Juin, 2026

Qui a peur des fleurs ?

ven19jui(jui 19)10 h 30 mindim18oct(oct 18)18 h 30 minQui a peur des fleurs ?Musée Jean-Honoré Fragonard, 14 rue Jean Ossola 06130 Grasse

Détail de l'événement

UN SIÈCLE DE PHOTOGRAPHIE AUTOUR DE LA PUISSANCE FLORALE

Plonger dans un siècle de photographie pour y cueillir des instantanés héroïques où la fleur devient objet de puissance et d’affirmation, quoi de mieux pour célébrer un double anniversaire : le centenaire de la parfumerie grassoise et le bicentenaire de la photographie, tout en mettant à l’honneur les femmes et les fleurs.

Portée et développée par les arrières-petites-filles de son fondateur, la maison Fragonard se conjugue au féminin depuis plus de trente ans, avec discrétion et humilité. Pourtant, l’actualité nous rappelle chaque jour que l’égalité des genres et le respect du sexe dit « faible » restent précaires.

Profitons donc de ce double anniversaire pour éclairer, d’un faisceau floral, des icônes photographiques et interroger leur valeur symbolique.

POURQUOI CHOISIR LA FLEUR ?

La fleur n’est pas un simple motif décoratif et coloré : elle est aussi souvent odorante. Elle constitue l’essence même des parfums, elle enivre et inspire.

Si les femmes l’aiment tant, ce n’est pas uniquement pour ses qualités esthétiques. De nombreuses cultures montrent qu’elle n’est pas exclusivement un attribut féminin. L’exposition précédente, Femmes dévoilées et hommes en fleurs, avait par exemple montré l’amour des hommes afghans pour les fleurs.

La fleur apporte également une forme d’assurance. Cette touche, en apparence décorative — que certains accrochent à leur chapeau ou à leur veste, tressent en couronne ou tiennent simplement dans leurs mains — devient politique lorsqu’elle est présentée au monde. Comme un étendard ou un drapeau, elle transmet un message.

La fleur affirme haut et fort que celle qui la porte n’a pas peur.

DU PARADOXE FLORAL À LA MISE EN ABÎME SCÉNOGRAPHIQUE

Dans son essai Le message photographique (1961), Roland Barthes évoque le paradoxe du médium photographique. Si la photographie semble d’abord transmettre un message objectif et fidèle à la réalité, elle recèle en réalité de multiples sens cachés et interprétations.

Barthes parle de « paradoxe photographique » : l’image contient des messages codés, même lorsqu’elle paraît documentaire.

La décoration florale porte un paradoxe similaire. Derrière l’innocence et l’esthétique qui lui sont habituellement associées se cache une autre lecture possible. La fleur produit elle aussi un message, qui vient codifier la photographie.

Loin d’être un simple détail vestimentaire, la fleur ne décore pas : elle honore.

« Qui a peur des fleurs ? » propose ainsi un parcours joyeux et coloré, fidèle à l’esprit de Fragonard, mais également engagé et militant. L’exposition offre une relecture originale de l’attribut floral à travers plus d’un siècle d’histoire des femmes, des révolutions et des combats du quotidien.

Environ quarante photographies sont présentées, issues de différents fonds photographiques (AFP, BnF, RMN, Bibliothèque du Congrès…) et d’archives personnelles de photographes tels que William Klein ou Marc Riboud.

Les images sont présentées sur fond de gouaches anciennes de fleurs provenant des archives textiles de Fragonard.

DE LA COURONNE ANTIQUE À LA REVENDICATION ARTISTIQUE

Dès l’Antiquité gréco-romaine, la couronne florale possède une symbolique riche. Elle n’est pas seulement un ornement esthétique : elle agit comme un diadème, symbole de pouvoir et de puissance.

Ces couronnes végétales sont des signes de reconnaissance, d’honneur, de mémoire et de communication politique et religieuse.

Dans le domaine artistique, l’une des figures les plus emblématiques de cette symbolique est Frida Kahlo, célèbre pour ses couronnes de fleurs. Présentes dans de nombreuses cultures — de la Russie à l’Amérique centrale en passant par les îles du Pacifique — elles deviennent chez elle un signe identitaire fort.

Elles affirment à la fois sa personnalité artistique et son appartenance culturelle mexicaine.

On retrouve cette dimension identitaire chez les Femen, dont les couronnes de fleurs rappellent leurs origines ukrainiennes.

METTRE EN LUMIÈRE LES FEMMES PHOTOGRAPHES

L’exposition est également l’occasion de mettre en avant les femmes photographes qui ont marqué silencieusement l’histoire de la photographie au XXᵉ siècle.

Longtemps oubliées, elles sont aujourd’hui redécouvertes par les institutions culturelles et les commissaires d’exposition. Parmi elles :

Mary Ellen Mark
Marie-Laure de Decker
Tina Modotti
Denise Bellon
Vivian Maier

On peut également citer Karimeh Abbud, première photographe palestinienne indépendante. Elle parcourait son pays, possédait plusieurs studios et photographiait familles et paysages.

Qu’elles soient artistes, militantes ou femmes politiques, les femmes portant des fleurs deviennent héroïques. Ce sont ces images que l’exposition souhaite mettre en lumière.

LA FLEUR RÉVOLUTIONNAIRE

Au XIXᵉ siècle en France, la parure florale devient aussi un signe d’appartenance politique. Portée en boutonnière, la fleur renseigne sur les convictions politiques de celui ou celle qui la porte.

Rouges ou blanches, fleurs de lys, violettes, œillets ou immortelles deviennent ainsi des marqueurs politiques visibles dans l’espace public.

Au XXᵉ siècle, certaines révolutions prennent même le nom de fleurs :

Révolution des Œillets au Portugal (1974)

Révolution des Roses en Géorgie (2003)

Révolution des Tulipes au Kirghizstan (2005)

Les fleurs deviennent alors les symboles d’un mouvement populaire non violent.

Dans les années 1960-1970, elles incarnent également l’idéologie pacifiste contre la guerre du Vietnam, symbolisée par la célèbre photographie La jeune fille à la fleur de Marc Riboud.

C’est l’époque du flower power et du mouvement hippie, popularisé lors du Summer of Love en 1967.

Dates

19 Juin 2026 10 h 30 min - 18 Octobre 2026 18 h 30 min(GMT-11:00)

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