Mars, 2026

Danny Lyon

jeu12mar(mar 12)11 h 00 minsam23mai(mai 23)19 h 00 minDanny LyonL’Amérique en LutteLa Galerie Rouge, 3 Rue Du Pont Louis-Philippe 75004 Paris

Détail de l'événement

La Galerie Rouge vous invite à découvrir l’oeuvre de Danny Lyon, un des plus importants photographes étasuniens de la seconde moitié du XXe siècle. Grand admirateur de Walker Evans et Robert Frank, il s’en détache pourtant en adoptant un style documentaire immersif proche du « New Journalism », genre littéraire américain des années 1960 et 1970. Danny Lyon s’immerge en effet entièrement dans la vie des sujets qu’il photographie jusqu’à devenir l’un d’entre eux. Loin d’être une posture, cette proximité physique et émotionnelle lui permet d’accéder à une certaine « vérité », essentielle à son oeuvre et à sa dimension militante. Car Danny Lyon croit profondément dans le pouvoir qu’a la photographie de changer les systèmes politiques et avec eux les destinées humaines.

Pour cette exposition exceptionnelle, La Galerie Rouge a réuni trois de ses plus importantes séries photographiques : The Civil Rights Movement, The Bikeriders et Conversations with the Dead. Les tirages photographiques présentés dans l’exposition Danny Lyon, L’Amérique en Lutte proviennent de trois collections privées distinctes et n’ont jamais été montrés jusqu’ici.

The Movement (1962- 1966)

En 1962, alors qu’il est étudiant à l’Université de Chicago, Danny Lyon décide de rejoindre le mouvement pour les droits civiques des noirs américains. A Cairo, dans l’Illinois, il rencontre le jeune militant John Lewis, figure centrale du mouvement et futur membre du Congrès Américain. Ce dernier lui propose de devenir photographe du Student Nonviolent Coordinating Committee ou SNCC (littéralement « Comité de coordination non-violent des étudiants »). Participant à leurs actions dans le Sud des Etats-Unis en même temps qu’il les photographie, Danny Lyon devient progressivement un activiste à part entière et côtoie aussi bien les grandes figures du mouvement, à l’instar de Martin Luther King avec qui il est emprisonné, que la base militante. A cette époque, ses photographies sont reproduites sur les affiches et les tracts pour diffuser les idées et les actions du Comité. Danny Lyon documente les rassemblements, les violences, les sit-in et également les liens qui unissent ces militants. Qu’il capture deux mains entrelacées en gros plan, la convivialité d’une scène autour d’un jeune Bob Dylan encore inconnu, ou le portrait de deux femmes emprisonnées qui défient un système implacable derrière leurs lunettes noires, Lyon humanise ces « héros » qui, face à un monde injuste, semblent les seuls à vouloir le renverser. En racontant le quotidien de leurs luttes, il révèle que ce mouvement pour l’égalité ne se résume pas à quelques grandes figures mythiques mais qu’il a été réalisé par tous et toutes et que nous-mêmes, qui regardons ses photographies, détenons un pouvoir d’action. Ces images de solidarité et de courage, qui constituent une oeuvre mémorielle, n’ont rien perdu de leur force et de leur actualité.

« Cela nous enseigne une chose très simple et que nous semblons tous avoir oublié : Qu’il est possible de faire l’histoire et que chaque individu aux Etats-Unis a un certain contrôle sur sa destinée. Cela s’est produit une fois—et il n’y a pas si longtemps que ça. »
– Danny Lyon

The Bikeriders (1963-1967)

En 1963, Danny Lyon poursuit sa quête de liberté et d’expériences en fréquentant un groupe de motards, le Chicago Outlaws Motorcycle Club dont il devient un membre à part entière en 1965. Sans concession et de manière honnête, Danny Lyon photographie le quotidien marginal de ces femmes et ces hommes qui vivent sur la route, attachés à leur « bécane », symbole d’un mode de vie nomade. Danny Lyon crée des images épiques qui font écho aujourd’hui à l’imaginaire que nous avons de cette figure du « bikerider » guidé par une lutte existentielle pour la liberté. Ses photographies relèvent à la fois du mythe individuel et de la glorification du groupe contre une société normative. Puisqu’il partage leur intimité, Danny Lyon est aussi à même de brosser un portrait sensible, engagé et humaniste de leur vie. Le photographe quitte toutefois ce gang après deux années de vie à leur côté, lassé par la violence et la radicalisation politique de certains de ses membres. Cette série, sans doute la plus célèbre du photographe, publiée en 1968 dans le livre Bikeriders, marque durablement la contre-culture américaine des années 1960.

« Ces types étaient des marginaux et les marginaux me fascinaient. Depuis mon engagement dans la lutte pour les droits civiques, je savais que la meilleure manière d’obtenir de bonnes photos était de s’impliquer, j’étais l’un des leurs avant d’être photographe. »
– Danny Lyon

Conversations with the Dead (1967-1971)

Enfin le troisième volet de cette exposition présente une série majeure de Danny Lyon, Conversations with the Dead, vibrant plaidoyer contre le système carcéral aux Etats-Unis et la société américaine elle-même. En 1967, Lyon obtient un droit d’accès au monde pénitencier du Texas et photographie pendant quatorze mois le quotidien de prisonniers dans six prisons différentes. Ce qu’il découvre est terrifiant : un système carcéral fondé sur l’esclavagisme où les prisonniers sont condamnés à être enfermer à vie dans des conditions extrêmement difficiles, parfois pour de simples délits. Dans cette oeuvre, Danny Lyon brise définitivement l’objectivité du documentaire pour raconter avec subjectivité et émotion le quotidien de ces personnes auxquelles il s’attache à mesure qu’il gagne leur confiance. Il photographie les jeunes prisonniers dans un quotidien à la fois routinier et oppressant. Alignés dans la cour d’exercice de la prison, dans les files d’attente des repas ou à la cueillette du coton dans les champs environnants tandis que des gardes armés à cheval les surveillent sans relâche, ces prisonniers semblent venir d’un autre temps. Ils réalisent des travaux exténuants sans but allant jusqu’à s’évanouir sous la chaleur écrasante. En parallèle de cette vision globale du système carcéral, Danny Lyon fait également le portrait intimiste de certains prisonniers dont il devient proche comme Billy McCune, détenu qui échappe plusieurs fois à la peine de mort et qui lui envoie régulièrement des dessins et des lettres bouleversantes. Lorsque Danny Lyon décide de publier cette série, il invite les détenus à participer et incluent leurs témoignages manuscrits mais aussi les rapports de prison, les photos d’identité carcérales des prisonniers et les lettres d’appel. Publié pour la première fois en 1971, Conversations with the Dead, a gardé toute sa force brute et reste, encore aujourd’hui un témoignage unique sur le système pénitentiaire au Texas et une condamnation sans appel de la violence de la société américaine.

« J’ai tenté, avec le peu de pouvoir qui est le mien, de donner une image de l’incarcération qui paraisse aussi éprouvante qu’elle est dans la réalité, et les quelques fois où j’ai pu douter de la justesse de mon point de vue, je n’ai eu qu’à aller voir dans sa cellule un détenu que je connaissais. On m’avait dit de faire attention à ne pas me laisser embobiner par les détenus. On m’a beaucoup répété que je n’avais pas vu ce que ces hommes avaient commis à l’extérieur. C’est vrai. Je n’ai vu que ce qui se trouvait devant mes yeux. Et les documents que j’ai rassemblés sont encore très loin du sentiment que l’on éprouve après avoir passé deux minutes dans les couloirs d’Ellis. »
– Danny Lyon

Danny Lyon (1942, New York – )
Danny Lyon est un photographe et cinéaste américain reconnu pour son approche immersive et engagée de la photographie documentaire et sociale.
Né en 1942 à Brooklyn et élevé dans le Queens, Danny Lyon découvre la photographie auprès de son père, ophtalmologiste de métier qui a pour patient le photographe Alfred Stieglitz en personne. Très tôt, Lyon développe un goût pour le voyage et l’observation sociale, et part faire le tour de l’Europe en 1959 en compagnie de son frère. Sur les conseils de son père il se procure son premier appareil photographique en Allemagne de l’Est, un Exa. À son retour, Lyon étudie la philosophie et l’histoire à l’Université de Chicago et devient le photographe officiel du journal étudiant. Sur le campus, il assiste au premier sit-in pour les droits civiques tenu dans le Nord des Etats-Unis et y photographie le futur Sénateur Bernie Sanders. Toutefois, Danny Lyon se rappelle avoir pensé « Ce n’est pas ici que ça se passe réellement. Le véritable combat a lieu dans le Sud ».
En 1962, âgé alors de vingt ans, Danny Lyon rejoint Cairo (Illinois) dans le but de rejoindre le mouvement des droits civiques dans le Sud des Etats-Unis. Il y rencontre John Lewis, leader du mouvement et futur membre du Congrès Américain. Ce dernier lui propose de devenir photographe du Student Nonviolent Coordinating Committee (SNCC), organisation majeure du mouvement des droits civiques aux États-Unis. Danny Lyon documente pendant trois ans les événements clés de cette lutte pour la justice et l’égalité raciale dans le Sud des Etats-Unis. Ses photographies sont réunies dans un premier ouvrage intitulé The Movement: Documentary of a Struggle for Equality publié en 1964 puis dans Memories of the Southern civil rights movement (Twin Palms Publishers, 2010).
À partir de 1963, Lyon poursuit son exploration des marges de la société américaine en partageant la vie de motards du Midwest. En 1965, il rejoint le Chicago Outlaws Motorcycle Club et réalise un portrait intimiste de ce monde de la contre-culture américaine. Cette immersion aboutit à la publication de son ouvrage mythique The Bikeriders (Macmillan, 1968). Au même moment, Danny Lyon travaille sur deux autres projets documentaires. Il photographie la vie des habitants de Uptown, un quartier ouvrier de Chicago et réalise un reportage sur les travaux de démolition du Lower Manhattan à New York. La série des Bikeriders, en particulier, lui apporte une reconnaissance immédiate. En 1966, il expose à l’Art Institute de Chicago soutenu par son mentor et ami Hugh Edwards, le conservateur du musée. Et dès 1967, il est invité à rejoindre l’agence Magnum dont il sera membre associé jusqu’en 1975.
En 1967, Danny Lyon s’installe au Texas afin de documenter le système pénitentiaire étasunien. Pendant deux ans, il photographie la réalité carcérale, donnant une voix aux détenus dans Conversations with the Dead (Holt, Rinehart Winston, New York, 1971), ouvrage majeur qui dénonce la dureté des conditions de détention.
Ensuite, Danny Lyon s’installe à New York et s’associe avec le photographe et cinéaste Robert Frank pour créer la société Sweeney Films. Dans les années 1970, Lyon se tourne vers le cinéma documentaire, réalisant notamment Los Niños Abandonados (1975), consacré aux enfants des rues en Colombie, ainsi que Born to Film (1982), une réflexion sur sa propre pratique artistique.
Depuis, Lyon partage sa vie entre le Nouveau-Mexique et New York. Son travail a fait l’objet de nombreuses expositions et distinctions. En 2016-2017, une rétrospective intitulée Danny Lyon: Message to the Future lui est consacrée au Whitney Museum, New York ; au Fine Arts Museum de San Francisco, au Fotomuseum Winterthur et à la C/O Berlin Foundation.

Dates

12 Mars 2026 11 h 00 min - 23 Mai 2026 19 h 00 min(GMT+00:00)

La Galerie Rouge

Get Directions