Septembre, 2026

Justine Kurland & Mariah Robertson

ven04sep(sep 4)14 h 00 mindim15nov(nov 15)19 h 00 minJustine Kurland & Mariah RobertsonAntiphotoGalerie Miranda, 21 rue du Château d’Eau 75010 Paris

Détail de l'événement

Photos :
G © Justine Kurland, detail from 99 Nudes on the wall, 2026
D © Mariah Robertson, Risograph, 2026

À l’automne 2026, la Galerie Miranda présente une exposition en duo réunissant les artistes contemporaines Justine Kurland (1969, américaine) et Mariah Robertson (1975, américaine), toutes deux reconnues pour leur remise en question des conventions établies de la photographie. Dans l’exposition Antiphoto, Justine Kurland et Mariah Robertson ne se contentent pas de défier le canon photographique : elles l’assiègent en découpant, recouvrant de peinture, photocopiant et réemployant ses piliers fondateurs. Par ailleurs, et en un pied de nez aux règles du marché de l’art, pour cette exposition des œuvres murales individuelles des deux artistes seront proposées au même prix modique : 199 euros.

Justine Kurland présente deux ensembles d’œuvres distincts: 99 Nudes on the Wall (2026) est un collage composé de quatre-vingt-dix-neuf éléments. Installée sous la forme d’une vaste fresque murale, l’œuvre évolue en temps réel au gré des ventes : chaque pièce est retirée lors de son acquisition, générant ainsi des compositions mouvantes qui reflètent les priorités du marché. Egalement exposées, trois oeuvres uniques issues de sa récente série Bad Hand (2025). Ici, Kurland réalise des collages découpés d’une même série, Nudes (1977-1991) de Lee Friedlander, auxquels elle intègre des copies des peintures de natures mortes réalisées par son père défunt. Par cette acte de réappropriation de deux grandes traditions – le nu et la vanité – Kurland critique et se libère de l’héritage paternel ainsi que le mythe du génie artistique masculin. En fusionnant ces deux genres, Kurland contamine délibérément leur hégémonie par l’expérience de sa propre main; l’allégorie de la vie et de la mort propre à la nature morte acquiert une dimension politique.

Kurland inscrit ces deux ensembles dans le cadre de sa série plus vaste SCUMB, une réinvention disruptive et tactile du canon photographique. L’artiste a initié ce projet comme un geste de purge, extrayant la matière photographique et corporelle brute de sa bibliothèque personnelle de livres de photographie pour la transformer en collages, dans un acte à la fois d’excision et de réappropriation. Le collage est depuis longtemps associé au travail des femmes et à la sphère domestique, ce qui en fait une stratégie féministe particulièrement puissante, tant dans la vie que dans l’art. Chaque œuvre de cette série présentée par la Galerie Miranda constitue un démembrement littéral du langage visuel du patriarcat.

La nouvelle œuvre de Mariah Robertson présentée à la Galerie Miranda prend la forme d’une installation qui préfigure un futur livre d’artiste. Depuis 2016, Mariah Robertson développe une série de risographies pour un projet éditorial qui dépasse aujourd’hui les 300 pages. S’éloignant de l’abstraction rigoureuse qui caractérise son travail en chambre noire, ce nouveau projet rassemble dessins, photographies, notes et images provenant de plusieurs corpus d’œuvres au sein d’un livre visuel, sans textes, qui s’est progressivement transformé en un autoportrait indirect. Structuré autour de chapitres et de thèmes récurrents, l’ouvrage intègre des matériaux accumulés au cours de près d’une décennie de recherches artistiques et personnelles. Les éditions en risographie présentées dans cette exposition sont principalement issues d’un chapitre consacré au nu masculin. Dans un flux visuel libre et jubilatoire ses risographies sont installées sans encadrement à la Galerie Miranda, sous la forme d’une frise murale aux dégradés de couleurs.

À la différence de la pratique photographique qui a fait sa renommée — des œuvres uniques réalisées selon un protocole de chambre noire hautement physique — ces risographies constituent un ensemble d’œuvres produites en multiples. Le choix de la risographie pour ce nouveau projet interroge les normes du marché de l’art en matière de production, de valorisation et de présentation des œuvres. Une imprimante risographique ressemble à une photocopieuse, mais fonctionne selon un procédé proche de la sérigraphie, permettant de produire des impressions aux couleurs vibrantes, à faible coût et avec un impact environnemental limité. Ce procédé évoque le mouvement du Xerox Art ou Copy Art des années 1960, particulièrement adopté par des artistes femmes qui y voyaient un moyen de remettre en cause les modèles dominants de production artistique et de création de valeur. Grâce à la xérographie, l’image, désormais reproductible à l’infini par des moyens mécaniques, apparaissait comme une menace pour les œuvres célébrées par le marché — et de prédominance masculine. Les images xérographiques détournaient l’usage bureautique initial de la photocopieuse (destinée aux secrétaires) afin de produire des compositions, des formes de diffusion et des circuits d’information capables de contester l’ordre artistique et politique établi.

Biographie, Justine Kurland (1969, américaine)

Justine Kurland est une artiste américaine reconnue pour ses photographies utopiques des paysages américains et des communautés marginales, réelles ou imaginaires, qui les habitent. Depuis plus de trois décennies, elle explore les thèmes de la liberté, de l’appartenance, du désir d’utopie et de la résistance aux récits culturels dominants. Ces dernières années, Kurland a élargi sa pratique artistique en intégrant le collage, la peinture et le livre d’artiste. Sa série récente et toujours en cours, SCUMB Manifesto, revisite et transforme des ouvrages de photographes masculins consacrés par l’histoire de l’art à travers des gestes de découpage, de démantèlement et de reconstruction. S’inspirant des traditions féministes de protestation et de réappropriation, ces œuvres critiquent à la fois les mécanismes d’exclusion inscrits dans les canons photographiques et ouvrent de nouveaux espaces visuels aux femmes ainsi qu’à d’autres sujets sous-représentés. Par des processus de destruction et de réparation, Kurland reconfigure les récits hérités et propose des histoires alternatives de la photographie.

Justine Kurland a obtenu un Bachelor of Fine Arts (BFA) à la School of Visual Arts de New York en 1996, puis un Master of Fine Arts (MFA) à l’Université Yale en 1998. Son travail a été largement exposé dans des musées et galeries aux États-Unis et à l’international. Ses œuvres figurent dans de nombreuses collections publiques, notamment celles du Whitney Museum of American Art, du Solomon R. Guggenheim Museum, du Museum of Modern Art, du Carnegie Museum of Art, du J. Paul Getty Museum, de la National Gallery of Art, du Musée des beaux-arts de Montréal et du Victoria and Albert Museum. Kurland a publié plusieurs ouvrages, parmi lesquels Highway Kind (Aperture, 2016), Girl Pictures (Aperture, 2018), SCUMB (Mack, 2022) et 99 Nude Collages on the Wall (autoédition / livre d’artiste, 2025). Elle a également enseigné dans plusieurs établissements d’enseignement supérieur de New York et de sa région, notamment à la Parsons School of Design, au Sarah Lawrence College, à la Columbia University et à l’International Center of Photography.

Biographie, Mariah Robertson (1975, américaine)

Mariah Robertson est une artiste basée à New York dont le travail explore les systèmes, les règles et les présupposés inhérents à la pratique photographique. Utilisant la chambre noire comme un espace d’improvisation et de performance, elle s’approprie le hasard, l’échelle et les contraintes matérielles afin d’interroger des questions plus larges liées à l’autorité, à la valeur et aux structures sociales. Comme elle l’affirme : « Il n’y a pas d’image, seulement une trace, sur chaque page, de ce qui s’y est produit. » Son travail en chambre noire est réalisé selon un protocole hautement expérimental : l’artiste applique directement les produits chimiques photographiques sur le papier, en ignorant les règles habituelles — et souvent considérées comme « sacrées » — de la photographie, telles que l’interdiction de toucher le papier photographique, celle de laisser apparaître des plis ou d’autres imperfections mineures à sa surface, ou encore celle de travailler dans des conditions de lumière ou de température non contrôlées.

Mariah Robertson a obtenu un Bachelor of Fine Arts (BFA) à l’University of California, Berkeley, puis un Master of Fine Arts (MFA) à l’Yale University. Elle a participé à de nombreuses expositions, parmi lesquelles A World of Its Own: Photographic Practices in the Studio au Museum of Modern Art, Outside the Lines: Rites of Spring au Contemporary Arts Museum Houston, Process and Abstraction à la Transformer Station du Cleveland Museum of Art, ainsi que The Sky’s the Limit au National Museum of Women in the Arts. Parmi ses expositions personnelles figurent Mariah Robertson au BALTIC Centre for Contemporary Art et Mariah Robertson: Let’s Change à Grand Arts. Ses œuvres font notamment partie des collections du Whitney Museum of American Art, du Museum of Modern Art et du Los Angeles County Museum of Art. Mariah Robertson vit et travaille à Brooklyn, à New York. En parallèle de son activité d’exposition, elle a cofondé deux espaces d’artistes autogérés et créé The Free Art School, un podcast consacré à l’enseignement, à la réflexion et au dialogue entre artistes.

Dates

4 Septembre 2026 14 h 00 min - 15 Novembre 2026 19 h 00 min(GMT-11:00)

Galerie Miranda

21 rue du Château d’Eau 75010 ParisOuvert du mercredi au samedi 14h-19h

Galerie Miranda

Get Directions