visuelle basée à Johannesburg dont la pratique englobe la photographie, la gravure et la performance. Elle est titulaire d’un B.Tech en arts visuels de l’université de Johannesburg (2018), où elle s’est spécialisée dans les procédés historiques de gravure, notamment la sérigraphie, le Van Dyke Brown et le cyanotype. Son travail est représenté par Emilie Demon et la galerie Afronova.
La pratique de Mathopa est profondément ancrée dans l’histoire intime des femmes de sa famille, en particulier celle de sa grand-mère décédée, et dans la transmission orale d’histoires liées à la terre, à la perte et à l’héritage sous l’apartheid. À travers sa série Individual Beings Relocated, elle explore la mémoire, le déplacement et la subjectivité des femmes noires, en fusionnant l’autoportrait avec des procédés analogiques expérimentaux. Elle est actuellement en résidence à la Cité Internationale des Arts à Paris (janvier-avril 2025).

They Tried To Bury Us, They Didn’t Know I Was The Seed

They Tried to Bury Us, They Didn’t Know I Was the Seed approfondit mon exploration continue de la spiritualité matriarcale, de la dépossession des terres et de la mémoire façonnée sous l’apartheid. Le passage du « nous » au « je » évoque une inhumation collective; des familles déplacées, des systèmes spirituels réprimés, des histoires occultées. Toutefois, le retour au « je » marque l’incarnation. Je me positionne non seulement comme descendante, mais aussi comme le prolongement et la gardienne de mon histoire familiale. Mes travaux précédents étaient axés sur la reconstruction d’une mémoire fragmentée à travers les récits oraux, le procédé du cyanotype et l’expérimentation matérielle, en réponse à l’absence d’archives photographiques familiales. J’ai travaillé au-delà de l’effacement, tentant de visualiser ce qui n’avait jamais été documenté. Dans ce nouveau corpus d’oeuvres, l’accent se déplace de la reconstruction vers la germination. La question n’est plus seulement de savoir comment se souvenir, mais comment évoluer à partir de ce qui a survécu. La terre demeure à la fois sujet et entité spirituelle. Dans le contexte de la dépossession liée à l’apartheid, la terre n’est pas une simple propriété; elle est une archive, un autel et un témoin. Elle porte l’empreinte des expulsions forcées et le poids de la persévérance générationnelle. Être enterré, dans ce contexte, c’est être enfoncé dans un sol déjà marqué par la violence. Pourtant, le sol est aussi porteur de possibles. Il est dense de mémoire, de présence ancestrale et de charge spirituelle. L’espace matriarcal, incarné par ma grand-mère et les femmes qui l’ont précédée, devient central. Ces femmes étaient les gardiennes des rituels, les guérisseuses de la sphère domestique et des repères spirituels au coeur de l’instabilité. Leurs pratiques étaient subtiles mais radicales : la prière, la connaissance des plantes, le silence, la résilience. Elles ont cultivé la continuité dans le confinement du foyer. Ce que l’apartheid a tenté d’enterrer, ce
n’était pas seulement la propriété foncière, mais la souveraineté spirituelle. Pourtant, quelque chose est resté intact. La graine devient la métaphore de cette intégrité. Une graine porte en elle un savoir encodé et le caractère sacré d’un ADN singulier. Elle a besoin de l’obscurité pour amorcer sa transformation. Elle se brise sous la pression. En affirmant « I was the seed », je me reconnais comme le produit de cette force souterraine, façonnée par l’enfouissement, mais propulsée vers l’éclosion. Cet ensemble d’oeuvres conçoit l’acte d’enterrer à la fois comme une violence et une incubation. Il rend hommage au « nous » collectif qui a subi la dépossession, tout en affirmant une voix singulière qui s’élève de cette histoire. La graine n’est pas une croissance accidentelle ; elle est une continuation intentionnelle ; matriarcale, spirituelle, enracinée. Ils ont tenté de nous enterrer – notre terre, nos rituels, notre mémoire. Ils ne savaient pas qu’au sein de cet effacement, quelque chose se préparait déjà à renaître.

Dimakatso Mathopa, Février 2026

Curatrice : Laura Serani

Dates

20 Mars 2026 - 26 Mars 2026 (Toute la journée)(GMT-11:00)

Lieu

FORMA

127 rue de Turenne, 75003 Paris

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