Juin, 2026

Donna Gottschalk & Hélène Giannecchini

jeu25juiToute la journéedim11octDonna Gottschalk & Hélène GiannecchiniNous AutresCentre d'art GwinZegal, 4 rue Auguste Pavie 22200 Guingamp

Détail de l'événement

Photo : Donna Gottschalk, Autoportrait avec JEB, E. 9th Street, New York, 1970, Courtesy de l’artiste et de Marcelle Alix © Donna Gottschalk

“Nous autres” est le fruit de la rencontre entre Donna Gottschalk, photographe, et Hélène Giannecchini, écrivaine.
Donna Gottschalk, née en 1949 à New York dans le quartier populaire d’Alphabet City, est photographe. Depuis la fin des années 1960, elle s’attache à représenter les personnes avec qui elle a vécu, milité et travaillé. Engagée dans les mouvements naissants pour les droits LGBT+, elle ressent la nécessité de préserver la trace de ces vies aux marges de la société. Patiemment, au fil de ses pérégrinations, elle constitue une archive contre l’oubli composée d’images de ses proches, amies, amantes, camarades de luttes. Rarement vu, son travail fait l’objet d’une première présentation en 2018 au Leslie-Lohman Museum of Art à New York. À cette occasion, le New York Times publie un article dont le titre « The Most Famous Lesbian Photographer You’ve Never Heard of — Until Now » ne manque pas de révéler sa place singulière dans l’histoire de la photographie. Après des années de réserve, Donna sent qu’il est enfin temps de partager ses images.

Hélène Giannecchini, née en 1987 à Paris, est écrivaine et théoricienne de l’art. Attentive aux paroles et aux images manquantes, elle dédie une grande partie de sa recherche aux mémoires queer et archives minoritaires de la seconde moitié du XXe siècle. Donna lui ouvre ses archives. Immergée dans plus de cinquante années de pratique photographique, Hélène explore et recompose. Les images sont autant de fragments d’histoire à réactiver. À l’intersection des luttes passées et présentes, la rencontre de leurs deux histoires, personnelles et collectives, provoque un déplacement des récits, une résistance à l’effacement. Une autre histoire reste à écrire, ensemble.

Celle de Donna pourrait commencer à New York à la fin des années 1960, alors qu’elle prépare un diplôme à la High School of Art and Design tout en suivant les cours du soir de la prestigieuse Cooper Union for the Advancement of Science and Art où elle peine à trouver sa place : « À Cooper Union, je ne faisais clairement pas partie des gens branchés. Le fait d’être lesbienne me mettait à part. »

Au même moment, la découverte de la pratique photographique la captive et, en 1967, sa visite de l’exposition New Documents au MoMA, marque durablement son rapport au médium. S’inscrivant dans la tradition de la photographie documentaire, les oeuvres de trois jeunes photographes alors peu connus, Diane Arbus, Lee Friedlander et Garry Winogrand, en proposent une approche plus subjective et introspective qui « trahit une sympathie — presque une empathie — pour les imperfections et les fragilités de la société. » (John Szarkowski). Les photographies de Diane Arbus impressionnent tout particulièrement Donna : « Elle photographiait des personnes en marge de la société, ce qui me semblait être mon habitat naturel. Cela m’a confortée dans l’idée que je devais continuer à faire de la photographie. »

La construction du regard de Donna est indissociable du contexte politique de la fin des années 1960. À cette époque, les rapports homosexuels demeurent illégaux aux États-Unis (sauf dans l’Illinois) et le code pénal de l’État de New York stipule que toute personne ne portant pas au moins trois vêtements conformes à son genre peut être arrêtée par la police. Le 28 juin 1969, une descente de police au Stonewall Inn, un bar gay de Greenwich Village à New York dégénère. Les personnes présentes se rebellent contre la violence du contrôle des forces de l’ordre. Trois jours d’émeutes s’ensuivent. Cet événement fondateur donnera naissance à diverses organisations politiques, qui pour la première fois revendiquent publiquement des droits pour les personnes LGBTQ+. Le Gay Liberation Front, que Donna rejoindra aussitôt, est l’une d’elles.

Pourtant, à rebours des écritures photographiques qui dominent les cercles militants des années 1970, Donna ne cherche ni à produire une documentation militante affirmée, ni à mettre en scène les corps et désirs féminins comme acte d’affirmation politique. À mesure que son engagement dans l’activisme décline au milieu des années 1970 et que la nécessité de subvenir à ses besoins et à ceux de ses jeunes frères et soeurs s’intensifie, Donna retourne son objectif vers sa vie intime, ses proches. Son travail n’en reste pas moins profondément politique. Comme l’écrit Hélène Giannecchini : « Donna dévoile des trajectoires, au sens sociologique du terme, des individus pris dans leur époque, dans leur destin de classe, qui évoluent et se transforment. C’est une oeuvre politique sans être démonstrative. »

Le portrait reste sa forme d’apparition privilégiée. N’utilisant jamais d’artifice, Donna ne veut pas prendre le risque de transformer ses sujets en figures distantes, scrutées d’un point de vue extérieur. Pas de flash non plus, dont l’éclat brutal viendrait figer l’instant. Les personnes qui posent pour Donna, le plus souvent dans son appartement, embrassent pleinement leur liberté et leur identité. Donna compose ainsi peu à peu un album de famille, celui des gestes quotidiens, des corps au travail, des affections discrètes et des élections assumées. Éloignée de la scène avant-gardiste new-yorkaise, les photographies de Donna circulent dans un espace de confiance, entre amies et, peu à peu, dessinent une constellation, une mémoire collective qui, tout en rendant visible, refuse l’assignation. Chaque regard, chaque posture affirme « nous sommes là, ensemble, visibles, solidaires ». En silence, elle constitue peu à peu une archive de la dissidence.

« Les photographies de Donna agissent comme un appel. Elles convoquent la mémoire des existences qu’elles ont fixées sur la pellicule.» Lorsqu’Hélène écrit à partir des images de Donna, elle les habite, les réactive et les projette dans notre temps.

« Il s’agit de vies minuscules et communes ; de destinées qui ne disent rien d’elles-mêmes, mais que quelques phrases, arrachées à l’oubli, viennent faire scintiller. »*
Il aura fallu des décennies pour que les images de Donna Gottschalk nous parviennent enfin. Preuves d’existence, gestes d’amour et de résistance, elles ne demandent pas seulement à être vues. Elles nous engagent.
Julie Héraut

Commissaires de l’exposition : Hélène Giannecchini et Julie Héraut
Exposition conçue par Le Bal et coproduite par Le Bal, The Photographers’ Gallery et le Centre d’art GwinZegal.

Dates

25 Juin 2026 - 11 Octobre 2026 (Toute la journée)(GMT-11:00)

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