Février, 2021

sam27fev(fev 27)10 h 00 minsam29mai(mai 29)19 h 00 minIlse BingPhotographs (1928 - 1935)Galerie Karsten Greve, Paris, 5 Rue Debelleyme, 75003 ParisType d'événement:Exposition,Photographie

Détail de l'événement

La Galerie Karsten Greve est heureuse d’annoncer sa nouvelle exposition dédiée à la photographe allemande Ilse Bing. Photographs 1928 – 1935 met en lumière une importante sélection de photographies réalisées à Francfort et Paris entre 1928 et 1935, qui illustrent les recherches avant-gardistes menées par celle que l’on surnomme « la Reine du Leica ».
Autodidacte, Ilse Bing ne se limite pas à un genre en particulier et fait preuve d’une grande liberté dans le choix de ses sujets, s’intéressant aussi bien au portrait, qu’à la mode, la danse ou la nature morte. Elle trouve également beaucoup de motifs d’inspiration dans la ville, que ce soit dans l’architecture, dans les scènes de la vie quotidienne jusque dans ses détails que l’on jugerait insignifiant (Dead Leaf and Tramway Ticket On Sidewalk, Frankfurt, 1929). Ses clichés marqués par des plans rapprochés, des perspectives et des cadrages audacieux ainsi que l’attention portée aux détails de la vie urbaine sont très représentatifs du style de la Nouvelle Vision. Ce courant moderniste qui émerge en photographie dans les années vingt est porté par Berenice Abbott, André Kertész, Eli Lotar, Sasha Stone et Florence Henri, figure emblématique de cette modernité dont la leçon de géométrie résonne parfaitement chez Ilse Bing. Cependant, cette dernière innove dans la délicatesse et la poésie qu’elle insuffle à ses oeuvres grâce à des jeux de contraste et de lumière et à la spontanéité de ses prises de vue.
Cette spontanéité est rendue possible grâce à sa maitrise du Leica, qu’elle commence à utiliser en 1929. Dans une époque où les formats 9 x 16 cm dominent la production photographique, Ilse Bing est l’une des premières à l’utiliser et presque la seule à ne travailler exclusivement qu’avec cet appareil qui dispose d’une caméra 35mm. Très simple et très pratique d’utilisation car petit et léger, le Leica emploi un nouveau mode de cadrage qui implique une connexion directe entre la vision du photographe et son sujet. Avec cet appareil, la photographie devient naturellement une extension du regard. Cette spontanéité lui permet de devenir l’outil privilégie du photojournalisme et de la presse illustrée moderne.
Après avoir fait ses premières armes en Allemagne, Ilse Bing quitte Francfort en 1930 pour Paris où se trouve dorénavant le coeur de la photographie d’avant-garde. Elle y passera les dix années les plus fructueuses de sa carrière.
Si le Leica était privilégié par les photojournalistes en Allemagne comme outil idéal du reportage, il est redéfini à Paris comme un instrument poétique. Il devient en effet l’appareil parfait pour capturer ce que Cartier Bresson appelle « les moments décisifs ». A Paris, Ilse Bing forge son style qui réconcilie poésie et réalisme, enchantement du rêve et netteté de la modernité. Elle cherche des contrastes et des juxtapositions originales qui transforment la réalité banale de la vie quotidienne en une idée nouvelle. Sa préoccupation pour la géométrie est toujours omniprésente et se mélange avec le rendu du temps et du mouvement que sa maitrise du Leica lui permet de retranscrire à la perfection et qui s’illustre notamment dans sa représentation de la danse. Dans sa première représentation de danseuses de cancan, Ilse Bing transcende l’aspect anecdotique du sujet pour en faire une pure représentation du mouvement : c’est une vraie rupture stylistique. Son oeuvre sera sélectionnée par la Galerie de la Pléiade pour faire partie de son exposition annuelle de photographie. Elle sera remarquée par le critique Emmanuel Sougez qui pointe le dynamisme de ses danseurs et la publiera dès lors à chaque occasion dans la revue L’Illustration et Arts et Métiers Graphiques.
Avec Gerard Willem van Loon, le fils de son mécène, elle perfectionne sa représentation du mouvement. Dans Willem Gerard Van Loon, 1932 elle capture sa figure aérienne qui se découpe dans le ciel, dans un bond qui semble figé dans le temps et suspendu dans les airs. Son talent attire l’attention de George Balanchine qui lui demande de photographier la répétition générale de son ballet Errante, joué pour la première fois en juin 1933. Dans cette série, les photographies de Bing convoquent à la fois la qualité expressive des lumières avec l’évanescence de la beauté de la chorégraphie. C’est est un tour de force de délicatesse et de vivacité dans sa volonté de documenter la performance d’un ballet comme un tout continu et sans lumière additionnelle.
Cette maitrise de la lumière et de l’éclairage est un autre élément clé du style d’Ilse Bing qui donne à ses photographies leur aura poétique. Elles semblent comme sorties d’un rêve même lorsqu’elles représentent l’environnement le plus ordinaire.
Un de ses exemples le plus iconique est le Salut de Schiaparelli, 1934, publicité réalisée pour un parfum du soir de la couturière Elsa Schiaparelli. Dans ce cliché, un modèle endormi sur un lit de lys baigne dans la lueur argentée du clair de lune. Ilse Bing montre ici toute sa maitrise des jeux d’ombres et de l’éclairage dans des contrastes saisissants. La connexion est évidente entre le goût de la photographe pour la beauté fantastique et l’enchantement des créations surréalistes de Schiaparelli.
Ilse Bing joue sur les jeux de contraste, de lumière et trouve dans la photographie de nuit le moyen d’exprimer sa vision onirique de la réalité. Grande expérimentatrice, elle va challenger cette représentation grâce à la technique de la solarisation qu’elle expérimente pour la première fois en 1934. Découverte au 19ème siècle et réinventée par Man Ray, cette technique appréciée des Surréalistes permet d’inverser partiellement les valeurs positives et négatives dans l’épreuve finale. Dans ce type de cliché, les objets semblent briller d’une aura super-naturelle et la frontière entre le rêve et la réalité se dissout.
Place de la Concorde, 1934 est surement une des expressions les plus radicales de ce monde imaginaire créé par Ilse Bing. Prise en contre-jour, la fontaine devient ici une figure obscure auréolée par une eau qui se transforme en rideau de lumière.

Née à Francfort, Allemagne, le 23 mars 1899, dans une famille bourgeoise juive, Ilse Bing est une photographe de l’avant-garde autant qu’une pionnière du photojournalisme. Elle reçoit une éducation solide et étudie les mathématiques et les sciences avant de se tourner vers l’histoire de l’art. Passionnée de photographie et véritable autodidacte, elle réalise ses premiers clichés dès l’âge de 14 ans et développe son talent pour les besoins d’illustration de sa thèse. En 1929, elle quitte définitivement l’université pour faire de sa passion un métier et choisit son instrument de prédilection : le Leica qui ne la quittera plus pour les 20 ans à venir. Elle fait ses armes dans le photojournalisme et travaille pour des magazines illustrés allemands puis français, tels que le American Harper’s Bazaar, Paris Vogue ou le Monde illustré. Entre 1930 et 1940, elle vit à Paris et est alors internationalement reconnue comme l’une des principales représentantes de la photographie moderne française. Elle expose régulièrement à la galerie La Pléiade aux côtés de Brassaï, Henri Cartier-Bresson, Florence Henri, André Kertész, Germaine Krull et Man Ray. En 1931, elle fait la rencontre de Hendrik Willem van Loon, qui sera décisive pour sa carrière. Véritable mécène, il fait connaitre son oeuvre aux Etats-Unis ; en 1932, Ilse Bing est exposée à la Julien Levy Gallery de New York, qui fera don par la suite de ses photos les plus emblématiques à L’art Institute de Chicago. La même année, elle tient sa première exposition personnelle à la Galerie Trittler à Francfort. Elle participe en 1936 à la première exposition de photographie moderne au Louvre et l’année suivante, ses oeuvres sont montrées dans le cadre de la rétrospective majeure Photography 1839 – 1937 organisée au Museum of Modern Art à New York. Son statut de femme juive la force à trouver refuge aux Etats-Unis au début de la guerre en 1940,. Elle y restera jusqu’à sa mort en 1998. À la fin des années 50, Bing abandonne la photographie pour entreprendre des recherches poétiques et plastiques. Son oeuvre photographique est redécouverte en 1976 grâce à l’exposition des acquisitions récentes du MoMa de New York. Ses oeuvres feront par la suite l’objet de nombreuses expositions et figurent dans les collections des plus grands musées, dont le Met et le MoMa à New York, le San Francisco Museum of Fine Art, l’Art Institute de Chicago, ou encore le Victoria and Albert Museum à Londres.

Dates

Février 27 (Samedi) 10 h 00 min - Mai 29 (Samedi) 19 h 00 min

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