Ténor à la scène, Yoann Le Lan exerce la photographie depuis deux ans. Il inscrit sa pratique dans le médium argentique qu’il apprécie pour sa dimension physique et son temps long. Son approche est guidée par la lumière et une recherche d’authenticité. L’art lyrique contribue à nourrir son regard.

A Montpellier, Yoann Le Lan a été très remarqué pour son rôle du Docteur Caïus dans Falstaff de Guiseppe Verdi, récemment à l’affiche de l’Opéra Comédie. Il est également invité par Françoise From the Block – une habitante mécène qui propose des expositions de street art et de photographie au Faubourg Méditerranée, un quartier très vivant et désormais culturel près de la Gare Saint-Roch. En cette période troublée, Yoann Le Lan offre aux rues montpelliéraines le Triptyque 3747 mêlant grandeur et sentiment amoureux. Le titre correspond à l’altitude de l’Aiguille de la Grande Sassière où le photographe s’est rendu avec son appareil moyen format pour saisir la beauté de la montagne et le baiser d’un couple.

Movie night © Yoann Le Lan

Fatma Alilate : Vous m’avez dit que vous aviez commencé la photographie il y a à peine deux ans en raison d’un évènement personnel.

Yohann Le Lan : Tout à fait, c’est le décès de mon grand-père qui a placé entre mes mains son appareil photo argentique et j’ai découvert ce médium qui va complètement à rebours de l’esthétique numérique et de son aspect un peu lisse et artificiel. L’argentique permet de revenir à quelque chose de palpable, de physique et d’avoir la main sur l’intégralité du processus de création de l’image. La prise de vue est sans automatisme avec une mise au point manuelle, donc on est vraiment dans l’artisanat à ce niveau-là. Je réalise le développement de tous les négatifs et le traitement de tirages dans ma salle de bain. C’est ce qui m’a vraiment séduit, le retour du grain et le bokeh sont incroyables, c’est vraiment spectaculaire. C’est très beau.

Bordeaux © Yoann Le Lan

FA : Comment est-ce que vous procédez pour vos photographies, vos sujets ?

Y LL : Je prends toujours mon appareil photo avec moi où que j’aille. J’appelle ça « allumer mon œil », et j’observe ce qui m’entoure. Et je photographie ce que je trouve beau, mais c’est très instinctif. D’ailleurs, mon Instagram s’appelle L’œil et la lumière. La lumière, c’est ce qui m’intéresse. Toutes ses formes, la manière dont elle réfléchit, dont elle tombe sur les objets, la manière dont elle change avec les saisons, avec l’heure. C’est fascinant. Vraiment, c’est très intéressant. Cet hiver, je découvre à quel point la lumière d’hiver est sublime. 

Eygalières © Yoann Le Lan

FA : Qu’apporte la photographie à votre sens de l’interprétation en tant que ténor ? Est-ce que ça a changé l’approche physique de vos rôles, la façon de vous positionner sur la scène, votre regard ?

Y LL : Je dirais que c’est plutôt l’inverse. C’est ma pratique lyrique qui influence et surtout libère ma pratique photographique. La pratique lyrique est un métier où on est parfois amené à interpréter des personnages qui ont des personnalités très opposées à la nôtre. Ce qui est toujours difficile mais très intéressant, et instructif le plus souvent. Et donc c’est plutôt cette pratique qui libère mon regard et m’autorise à oser, à aller plus au contact des gens, des situations. J’essaie de réaliser une photographie un petit peu plus audacieuse, un peu moins lisse. 

Extase musicale © Yoann Le Lan

FA : Quand vous êtes sur scène, justement, il y a tout un travail sur la lumière. Est-ce que vous avez envie, subitement, de photographier un interprète ?

Y LL : Je passe mes répétitions entières à prendre mes collègues en photo. C’est un contexte qui a des lumières toujours intéressantes. Les artistes surtout sur scène vont avoir des expressions incroyables, très marquées. Avec les costumes sur ce Falstaff, j’ai pris des photos assez réussies notamment de Falstaff. 

FA : Oui, c’est inspirant. Les opéras s’écoutent et se regardent aussi. 

Y LL : Absolument. Et la photographie de scène est un métier à part. C’est assez difficile. Souvent, on est dans des conditions de lumière qui sont très défavorables. Il y a peu de lumière. Alors pendant que je suis en train de chanter, je ne peux pas faire des photos, bien sûr. Mais en tout cas, en répétition, ça nourrit ma vision et ma créativité.

Le déluge © Yoann Le Lan

FA : Comment est-ce que vous définiriez votre art de la photographie ?

Y LL : Il y a des photographes qui cherchent à retranscrire la réalité le mieux possible et d’autres qui cherchent à créer des univers particuliers. Je pense que je suis plutôt de cette seconde catégorie. Avant chaque photo, je réfléchis à comment je veux transformer ce qui est en face de moi pour essayer de communiquer un message. Et je vais essayer de régler mes paramètres. Souvent, la lumière me guide. 

FA : Vous proposez actuellement un Triptyque rue Méditerranée, à Montpellier. Trois photos qui ont pour thème l’amour et la beauté de la montagne.

Triptyque 3747 © Yoann Le Lan

Y LL : Ça fait maintenant plusieurs années que quand je travaille à Montpellier, je loge chez Françoise et elle m’a proposé il y a deux ans d’exposer mes photographies dans la rue. J’étais habitué aux expositions plus conventionnelles. Donc ça a été très instructif. Il y a un lâcher-prise qui est nécessaire. Il faut accepter que l’œuvre se dégrade dans le temps, que les gens puissent la dégrader, que le collage photo sur le mur soit imparfait, que la photo puisse se déchirer un petit peu. C’est mon troisième Triptyque. Le premier que j’ai exposé à Montpellier traitait des différentes formes d’expressions amoureuses du couple. Il y avait un couple très flamboyant, d’ailleurs c’est le même couple qui est sur le Triptyque 3747, et un autre couple vraiment bien sage dans un joli cadre. Et puis, un couple gay dans l’intimité. Le deuxième Triptyque avait pour sujet la vulnérabilité masculine, je l’ai exposé à Eygalières, près d’Avignon. Pour ce dernier Triptyque, j’ai été influencé par le climat géopolitique anxiogène actuel. En ce moment, on est particulièrement noyé dans un flot d’informations complètement déprimantes, et j’ai voulu lutter contre ça avec la nature, du grandiose, de l’amour, un message de résistance. L’objectif est de remettre dans les rues de Montpellier de l’espace, de l’air, de la montagne. C’est vraiment le cadre par excellence pour exprimer ce genre d’idée. 

© Yoann Le Lan

FA : Vous avez évoqué la qualité de la pellicule et le moyen format. 

Y LL : Transporter un appareil moyen format aussi haut en randonnée, c’est un peu de la folie. Mais quand on photographie la montagne, j’ai quand même le sentiment qu’on a envie d’avoir ce niveau de détails dans les roches, les textures. Il y a quelque chose de beaucoup plus abouti. C’est pour cette raison que je m’impose de transporter cet appareil moyen format. Ma photographie est plutôt instinctive, mais parfois j’ai une idée très précise et je sais que je vais avoir besoin d’un appareil moyen format. C’est quand même un moyen assez exceptionnel de matérialiser une idée, une image. 

Propos recueillis par Fatma Alilate

INFOS PRATIQUES
Triptyque 3747 de Yoann Le Lan 
Depuis le 14 janvier 2026
28 rue de la Méditerranée
34000 Montpellier
Instagram : loeil_et_la_lumiere_
Yoann Le Lan

Fatma Alilate
Fatma Alilate est chroniqueuse de 9 Lives magazine.

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