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La revue Like rend hommage au photojournalisme

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La revue papier de “Tous les jours curieux”, Like, vient de sortir son troisième numéro, un numéro consacré entièrement au photojournalisme. En couverture, un portrait de la photojournaliste américaine Dickey Chapelle, sur le terrain. Elle a couvert la seconde guerre mondiale, la guerre d’Algérie et la guerre du Viêt Nam. C’est lors de ce dernier conflit que Dickey trouve la mort dans l’exercice de ses fonctions. Elle devient ainsi la première femme photojournaliste américaine à mourir au combat. Une couverture qui vient nous rappeler l’importance du témoignage, mais aussi de la dangerosité de ce métier qui est chaque jour un peu plus fragilisé.

Dans son éditorial, le directeur de publication Jean-Jacques Farré compare le photojournalisme à un bâtiment à l’abandon. En effet, l’âge d’or de la presse est révolu, les médias ont changé, leurs lecteurs avec… Les médias meurent, mais les journalistes et les reporters prennent toujours plus de risques pour raconter le Monde, parfois au péril de leur vie, et souvent pour des rémunérations grotesques… Ce nouveau numéro de Like rend hommage à toute une profession, avec les anciens comme Hubert Henrotte et Henri Huet, aux photojournalistes de toujours avec Noël Quidu et Marie-Laure de Decker, aux nouvelles générations que comptent Véronique de Viguerie ou Edouard Elias… On y retrouve des récits passionnants et des entretiens au long cours avec de nombreuses photographies autour d’une seule et même passion.

Au sommaire de ce numéro d’hiver 2021 spécial Photojournalisme

VÉRONIQUE DE VIGUERIE (FEMME D’EXTÉRIEUR)
Se lancer dans le grand bain du photojournalisme en choisissant l’Afghanistan comme base arrière, voilà qui paraît, seize ans après, tout bonnement incroyable. C’était le choix de Véronique de Viguerie pour ses débuts, mais ce n’était pas un cas isolé loin de là, plusieurs jeunes apprenties journalistes – Marie Bourreau, Manon Querouil – l’ayant accompagnée dans l’aventure. Un saut dans l’inconnu raconté dans le détail à la première personne.

HENRI HUET (VIE ET MORT D’UN GÉANT)
Il y a cinquante ans pile, le 10 février 1971, quatre photojournalistes grimpent dans un hélicoptère de la Vietnamese Air Force pour suivre l’offensive au Laos. Deux heures plus tard, l’appareil est abattu quelque part au-dessus de la piste Hô Chi Minh. L’émotion est énorme car Larry Burrows, envoyé spécial de Life et légende du métier, se trouve à bord. Sa mort efface ses trois confrères des tablettes de la postérité. C’est pourtant bien une autre légende du photojournalisme qui disparaît ce jour-là, Henri Huet. Lettre ouverte à un homme secret dont le travail époustouflant a contribué à alerter l’opinion publique de l’époque.

MARIE-LAURE DE DECKER (MA VIE, IL FAUT L’AVOIR VÉCUE)
« Il faut avoir vécu cela une fois dans sa vie ! » Cette phrase, Marie-Laure de Decker l’a prononcée en évoquant un de ses séjours au sein de l’ethnie tchadienne des Woodabés, mais on pourrait la reprendre à l’identique pour bon nombre de ses reportages, tant la vie de cette photojournaliste est faite de premières fois : premières commandes au culot pour Newsweek en débarquant au Vietnam sans recommandations, première femme photographe à l’agence Gamma, première à avoir pris la première photographie de Giscard président… Une première de cordée en somme? Pas du tout, une femme engagée, bien décidée à vivre au plus près des gens et ouverte à toutes les rencontres.

LIVIA SAAVEDRA (SEULE FACE À EBOLA)
Livia Saavedra a la foi, celle dont on dit qu’elle permet de balayer les doutes et de bousculer des montagnes. Elle croit en la puissance de la photo et en la force du témoignage du photojournaliste. Malgré l’indifférence du monde, malgré l’épidémie de Covid, malgré la crise de la presse. Évidemment, il y a un prix à payer pour ça et il est élevé, fait de sacrifices financiers, de risques physiques et de moments de déprime. Mais c’est le prix de l’engagement!

FLORENCE AUBENAS (QUAND JE TRAVAILLE AVEC UN PHOTOGRAPHE)
Elles sont rares aujourd’hui les rédactions qui peuvent offrir à leurs journalistes le luxe de prendre leur temps. C’est le cas du quotidien Le Monde. C’est comme ça que Florence Aubenas a pu, sur une intuition, passer plusieurs jours sur un rond-point au tout début du mouvement des Gilets jaunes. Et c’est comme ça qu’Édouard Élias a pu la rejoindre, boîtiers argentiques en bandoulière, pour tenir un journal de bord en noir et blanc. Né de rien en 2005, le service photo du Monde est devenu une institution, bénéficiant désormais d’un budget annuel de 2,4 millions d’euros.

JÉRÔME FERRARI & ÉDOUARD ÉLIAS (RENCONTRE AU SOMMET)
Jérôme Ferrari a obtenu le prix Goncourt en 2012 pour son livre Le Sermon sur la chute de Rome. Mais c’est un autre de ses romans qui a attiré notre attention. À son image raconte la guerre en ex-Yougoslavie. Il y est aussi question de Rista Marjanovic, un photographe Serbe bien réel celui-là, qui en son temps fut un des pionniers du métier. Cette passion pour les photographes justifiait bien un rendez-vous, mais l’idée d’une interview à deux voix est née plus tard, lors d’une entrevue avec Édouard Élias pour évoquer son reportage photo sur les Gilets jaunes. Sur son bureau, nous avons tout de suite remarqué le roman de Jérôme Ferrari. Il n’en fallait pas plus pour que l’idée d’une rencontre des deux prenne corps. On a bien fait!

NOËL QUIDU (L’AIR DE LA GUERRE)
Noël Quidu photographie comme d’autres pratiquent la boxe, ses images, on ne les parcourt pas, on les encaisse. Et on chancelle. Afghanistan, Liberia, Syrie, Tchétchénie, la géographie de la haine n’est pas exhaustive. Son corollaire, la férocité, est sans limite, et comme tout crime appelle vengeance, la barbarie montrée et dénoncée par Quidu a encore de beaux jours. À l’inverse de certains de ses prédécesseurs, Capa, Caron et les quelques autres restés sur le terrain, Quidu s’en est toujours sorti sans casse majeure. Tant mieux! Mais on n’échappe pas si facilement à son univers et on perçoit bien qu’une part de Quidu est toujours restée un peu «là-bas».

INFOS PRATIQUES :
Revue Like
n°#02 – Hiver 2021
16,5x23cm
132 pages
9,90€ (prix de lancement)
3€ (version numérique)
Périodicité : Trimestrielle
> Pour acquérir le premier numéro ou s’abonner : https://www.touslesjourscurieux.fr/jachete-la-revue-like/

A LIRE :
Sortie de la revue Like, le dernier né de Tous les jours curieux

Ericka Weidmann
Après des études d'Arts Appliqués et de photographie, elle rejoint un magazine en ligne consacré à la photo en tant que directeur artistique, poste qu'elle occupera pendant 10 ans. En 2010, elle s'installe comme DA en indépendant. En parallèle, elle devient responsable éditorial pour Le Journal de la Photographie et c'est en septembre 2013 qu'elle co-fonde le quotidien L’Oeil de la Photographie pour lequel elle est rédactrice en chef jusqu'en septembre 2016 avant de fonder 9 Lives magazine ! Ericka Weidmann est également journaliste pigiste pour d'autres médias.

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