Mai, 2026

Matt Henry

ven22maisam01aouMatt HenryPalmGalerie Polka, 12, rue Saint-Gilles 75003 Paris

Détail de l'événement

Dix ans après sa première exposition à la galerie, Polka accueille de nouveau Matt Henry avec « Palm », une série construite autour de la figure du palmier. Le photographe gallois de 48 ans rend hommage à la plus célèbre des plantes tropicales, en en faisant l’instrument d’une étonnante analyse socio-politique.

100 ans après les premiers voyages des photographes explorateurs autour de la Méditerranée, où les palmiers participent de tout un imaginaire fantasmé, voici qu’ils ressurgissent dans les années 1960 revisitées par Matt Henry. Les aventures orientalistes sont déjà loin. Une révolution industrielle et deux guerres mondiales sont passées par là. La photographie ressuscite en couleur et Kodak s’installe dans tous les foyers. Le palmier, ce vieux frère hier symbole du sublime exotique, façonné par les fantasmes d’abondance tropicale, resurgit dans l’imaginaire triomphant de l’après seconde Guerre Mondiale, cette fois-ci en plein cœur de l’Occident.

Fasciné par la la culture et la contreculture américaines des années 1960 et 1970, Matt Henry travaille depuis dix ans sur des « short-stories », des fictions photographiques. « Palm » en réunit trois, dans une sorte d’essai photographique où le palmier fait figure de prisme analytique.

« Je m’efforce de décrypter sa symbolique, à une époque où il devient surtout synonyme d’opulence et de loisir », note Matt Henry. C’est le sens du premier récit de son livre, dont l’intrigue se noue à Palm Springs, ce mirage moderniste suburbain de la cote Ouest américaine, en banlieue de Los Angeles. Sous les palmes, un rêve américain : une vie d’opportunités gorgées de soleil, des grandes maisons avec piscines olympiques et gazons à la chlorophylle dans des lotissements trop beaux pour être vrais. Le photographe — qui cite volontiers John Waters et David Lynch — y raconte la ville et le tonnerre qui gronde chez les habitants, avec l’oeil d’un cinéaste.

« Je me vois comme un conteur. Je cherche avant tout à immerger le spectateur dans l’univers que je façonne. Les mondes que je construis sont des époques et des lieux imaginaires ; des fragments déformés de mémoire et de mythe. » Le palmier devient l’emblème d’un monde-fiction sur fond de culture consumériste exacerbée, de marchandisation des loisirs et de domestication de la nature. Mais aussi un totem vers les chapitres suivants, face aux ravages de la guerre du Vietnam et de la guerre culturelle qui s’annonce, ou encore sur la route du « hippie trail », en compagnie d’aventuriers d’un nouveau genre, avides d’exploration intérieure et d’expériences collectives partagées sur des plages luxuriantes bordées de cocotiers.

Les « scènes » racontées par Matt Henry assument une théâtralité ouvertement « camp » voire kitsch, c’est à dire un brin criarde et fantasque, pour ne pas dire satirique. Une esthétique assumée, entre divertissement et clin d’œil subversif, qui trouve ses racines dans la culture populaire des années 1960.

« La période actuelle est marquée par une pensée très manichéenne. La photographie n’y échappe pas. Je ne veux pas nier l’importance du travail documentaire, ni celle de l’art en tant que manifeste, mais comprendre leurs limites, c’est aussi réaliser qu’il y a une place pour des œuvres ludiques, satiriques ou absurdes », ajoute le photographe. Avant de conclure : « Les années 1960 me donnent toujours ce goût d’inachevé. Nous étions sur le point d’aboutir à quelque chose, puis tout a été balayé sous le tapis. D’une certaine manière, je me vois comme une sorte de Sisyphe : je m’attache à reprendre et pousser inlassablement sur le chemin des sujets et des motifs qui m’obsèdent, dans un monde que je me suis créé pour l’occasion. »

En parrallèle de son exposition à la galerie Polka, Matt Henry a compilé cette série dans un ouvrage éponyme aux éditions Sturm & Drang. 136p., 69€. Disponible à la Factory Polka.

Dates

22 Mai 2026 15 h 00 min - 1 Août 2026 17 h 00 min(GMT-11:00)

Galerie Polka

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