Novembre, 2026

Rebekka Deubner

ven13nov(nov 13)14 h i min2027dim17jan(jan 17)19 h i minRebekka DeubnerStripLes Douches la Galerie, 54, rue Chapon 75003 Paris 0 Ajouter à ma wishlist

Détail de l'événement

Photo : Rebekka Deubner Strip, 2022-2023 Photogramme réalisé par l’artiste sur papier chromogène RC © Rebekka Deubner, Adagp, Paris, 2026 Courtesy Les Douches la Galerie, Paris

Les Douches la Galerie est heureuse de présenter une première exposition consacrée à Rebekka Deubner, dont la galerie représente désormais le travail. Développé entre 2022 et 2023 à partir des vêtements ayant appartenu à sa mère, disparue en 2018, Strip explore ce que les objets intimes conservent des corps et des liens qui les ont façonnés. Entre empreintes photographiques et gestes filmés, l’artiste interroge la persistance d’une présence au-delà de l’absence, mais aussi la manière dont une histoire singulière se transforme et se transmet d’un corps à l’autre. Après avoir notamment été présenté au BAL, le projet se déploie aujourd’hui à la galerie dans une nouvelle configuration, réunissant des œuvres inédites en grands formats réalisées spécialement pour l’exposition.

D‘un corps à l‘autre

Un fond rouge-orangé, presque incandescent. Une boucle jaune irrégulière, attachée par un petit anneau à ce qui semble être un fragment de tissu dont on distingue les coutures desquelles s’échappent quelques fils élimés. La matière a été portée, s’est même certainement adaptée à la forme d’un corps. Quelque chose semble s’être inscrit là, dans la tension même de la matière, à la surface brillante du papier photographique.

L’histoire de ce photogramme commence en 2018, année où l’artiste Rebekka Deubner perd soudainement sa mère, Valérie. Entourée de sa famille, elle doit accomplir ces gestes très concrets qui incombent à ceux qui restent. Faire l’inventaire de la vie de Valérie est de ceux-là : ouvrir grand les tiroirs, vider les armoires, décider de ce qui restera et de ce qui devra partir. Un jour, au-dessus d’une pile de vêtements, une tâche rouge accroche son regard : c’est l’une des petites culottes de sa mère qu’elle photographie aussitôt, presque sans y penser. Peut-être parce que cet objet représente une intimité plus immédiate que les autres, peut-être parce que sa couleur intense tranche avec tout le reste.

Quelques mois plus tard, le souvenir de la photographie revenant avec insistance, Rebekka Deubner part à la recherche de la pellicule afin de pouvoir tirer l’image sur papier. Impossible à retrouver, elle doit se confronter une nouvelle fois à la perte. Cette disparition, dérisoire au regard de celle qui l’a précédée, finit pourtant par prendre une importance inattendue. C’est précisément à cet endroit que Strip commence. Plutôt que de rejouer la scène, Rebekka décide de revenir aux vêtements de sa mère. Leur importance ne tient pas seulement aux marques laissées par son propre corps. Ils disent aussi une façon de se présenter au monde et de composer son apparence au quotidien. À force d’avoir été portés, certains semblent presque avoir appris le corps qui les habitait. Une étoffe s’est détendue, un bord s’est assoupli… Ces transformations font tenir ensemble une présence physique et une façon d’être.

Le photogramme offre alors à Rebekka Deubner un rapport direct à cette matière. Dans la chambre noire, les pièces soigneusement choisies sont déposées directement sur le papier photosensible avant d’être exposées à la lumière. Aucun appareil ne s’interpose, elle peut ainsi se concentrer sur une transparence ou sur l’épaisseur d’un textile. Les formes familières deviennent parfois difficiles à reconnaître. Une pièce de lingerie se réduit à une ligne ou à une masse, tandis que la lumière redistribue les volumes selon une logique qui n’est plus celle de l’usage quotidien. La couleur trouve aussi toute sa place : les rouges, les bleus, les verts donnent aux photogrammes une intensité presque joyeuse qui contraste avec le contexte de leur création. Cette abstraction apparente n’efface pourtant jamais complètement l’histoire matérielle de ce qui est déposé sur le papier. Les tissus qui produisent ces photogrammes ont été façonnés par leurs usages avant de venir, à leur tour, marquer la surface sensible. Une empreinte de l’empreinte laissée par Valérie.

Le photogramme n’est pourtant qu’une première étape. C’est ensuite son propre corps que Rebekka Deubner engage dans un ensemble de vidéos. Face à la caméra, elle enfile les vêtements de sa mère, les uns sur les autres, à même sa peau nue. Par ces gestes, récréer une présence, faire corps encore une fois. À mesure que les couches s’accumulent, sa silhouette s’épaissit tandis que ses mouvements se font plus contraints. L’enveloppement contient dans un même geste, l’étreinte et l’étouffement. Le tissu n’est plus seulement regardé ou fixé : il agit physiquement par son poids et par la chaleur qu’il retient, jusqu’à enlacer son corps. Ce passage de peau à peau se prolonge avec les femmes de la famille. Elles aussi revêtent ces vêtements, qui changent à nouveau au contact d’une autre silhouette et d’une autre posture. Peu à peu, ils cessent d’appartenir à une seule histoire ; ils se déplacent et se transforment au contact de celles qui les portent à leur tour. C’est peut-être dans cette circulation, jamais tout à fait identique d’un corps à l’autre, que s’ouvre à chaque fois la possibilité d’une nouvelle image.

Julie Héraut Directrice adjointe du Bal

Dates

13 Novembre 2026 14 h 00 - 17 Janvier 2027 19 h 00(GMT-11:00)

Les Douches la Galerie

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