Novembre, 2020

jeu05nov(nov 5)10 h 00 minsam21(nov 21)18 h 30 minJorng Jam / MémoireKong VollakGalerie Lee, 9, rue Visconti 75006 ParisType d'événement:Exposition,Photographie

Détail de l'événement

Quand, dans les années soixante-dix, la guerre civile devint de plus en plus intense et que les Khmers Rouges approchaient de Phnom Penh, les Cambodgiens se réfugièrent dans la capitale, chez des amis, des membres de la famille, des connaissances.
Et, lorsqu’il fut évident que Phnom Penh allait tomber ils enterrèrent leur argent, quelques bijoux et les photographies bien profond dans le sous-sol de la maison qui les hébergeait. Car tout cela était extrêmement dangereux et les désignait aux yeux des communistes radicaux comme des ennemis du peuple et les photographies elles-mêmes manifestaient un esprit bourgeois à exterminer.

Ou Savat pense être né en 1945. Il ne sait pas précisément car, à cette époque, l’état civil était embryonnaire et, de toutes façons, toutes les archives administratives ont été détruites durant la période Khmer Rouge.
On le voit dans des portraits de famille, puis une photo d’identité montre un adolescent aux cheveux mi-longs avant que, quelques années plus tard le tout jeune homme se fasse photographier en parfaite tenue de hippy, pantalons à pattes d’éléphant, bandana dans les cheveux longs et besace en bandoulière. Des images qu’il colla, ainsi que des portraits de sa petite soeur, dans un cahier aux pages lignées.
Aujourd’hui Ou Savat pense avoir 75 ans, porte beau et continue à exercer à Phnom Penh la profession de médecin.

Ou Savat, généreusement, accepta de confier à Kong Vollak ces images, ainsi qu’une photo le montrant, après la guerre, posant allongé devant le grand temple d’Angkor Wat, lors de cette première visite que tant de Cambodgiens effectuèrent comme pour renouer avec un passé millénaire qui pouvait leur permettre de conjurer les horreurs récentes, panser les plaies à vif.

Il accepta après que le jeune artiste, né en 1983, formé à la sculpture et aux arts visuels à l’Université Royale des Beaux-Arts de Phnom Penh, lui ait montré le travail qu’il avait entrepris.
C’est sur des photos de sa propre famille que celui qui partage son temps entre l’enseignement artistique dans des collèges et sa propre création, essentiellement des dessins représentant des architectures inventées, rêvées, ou des interprétations d’architectures marquées par l’histoire a commencé, en 2015 le projet qu’il intitule Jorng Jam ( mémoire en Khmer).

Vollak veut continuer ce travail, enrichir de peinture à l’or une mémoire rare. Il sollicite ceux et celles qui ont encore des photographies, avec une prédilection pour celles qui datent d’avant le cauchemar. Parce que « souvent, c’est tout ce qui reste de personnes qui ont disparu pendant les années Khmer Rouges ».
Certaines de ces photographies ont été dégradées par leur séjour sous terre – ou par la mousson, l’humidité étant terrible pour les photographies – et ont perdu partiellement leur gélatine et laissent des images lépreuses. L’artiste, qui fut un des fondateurs du groupe “Stiev Selapak” (“Les rebelles de l’art”) en 2007 les transforme en icônes, leur donne une dimension de tableau religieux, voire mystique dans un pays et une culture qui ignorent totalement ce genre de représentation ou de figuration. La peinture religieuse est au Cambodge essentiellement constituée de fresques qui, dans les pagodes, content dans des couleurs vives la vie de Bouddha. Les arts traditionnels majeurs sont la sculpture et la danse, pas les tableaux, encore moins la photographie.
Ce qui constitue la force profonde de ce travail c’est qu’il ne se préoccupe pas prioritairement d’esthétique, même s’il réussit à imposer une proposition visuellement cohérente, non décorative, qui fait sens par le propos qu’elle véhicule. « J’ai fait cela, aussi, parce que dans une famille, en me montrant des photographies, on m’a dit qu’elles étaient plus précieuses que de l’or ».

Dates

5 (Jeudi) 10 h 00 min - 21 (Samedi) 18 h 30 min

Lieu

Galerie Lee

9, rue Visconti 75006 Paris

Galerie Lee9, rue Visconti 75006 ParisOuvert du mardi au samedi -> 10h -13h / 14h - 18h30 et le lundi uniquement sur rendez-vous

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