Mai, 2026

C'est Chic !

ven29mai(mai 29)11 h 00 minsam19sep(sep 19)19 h 00 minC'est Chic !Lillian Bassman & Sheila MetznerLa Galerie Rouge, 3 Rue Du Pont Louis-Philippe 75004 Paris

Détail de l'événement

Photo : Lillian Bassman, Blowing Kiss, Barbara Mullen, New York, Harper’s Bazaar, circa 1958

La Galerie Rouge réunit Lillian Bassman et Sheila Metzner, deux figures majeures de la photographie de mode, dans sa nouvelle exposition « C’est Chic ! ». Ce titre claque comme un slogan, celui de l’élégance, de l’expressivité et de l’audace qui se dégagent de leurs photographies. Ces deux artistes incarnent une liberté artistique affranchie des objectifs commerciaux de la mode et se distinguent par une approche sensible et picturale du tirage. Récemment mises en lumière dans deux expositions majeures — Sheila Metzner au Getty Museum en 2023 et Lillian Bassman au Metropolitan Art Museum en 2026 — il nous semblait essentiel de les faire connaître davantage en France.

Lillian Bassman et Sheila Metzner appartiennent à deux générations différentes mais elles ont de nombreux points communs. Nées à Brooklyn, elles ont évolué dans un monde d’hommes et ont dû concilier une vie familiale et une carrière exigeante (Sheila Metzner a eu huit enfants ; Lillian Bassman en a eu deux). Elles ont chacune été directrice artistique avant de devenir photographe, ce qui leur a permis d’avoir une vision globale des métiers de la mode. À Harper’s Bazaar, Lillian Bassman a été le bras droit d’Alexey Brodovitch, grande figure du graphisme et du design américain, puis a été nommée directrice artistique de Harper’s Bazaar Junior en 1945. Elle travaille avec de jeunes photographes bientôt devenus célèbres comme Richard Avedon — dont elle est très proche —, Louis Faurer, Robert Frank, et Arnold Newman. De son côté, Sheila Metzner a été la première femme directrice de l’agence de publicité Doyle Dane Bernbach. Cette double carrière leur a permis, chacune à leur manière, de trouver une continuité entre leur travail commercial et leur œuvre artistique, et d’imposer une photographie créative dans un univers mercantile dont elles connaissaient bien les rouages.

Pour toutes les deux, le tirage est au centre de leur recherche picturale, il opère comme un espace d’expérimentation et de raffinement. Bassman s’initie au tirage avant même de devenir photographe en expérimentant avec les négatifs de George Hoyningen-Huene et met au point une technique qu’elle appelle « tissuing », consistant à utiliser des tissus au moment du développement pour créer des effets de flou et de dilution de l’image. Elle perfectionne ensuite cette technique en utilisant du ferrocyanure, un produit qui permet d’estomper certaines tonalités. Lorsqu’elle devient définitivement photographe en 1947, elle cherche à créer dans ses prises de vue une émotion, une atmosphère plutôt qu’à décrire les détails essentiels des vêtements. Certaines photographies ressemblent ainsi à des dessins à main levée. Après un long hiatus où elle s’éloigne complètement de la photographie de mode, elle retrouve au début des années 1990 certains de ses négatifs et décide de les réinterpréter pour leur donner une « seconde vie ». Elle pousse encore plus loin ses expérimentations même si l’on retrouve les qualités de ses premières œuvres : son goût pour les textures, la volonté de briser la surface plane du tirage, un regard pour les postures inhabituelles, et une quête constante pour les idées novatrices. Comme le dit si bien Richard Avedon : « Ce qu’elle fait est tout simplement magique. Personne d’autre dans l’histoire de la photographie n’a su rendre visible cet espace invisible et déchirant qui se situe entre l’apparition et la disparition des choses. »

Sheila Metzner évolue dans une industrie de la mode à une époque très différente, celle des années 1980, plus clinquante et exubérante. Elle parvient rapidement à imposer son style dans les magazines, notamment Vogue pour qui elle travaille de manière exclusive entre 1981 et 1989. Véritables objets de désir, ces images flamboyantes et picturales associent mythes et sophistication glamour. Dans des décors baroques, elle met en scène des corps et des visages sculpturaux entourés de cascades de fruits, de fleurs, et d’objets art déco qui font successivement référence à la peinture symboliste, aux photographies de Man Ray ou à l’imagerie antique, égyptienne et grecque. La sensualité romantique des images est renforcée par une mise au point douce, l’utilisation d’objectifs anciens et un traitement formel. La méthode d’impression qu’elle utilise, le procédé Fresson, renforce les effets de textures, la richesse des couleurs et des glacis dorés, si bien que ses images sont souvent comparées à des peintures. Le procédé Fresson, considéré comme la technique d’impression couleur la plus durable et la plus stable, a été mis au point en 1952 par Pierre Fresson et son fils Michel Fresson. La lenteur de cette technique met encore davantage en valeur les photographies oniriques et souvent éthérées de Metzner. Au total, l’ensemble des opérations de tirage d’une photo couleur par l’atelier Fresson exige deux à trois semaines d’un travail totalement artisanal.

Dates

29 Mai 2026 11 h 00 min - 19 Septembre 2026 19 h 00 min(GMT+00:00)

La Galerie Rouge

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