Mars, 2026

Gabrielle Hébert

sam07mar(mar 7)9 h 30 mindim31mai(mai 31)18 h 00 minGabrielle HébertAmour fou à la Villa MédicisMusée Hébert, 1 Chemin Hébert 38700 La Tronche

Détail de l'événement

Photo : La villa Médicis à Rome, photographiée par Gabrielle Hébert en 1891.

Conçue en partenariat avec le musée d’Orsay, l’exposition révèle une facette méconnue de l’épouse du peintre Ernest Hébert, Gabrielle Hébert, née Gabriele von Uckermann (1853, Dresde, Allemagne – 1934, La Tronche, France). Le parcours dévoile l’oeuvre intime et novatrice d’une femme pionnière de la photographie à la fin du 19e siècle.

Proposée en partenariat avec le musée d’Orsay, l’exposition révèle une facette méconnue de Gabrielle Hébert, épouse du peintre Ernest Hébert. Le parcours dévoile l’oeuvre intime et novatrice d’une femme pionnière de la photographie à la fin du 19e siècle.
Gabrielle Hébert, née Gabriele von Uckermann (1853-1934), est d’abord peintre amateure, avant d’épouser le peintre Ernest Hébert en 1880. Lors du second directorat de son mari à l’Académie de France à Rome – Villa Médicis, elle dépasse le rôle attendu d’épouse du directeur pour s’engager dans une pratique photographique assidue et passionnée. Elle entreprend alors de documenter le quotidien de l’Académie, le palais, les jardins, les pensionnaires et surtout son mari. Ses images, véritables pages d’un journal intime visuel où se conjuguent sensibilité et modernité, font d’elle la première chroniqueuse photographique du lieu.
L’exposition propose de redécouvrir l’histoire de cette pionnière, de ses premiers clichés réalisés en 1888 à ses ultimes images datées de 1908. Le parcours révèle une figure singulière et désormais incontournable de l’histoire de la photographie.
Après sa présentation au musée d’Orsay, l’exposition arrive au musée Hébert pour trois mois, avant de partir pour Rome, à la Villa Médicis, début 2027.

INTRODUCTION

Peintre amateure et épouse de l’artiste Ernest Hébert, directeur de l’Académie de France à Rome, Gabrielle Hébert démarre la photographie de manière intensive et exaltée à la Villa Médicis en 1888. Elle cesse brutalement vingt ans plus tard à La Tronche, à la mort de l’homme qu’elle idolâtre et qui est son aîné de quarante ans. Elle assurera sa postérité par la création de deux musées monographiques.

À l’instar d’Henri Rivière, de Maurice Denis ou d’Émile Zola qui s’emparent à la fin du 19e siècle d’un boîtier photographique pour enregistrer le quotidien familial, Gabrielle développe une pratique privée et sentimentale, favorisée par la révolution technique et esthétique de l’instantané. Comme le montrent les mentions « Je photo » ou « Je photographie » dans son agenda, pas un jour ne passe sans qu’elle réalise des prises de vue. De ses débuts aux dernières images, cette exposition présente ce que Gabrielle fait de la photographie et ce que la photographie fait d’elle. S’assurant grâce aux images une place d’auteure dans un milieu où la création artistique est réservée aux hommes, elle se révèle à elle-même. À travers la chronique de sa terre d’élection et des jours heureux, elle fait oeuvre de mémoire et s’inscrit dans l’Histoire

UNE FEMME SOUS INFLUENCE

Le 21 juillet 1888, Gabrielle « sort acheter des choses nécessaires pour la photographie ». C’est le début d’une production obsessionnelle de deux mille clichés majoritairement pris à la Villa Médicis où, Première Dame d’une institution culturelle prestigieuse, elle organise les réceptions et reçoit le gotha en visite.
Gabrielle échappe vite aux assignations : elle acquiert un appareil photographique, prend des leçons auprès de Cesare Vasari, un professionnel romain, et installe, en compagnie du pensionnaire Alexis Axilette, une chambre noire pour développer ses négatifs, tirer et retoucher ses épreuves.
Elle a déjà un oeil grâce à sa culture artistique et par sa pratique de la peinture et du dessin. Les nombreux tirages que son mari a collectionnés de ses découvertes artistiques (sites, monuments et oeuvres) marquent la photographe débutante.
Mais c’est avec les comtes Giuseppe et Luigi Primoli, deux frères franco-italiens « malades et enragés de la photographie », selon l’écrivain Romain Rolland, que Gabrielle explore les potentialités de l’instantané, devenant le sujet d’une expérience créative et existentielle : la photographie.

UN ART DE LA JOIE

Gabrielle tient la chronique de la Villa Médicis, à la fois chef-d’oeuvre architectural dominant la Ville éternelle, lieu de vie des lauréats du Grand Prix de Rome et laboratoire d’une nouvelle relation entre la France et l’Italie tout juste « unifiée ». Elle pose son regard sur les occupants : artistes et modèles, visiteurs étrangers en goguette, employés italiens au travail, fleurs et bêtes.
Elle aime exercer en compagnie des « presses-bouton » de son entourage, comme on désigne les amateurs équipés d’un appareil à main, qu’il s’agisse d’artistes, d’amis ou même de l’ambassadeur de France près le Saint-Siège. Elle observe aussi les professionnels effectuant des perspectives du palais avec leur imposante chambre photographique.
« Temps magnifique. Je photographie les pensionnaires » : Gabrielle associe souvent la météo du jour à une nécessité impérieuse d’opérer. Présente au monde, dans la joie d’être, elle appuie alors sur l’obturateur. La prise de vue est une épiphanie. Je photographie, donc j’existe, semble-t-elle signifier.

MEIN ALLES (MON TOUT)

Gabrielle prend pour point de mire son mari, autour duquel elle tourne et dont elle semble surprendre les activités lorsqu’il est en train de peindre ou de faire les honneurs des lieux à des hôtes. Le portrait tendre et sensible qu’elle dresse de lui est celui d’un directeur, d’un artiste tout entier dévoué à son oeuvre sur ses lieux de travail (jardin jouxtant son atelier, bosco, sommet d’un campanile, et jusqu’au lit de sa chambre à coucher), ou dessinant sur le motif en excursion.
Elle le saisit aussi dans sa nudité d’homme âgé prenant des bains de mer, dont elle tient la comptabilité. Elle se soucie de son état de santé ; elle note la façon dont il a dormi ou l’heure de son lever.
L’asymétrie du couple, banale à cette époque et dans ce milieu, s’exprime aussi dans leurs écrits : alors qu’il la tutoie, elle utilise le voussoiement et s’adresse à lui par la formule superlative allemande « Mein Alles » : Mon Tout. Leur pratique artistique prolonge cet état de fait : Ernest est le sujet principal de ses images ; il ne la peint qu’à deux reprises.

VOYAGES EN ITALIE

Lors de leur séjour de onze ans en Italie, Ernest et Gabrielle sillonnent tout le pays. Ils visitent villas et jardins, chapelles et cathédrales, palais et nécropoles. L’artiste se plaît à revenir sur des lieux de prédilection peints pendant sa jeunesse. Ils emmènent avec eux un pensionnaire ou un élève, Amelia Scossa, le modèle chéri d’Ernest, ou encore quelques amis ; les chiens sont eux toujours présents. En 1893, ils se rendent en Sicile, dans la propriété du grand collectionneur Henri d’Orléans, Duc d’Aumale, puis découvrent les sites antiques de Sélinonte et Agrigente et les théâtres grecs de Syracuse et de Taormine.
En s’extrayant du huis-clos formé par la Villa Médicis et ses occupants singuliers, Gabrielle sort littéralement de son milieu. Dans une attention pleine d’empathie pour la culture populaire et régionale, elle parvient à faire poser devant son objectif, sans doute posé sur un pied, des groupes d’inconnus, des femmes et des hommes, qu’elle réunit dans une amusante pagaille autour d’une fontaine ou sur les marches d’un bâtiment, suscitant en retour une curiosité certaine.

EN ESPAGNE, UN REGARD CINÉMATOGRAPHIQUE

En 1896, le ménage quitte à grand regret et dans la douleur l’Italie, rejoignant Paris et La Tronche où il continue à mener une vie mondaine intense, Ernest bénéficiant d’abondantes commandes publiques et privées. Deux ans plus tard, Gabrielle accomplit son chant du cygne photographique lors d’un ultime périple, cette fois-ci en Espagne, qui les mène tous deux de Burgos à Grenade en passant par Madrid, l’Escurial, Tolède, Grenade, Séville.
Délaissant sa chambre photographique pour un appareil Kodak, elle amplifie en près de trois cents clichés ce qu’elle avait déjà expérimenté : points de vue audacieux – notamment depuis le train en pleine course -, boîtier en mouvement, regards vers la caméra, ombre projetée de l’opératrice au sol, flou de bougé des êtres et des choses (fumée, nuages et vagues), figures tronquées et gros plans. Le cinématographe naissant est passé par là. Elle ne fait plus poser ses sujets, elle les attrape au vol. Elle saisit les gestes fugaces, les instants radieux, la flânerie les badauds, l’éclat d’un rire.
Ce voyage est une parenthèse enchantée qui permet au couple de se remettre en marche, une dernière fois.

LE TOMBEAU D’UN ARTISTE

De retour d’Espagne, Gabrielle cesse de cultiver sa passion, née sous le ciel d’Italie.
Sa production s’amoindrit significativement pour s’interrompre en 1908, à la mort d’Ernest. Au fil des derniers mois de celui-ci, elle enregistre les ultimes visites et sorties au soleil, les promenades et l’installation du chevalet sur le motif. Elle le campe en dessinateur et peintre jusqu’au bout, puis met en scène son portrait posthume, pour l’éternité.
Portant en germe l’anticipation de la fin, les photographies des moments vécus, des lieux traversés, des personnes rencontrées, étaient en réalité destinées à être regardées par d’autres que leur seule autrice. Avec ses milliers d’images, Gabrielle compose un tombeau, au sens poétique du terme, édifié en mémoire de son mari et de leur amour.
Dans le musée qu’elle a créé en Isère, à La Tronche, à la gloire d’Ernest, il faudra attendre le début du 19e siècle pour que soit découverte par un heureux hasard son oeuvre photographique.

Dates

7 Mars 2026 9 h 30 min - 31 Mai 2026 18 h 00 min(GMT-11:00)

Musée Hébert

1 Chemin Hébert 38700 La TroncheDu mercredi au dimanche, de 10h à 18h.

Musée Hébert

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