Février, 2026

Terre des Hommes

sam07fev(fev 7)11 h 30 mindim24mai(mai 24)17 h 45 minTerre des HommesMagazine militant taïwanais, 1985-1989Musée Nicéphore Niépce, 28 quai des messageries 71100 Chalon-sur-Saône

Détail de l'événement

Photo : Tsai Ming-Te Le cas de Monsieur Mai Chu-Sheng 1986 © Tsai Ming-Te

Le magazine Terre des Hommes (Ren Jian ), dont les 47 numéros mensuels sont publiés entre novembre 1985 et septembre 1989, a été fondé par l’écrivain militant Chen Ying Zhen, qui a rassemblé autour de lui une équipe de journalistes, écrivains renommés, photo-reporters et partisans des causes politiques et sociales. Il émerge pendant la phase de démocratisation politique progressive des années 1980 qui fait suite au régime autoritaire imposé dans l’île tropicale par Tchang Kaï-Chek en 1949 (le parti démocrate Minjindang est autorisé en 1986, la loi martiale est levée en 1987). « Magazine de reportages où l’on découvre, documente, témoigne et critique par les images et par les mots » (éditorial du magazine n°1), Terre des Hommes veut délibérément associer des écrivains, auteurs, critiques et des photo-reporters pour soutenir les changements indispensables de la société taïwanaise sclérosée, et « obliger à se soucier à nouveau les uns des autres ». Par le soutien apporté aux mouvements protestataires, le magazine est un moteur important de la démocratisation.
La photographie a joué un rôle important dans cette prise de conscience, activée par des jeunes photographes « émergents » qui trouvent ici l’occasion de s’exprimer librement après une longue période de censure des textes et des images. Mais si le contenu littéraire, journalistique et politique de Terre des Hommes a été jusqu’à maintenant non seulement reconnu et largement étudié et commenté, les photographes ont été clairement laissés de côté, comme si les images n’avaient été que des commentaires des textes. Dans la continuité de nos travaux sur la reconnaissance et la réhabilitation des magazines photographiquement illustrés, nous avons pour la première fois mis en avant les travaux photographiques et les caractéristiques iconographiques de ce magazine renommé et célébré, dont les images étaient délaissées, en raison de leur perte d’actualité.

Dans le contexte d’un travail quotidien soutenu, photographes et écrivains explorent ensemble et simultanément des réalités sociales jusque-là ignorées ou cachées, afin de dénoncer les injustices et les déséquilibres sociaux qui minent de l’intérieur une société figée dans la rigueur et la cécité du régime politique. Ils vont sur le terrain pour partager la vie et les difficultés des classes populaires, mettre à jour la discrimination des peuples indigènes, méprisés pour leur primitivisme, le délaissement des enfants handicapés, les méfaits de la maltraitance et de l’exploitation sociale, la prostitution et l’extrême pauvreté. Ils s’appliquent à traquer la pollution causée par une industrialisation incontrôlée, l’expansion urbaine à marche forcée, la surexploitation de la forêt tropicale luxuriante et exceptionnelle, mais rendent compte aussi des traditions ou des divertissements qui cimentent la société taïwanaise.

Sur 128 à 192 pages, chaque numéro contient plus de dix reportages, chacun d’eux abondamment illustré de photographies en noir et blanc ou en couleurs. Le magazine est prédéfini comme une série de reportages, soit sur l’actualité, soit sur un sujet particulier, confié à un seul photojournaliste, et qui peut se prolonger sur plusieurs numéros. La mise en page rend compte de la cohérence d’un travail conjoint entre écrivain et photographe, et elle privilégie l’efficacité des images et le jeu graphique des idéogrammes chinois, tout particulièrement sur les couvertures, toujours sombres, qui désignent clairement la thématique engagée.
Sept des principaux photographes actifs pour le magazine ont été retenus pour cette présentation, avec lesquels nous avons réalisé de longs entretiens, retraçant leur parcours et les conditions de leur participation au magazine. Nous avons recueilli leur assentiment pour la production de tirages d’après les négatifs originaux.

Ces photographes dessinent un portrait de la société taïwanaise des années 1980 et de ses profonds besoins d’authenticité, de reconnaissance de ses réalités sociales, politiques, ethniques ou environnementales. Ils font preuve d’une sincère empathie, et d’une grande proximité avec les personnes dont ils partagent la vie quelque temps. Leur sensibilité humaniste très diversifiée prolonge des références internationales du passé – certaines déjà disparues-, celles de Eugene Smith, André Kertész, Dorothea Lange, Henri Cartier-Bresson ou Mary Ellen Mark, du reste présentes par des articles dédiés dans le magazine.

Chacun se distingue par un style particulièrement efficace, marqué par des approches personnelles liées au maniement de l’appareil, à une conception narrative de tous les éléments d’un reportage ou au contraire à une recherche plus esthétique de l’image. Leur travail toujours personnel relève d’un nouveau vocabulaire photographique qui comprend l’usage du grand angle, les vues en plongée ou contre-plongée, les effets d’éclairage et de clair-obscur, la focalisation sur les protagonistes, qui ont conscience d’être photographiés et sont partie prenante de l’image qui sera donnée d’eux-mêmes. Les photographies couleur (prises sous forme de diapositives) apparaissent souvent dans le magazine, dont il faut souligner la très bonne qualité d’impression.

Chacun s’applique à rendre clair un propos bienveillant ou critique, pour le large public du magazine Terre des Hommes qui a marqué l’histoire de Taïwan. La précision et l’objectivité de leur activité documentaire cherche à montrer le visage réel (et non plus abstrait ou fictif) de la société et de la population. Leur démarche, où écrivains et photographes se rejoignaient dans une cohérence particulièrement sensible, a provoqué une réelle prise de conscience des problèmes de société, qui a marqué les lecteurs de cette époque et résonne encore aujourd’hui, dans une société taïwanaise fracturée, comme une manifestation de « position critique et de pouvoir réformateur ».

Michel Frizot et Su Ying-Lung

Exposition en partenariat avec la Maison de la photographie Robert Doisneau et le Muséede l’université nationale de l’éducation de Taipei.

Commissariat
Michel Frizot et Su Ying-Lung

Le musée remercie : Chen Li-Na, Chen Chia-Chi, Chou Hsin, Chung Chun-Shen, Feng Chien-San, Huang Chien-Hua, Huang Shu-Man et Su Bau-Tsai, Jason Dou, Lee Hsu-Pin, Lin Mun-Lee, Lin Po-Liang, Lin Shen-Ching, Wu Wei-Chen, les équipes de la Maison Doisneau, et les Amis du musée Nicéphore Niépce.

Dates

7 Février 2026 11 h 30 min - 24 Mai 2026 17 h 45 min(GMT-11:00)

Musée Nicéphore Niépce

28 quai des messageries 71100 Chalon-sur-SaôneOuvert tous les jours sauf le mardi et les jours fériés de 9h30 à 11h45 et de 14h à 17h45

Musée Nicéphore Niépce

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