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Pour sa quatrième et dernière carte blanche, Emilie Houssa, co-directrice du Centre Claude Cahun pour la photographie contemporain partage son coup de gueule sur le rôle des centres d’arts en France. Quelles sont ses actions parmi les musées et les FRAC ? Jusqu’où peuvent-ils aller ? Dans les faits, un centre d’art d’intérêt national n’a pas pour vocation de constituer une collection, or si ces lieux avaient la possibilité d’avoir une politique d’acquisition appuyée par une logique de publication serait un bulle d’air pour la création contemporaine, et particulièrement la création photographique enfin suivie et valorisée comme les autres pratiques artistiques.

Plus qu’un coup de gueule un questionnement, un léger vertige face à des formes toujours plus poussées d’une volonté de rendre toujours plus productive la création artistique.
Grâce à notre adhésion au réseau Diagonal (réseau des lieux de diffusion et de production de la création photographique en France soutenu par le ministère de la Culture) nous rencontrons beaucoup de directeurs et directrices de centres photographiques situés sur tout le territoire français. Au cours de nos discussions, il m’est apparu un état de fait qui semble structurel : un centre d’art d’intérêt national n’a pas vocation à avoir une collection, il est là pour diffuser de la culture, pas forcément pour la conserver. Seulement certains centres ont déjà une collection quand ils accèdent à cette labellisation, mais la définition des missions n’intègre pas vraiment la valorisation ou même l’enrichissement de cette collection, tout juste sa conservation. Comme si cela ne correspondait pas aux cases prévues pour désigner un centre d’art. Comme si les centres d’arts, devant se glisser dans la place étroite entre Musée et Frac, n’étaient pas à même de participer à l’enrichissement des collections publiques. Le vertige arrive là, dans cette marche qui catégorise des actions pourtant nécessairement liées : créer, produire, conserver, transmettre.

Carte du réseau Diagonal – février 2022. Design graphique : studio Petroff

Les centres d’art sont des lieux de résidence, des lieux qui soutiennent la production par des moyens humains, matériels, techniques : des lieux qui offrent le temps de créer. Quel beau projet. Seulement comment valoriser ces créations? Une fois la pièce créer qu’advient-il? L’artiste se retrouve de nouveau seul à devoir communiquer et (pour beaucoup sans représentant) tenter de vendre leur production. Un centre d’art, s’il possède une collection, pourrait valoriser ces production en les intégrant à une collection publique selon une politique d’acquisition. Cette mission paraît logique quand on voit l’investissement des équipes auprès des artistes. Cette mission paraît même nécessaire quand on observe l’asphyxie de la création, malgré les grandes commandes publiques passées à la suite de la crise sanitaire.

Force est de constater qu’à l’heure actuelle beaucoup de résidences dites de création demandent aux artistes une grande part de médiation. Est-ce le même métier? Aujourd’hui l’artiste communique plus qu’il ne fabrique. Il doit être médiateur de son travail, il doit en être promoteur, le publicitaire, le marchand. Ne persistent donc que les artistes qui savent se vendre. Est-ce vraiment un critère plastique? Donner aux centres d’art la possibilité d’avoir une politique d’acquisition appuyée par une logique de publication serait une bulle d’air pour la création contemporaine, et particulièrement la création photographique enfin suivie et valorisée comme les autres pratiques artistiques.

La Rédaction
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