Février, 2019

sam02fev(fev 2)10 h 00 minsam09mar(mar 9)19 h 00 minBenjamin DerocheH Gallery, 90, rue de la Folie-Méricourt 75011 ParisType d'événement:Exposition,Photographie

Détail de l'événement

En collaboration avec la Galerie Françoise Paviot, H Gallery est honorée de présenter quelques séries récentes de Benjamin Deroche.
Le parcours est déjà long pour ce jeune photographe, rennais d’origine, installé dans le Finistère, qui a fait des études de littérature, est titulaire d’un doctorat en sémiologie de l’image et fait partie, depuis quelques années, des jeunes photographes français qui comptent sur le
marché de la photographie. A son propos, Françoise Paviot écrit : « Nous avons été rapidement sensibles à sa démarche qui s’inscrit dans
le champ de ce que nous aimons, une recherche exigeante qui dépasse l’anecdote, une absence de concessions à une représentation facile,
une détermination tranquille qui s’appuie sur une pensée véritable. Ses photographies ont cette capacité que nous aimons de déréaliser le réel
tout en le gardant sous nos yeux pour nous permettre de le voir autrement. »

L’artiste fonde son travail sur une relation sensible et unique avec la nature. Marchant et voyageant beaucoup (St Pierre et Miquelon,
Irlande, Lanzarote, Mer Baltique,États-Unis), il se laisse imprégner de toutes les émotions que véhiculent les paysages et voit son travail comme
une recherche contemplative et métaphysique. Il est en quête de territoires infinis qui lui permettent de ressentir une grande liberté face
à l’espace. Il espère rendre palpables les forces et les énergies invisibles de la nature et que sa beauté saisissante rendra la nécessité de
protéger l’environnement aussi évidente et vitale que celle de respirer. Dépourvus d’êtres humains, ses paysages canalisent une présence hors
cadre : « il y a souvent de très belles choses dans les extérieurs de mon image mais je décide de ne pas les faire rentrer, de les laisser horschamp comme s’il existait une sorte de magie permettant de les deviner ». Il ne cherche pas tant à livrer une perception conceptuelle qu’une
perception émotionnelle et une impression persistante de merveilleux, d’enchantement étrange.

Dans ses séries intitulées Surnature et Baltica, il converse avec les paysages en créant des installations naturelles ou à base de papier. Ces
installations peuvent être considérées comme des réponses à des lieux qui le touchent, à des moments, des sentiments, des lumières, des
ombres et des matériaux trouvés spécifiques mais aussi, comme un processus de méditation personnel. Le contraste entre la naturalité de
l’espace et le caractère artificiel des sculptures qui témoigne d’une intervention humaine créent des dispositifs ritualistes à visée spirituelle.
L’artiste est attiré par la notion d’étrangeté qui lui permet de procurer un sens nouveau à ses créations mais également, d’arrêter le regardeur
dans sa course et de lui imposer un ralentissement contemplatif. « Il se sert du médium photographique pour créer des fenêtres poétiques, tisser
des fils entre le visible et l’invisible, et interroger la nécessité de lenteur » (Emmanuelle Hascoet). Surnature évoque autant l’idée du surnaturel que la crainte qui se fait sentir face à la grandeur de la nature. Deroche est, bien sûr, un héritier du Land Art et certaines de ses créations rappellent Andy Goldsworthy ou Nils Udo, mais le sentiment de complétude et d’infini qui se dégage de ses photographies, sa façon d’offrir une nouvelle vision de la réalité et son chromatisme d’une grande éloquence font de lui un photographe tout à fait unique.

Il a récemment gagné le Prix Marguerite Duras avec une série de photos réalisée à l’hôtel des Roches Noires, à Trouville-sur-Mer où Marguerite
Duras a longtemps vécu. Benjamin Deroche travaille beaucoup en Normandie l’hiver parce qu’il est fasciné par le lien entre l’artifice humain
et la nature qui y est très fort. Lorsqu’il s’est rendu pour la première fois aux Roches noires, il y avait une grande marée et depuis les grands
fauteuils du hall, il voyait la mer qui montait jusqu’au bord du jardin et faisait corps avec elle. Ce moment lui est apparu comme onirique et à
partir de ce moment, le projet s’est imposé à l’artiste.

Alain Vircondelet, écrivain et universitaire, spécialiste de Marguerite Duras, écrit à propos de cette série : « Marguerite Duras s’est toujours
intéressée à la photographie et plus largement à l’image. Défier les pesanteurs de la matière, des êtres et des sociétés et retrouver l’innocence
originelle, la blancheur des premiers jours. Savoir rendre par les mots cette clarté inaugurale, transcrire la force de son apparition. Benjamin
Deroche a sûrement entendu ce désir-là de Marguerite Duras […]. Il l’a sûrement comprise, cette voie, pour avoir réalisé avec tant de justesse
cette série de 12 clichés pris dans la pureté d’un début du monde, au lieu même où Duras habitait. Benjamin Deroche fait ici comme Duras,
oeuvre spirituelle. Du silence qui surgit du hall de Mallet-Stevens, des jardins jusqu’à la mer de l’ancien palace, des rivages de sable poudrés
de neige, il fait entendre la solitude, le désir de l’en-allé, l’effacement des choses et des êtres, des traces de l’infini blanc ; du châle posé
sur une balustrade et qui semble s’envoler, il trahit le frémissement des mémoires, le jeu sensible des âmes languissantes, celle d’Anne- Marie
Stretter se dirigeant vers la mer, pour s’y confondre. Et ces images qu’il accueille, qu’il ne conçoit pas mais que son oeil voit et accueille,
révèlent ce qu’elle écrivait dans L’Amour […] (ce texte de) 1972, dans lequel la lumière est omniprésente, parce qu’elle « ouvre, écrit-elle,
montre l’espace qui grandit ». C’est cela qui me retient en admirant les photographies de Benjamin Deroche : cette lumière partout, qui
envahit l’espace, l’élargit et aveugle. Le silence accapare tout, mais il laisse émerger la musique, elle résonne, intérieurement, comme un cri
contenu, elle rythme les lieux, plain-chant, pleine mer, plein ciel encore ».

Dates

Février 2 (Samedi) 10 h 00 min - Mars 9 (Samedi) 19 h 00 min

Lieu

H Gallery

90, rue de la Folie-Méricourt 75011 Paris

H Gallery90, rue de la Folie-Méricourt 75011 ParisOuvert du mardi au samedi de 14h à 19h

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