Septembre, 2020

jeu17sep(sep 17)9 h 00 minsam24oct(oct 24)17 h 00 minLa sélection de la Rédaction1+2 FACTORY : [Un]InnovationMaxime MatthysCentre culture Bellegarde, 17 Rue Bellegarde, 31000 ToulouseType d'événement:Exposition,Photographie

Détail de l'événement

En ce début du mois de juin, IBM, le géant de l’informatique américain, vient de renoncer à la technologie de la reconnaissance faciale, dans le cadre de la surveillance de masse ou du profilage racial, de peur qu’elle soit utilisée à des fins liberticides. De qui se méfie IBM ? Cette prudence aurait ravi le théologien et philosophe Jacques Ellul, un homme aux pensées prophétiques disparu il y a une trentaine d’années, qui dénonçait déjà l’emprise de la technique sur nos vies. Ellul convoque la limite que l’homme doit s’imposer, « il faut abdiquer, dit-il, notre prétention à nous croire infinis, et nous rappeler que Prométhée, n’est pas un modèle mais un imbécile, si nous l’avions suivi, l’humanité aurait péri… ».

Depuis plusieurs années, Maxime Matthys, artiste belge à la croisée de diverses pratiques, s’inscrit dans cette démarche conscientisée et interrogative questionnant l’empreinte des nouvelles technologies sur notre quotidien, sur nos vies. Nous avons souhaité l’inviter à Toulouse, afin qu’il puisse poursuivre ses questionnements. Pendant quatre mois dans le cadre de notre programme 1+2 Factory et en partenariat avec le CNRS Occitanie Ouest et l’Institut de recherche en informatique de Toulouse (IRIT, CNRS/Université Toulouse Capitole/Université Toulouse – Jean Jaurès/Université Toulouse III – Paul Sabatier/Toulouse INP), Maxime Matthys interroge notre rapport aux nouvelles technologies et leurs impacts sur l’humain. Dans cette quête, il est accompagné par plusieurs scientifiques de cet important laboratoire de recherche fondamentale à Toulouse, qui célèbre en 2020 son 30ème anniversaire. Il explore les nouvelles technologies (Data Center, 5G, …) nous donnant à voir sous différentes formes (photographie, installation, projection, sculpture), le fruit de ses réflexions, exposé du 16 septembre au 24 octobre au Centre Culturel Bellegarde, un lieu pluridisciplinaire dédié aux arts numériques.
Une proposition visuelle riche et sensible pour nous aider à mieux nous situer dans ce monde de plus en plus connecté et dématérialisé. À chacun.e de faire son chemin…

Philippe Guionie, Directeur de la Résidence 1+2

Depuis l’année dernière, je cherchais à collaborer avec l’Institut de recherche en informatique de Toulouse (IRIT), le plus grand laboratoire en recherche informatique de France. Cette année, Philippe Guionie, directeur du programme 1+2 Factory, m’a proposé une résidence de 4 mois à l’IRIT en partenariat avec le CNRS Occitanie Ouest.
Je développe un travail sur la potentialité créative de l’intelligence artificielle que j’utilise comme outil pour produire des oeuvres contemporaines. Je questionne l’impact de la technologie sur l’humain et l’environnement, et sa place dans l’art contemporain. Je voulais notamment travailler autour des problématiques liés au data center et à la quantité d’énergie que ces équipements demandent. Je voulais également étudier les ondes électromagnétiques de type 4G/5G, pour les modéliser et les rendre perceptibles. J’ai sélectionné les projets qui étaient réalisables dans les temps de la résidence et en fonction de la disponibilité des scientifiques. Crise sanitaire oblige et temps imparti bouleversé, nous avons décidé de nous focaliser sur les data center et l’intelligence artificielle dans l’art contemporain. J’ai travaillé seul sur les ondes électromagnétiques.
Pendant ma résidence, j’ai pu profiter de la richesse de l’IRIT en termes d’équipement et de technologies. Lors de mes nombreuses rencontres au sein de ce laboratoire de recherche public, j’ai été mis en relation avec Tim Van de Cruys (chercheur CNRS en traitement automatique du langage naturel), avec lequel j’ai conçu deux projets majeurs du 1+2 Factory. Je me suis inscris dans ses axes de recherches et notamment sur la poésie générée par intelligence artificielle. Nous avons ensuite collaboré avec Jacques Thomazeau (ingénieur de recherche CNRS en intelligence logicielle) pour photographier les serveurs OSIRIM en imagerie thermique, lorsque la structure accueillait les calculs des algorithmes de poésie artificielle. Dans le cadre d’un second projet, nous avons travaillé en utilisant le deep learning type GAN pour produire des portraits inédits de faussaires d’art et ainsi questionner la place de la création par intelligence artificielle dans l’art contemporain.
Comprendre le travail de Tim autour de la poésie artificielle a nourri mon travail de création et permis de trouver l’inspiration, la manière forte et poétique de parler de la génération de chaleur des data center. Il s’agissait d’une véritable collaboration car son travail de scientifique m’a servi à produire les oeuvres de la série Love Center. L’expertise de Jacques Thomazeau, qui s’occupe du data center, m’a fait comprendre les systèmes de refroidissement et ainsi travailler au mieux pour le projet. J’ai eu l’occasion de travailler directement avec les serveurs OSIRIM, équipement majeur du laboratoire. Cette plateforme met à disposition des utilisateurs et utilisatrices, une architecture matérielle et logicielle pour soutenir des activités scientifiques liées à l’analyse et à l’exploitation de grands volumes de données. Elle est composée d’une zone de stockage d’une capacité d’environ 1Po et d’un cluster de calcul de 640 coeurs. Elle permet notamment aux scientifiques de faire tourner leurs logiciels d’intelligence artificielle malgré leurs besoins en ressources.
Travailler avec un laboratoire de recherche en informatique tel que l’IRIT a été une chance. Mes projets ont été profondément enrichis grâce aux conversations que j’ai pu avoir avec les scientifiques de l’IRIT. Leur connaissances et réflexions ont eu un impact fort sur mes inspirations, ma démarche et mes recherches artistiques, ils m’ont permis d’avancer sur ces différents projets. J’ai été accueilli sur place, chaleureusement, par Véronique Debats (chargée de communication) et Jean-Pierre Jessel (directeur adjoint de l’IRIT), pour évoquer les premières pistes de recherche et ainsi me diriger vers les scientifiques qui ont pu m’aider. Il en a été de même pour les chercheurs et chercheuses qui ont su répondre à l’appel. Que l’ensemble des scientifiques en soient ici remercié.es.
– Maxime Matthys

Maxime Matthys est un artiste belge, né à Bruxelles en 1995. En 2015, il sort «Bachelor», diplômé de l’ETPA (Ecole de photographie et de game design), à Toulouse.
Situé à la croisée de diverses pratiques, son travail interroge l’empreinte des nouvelles technologies sur notre mode de vie contemporain. Il utilise différents médiums ; la photographie, la vidéo, la performance, la sculpture et l’installation, pour produire des oeuvres où s’entremêlent le réel et le virtuel. Maxime Matthys collabore régulièrement avec des scientifiques pour déconstruire les mythes liés aux nouvelles technologies et, ainsi, imaginer de nouveaux langages.
Plusieurs fois primé, son travail a notamment été projeté à la Maison Européenne de la Photographie et a fait l’objet d’expositions personnelles en Europe. Son dernier projet, 2091 : The Ministry of Privacy a été exposé au Centre Pompidou dans le cadre de la quatrième édition de l’événement Mutations/Créations. Il est l’auteur de Sortez Couverts, performance produite durant la crise sanitaire du coronavirus et relayée par plus de 80 médias en France et dans le monde.
Il vit et travaille entre Rennes et Paris.

Dates

Septembre 17 (Jeudi) 9 h 00 min - Octobre 24 (Samedi) 17 h 00 min

Lieu

Centre culture Bellegarde

17 Rue Bellegarde, 31000 Toulouse

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