Septembre, 2026

Le Liban de Serge Najjar

sam19sep(sep 19)10 h 00 min2027dim17jan(jan 17)17 h 00 minLe Liban de Serge NajjarInstitut du Monde Arabe - Tourcoing, 9, rue Gabriel Péri 59200 Tourcoing

Détail de l'événement

Voir autrement

À première vue, les photographies de Serge Najjar semblent appartenir au monde de la peinture abstraite. Des aplats de couleurs franches, des lignes géométriques rigoureuses, des jeux d’ombres et de lumière composent des images qui évoquent tour à tour Piet Mondrian, Kasimir Malévitch, Vassily Kandinsky, Victor Vasarely ou encore Aurélie Nemours. Pourtant, rien ici n’est peint.
Tout ce que montre Serge Najjar existe réellement.
Depuis plus d’une décennie, le photographe libanais arpente Beyrouth, le littoral méditerranéen et les villes du Liban à la recherche de ces instants où l’architecture bascule dans l’abstraction. Son regard isole une façade, un angle, une ouverture, un chantier inachevé ou une simple variation lumineuse. À travers le cadrage seul, sans mise en scène ni retouche, il révèle une réalité que l’œil pressé ne perçoit pas.
L’exposition Le Liban de Serge Najjar rassemble un ensemble majeur d’œuvres qui témoignent de cette démarche singulière. Elle invite à découvrir un Liban rarement représenté : loin des clichés pittoresques, des ruines ou des paysages de carte postale, apparaît un territoire contemporain fait de béton, de lumière et de formes en transformation permanente. Si les images de Serge Najjar privilégient la lumière, la forme et l’abstraction, elles n’effacent jamais totalement le contexte dans lequel elles prennent naissance.

Le regard construit

Né à Beyrouth en 1973, à la veille de la guerre civile, Serge Najjar grandit au contact de l’art abstrait géométrique. Son père, collectionneur passionné, fréquente la galerie Denise René, et la Galerie Lahumière à Paris et réunit des œuvres de Victor Vasarely, Aurélie Nemours ou encore Otto Freundlich. Très tôt, l’enfant découvre les grands maîtres de l’abstraction européenne et développe une sensibilité particulière aux formes, aux rythmes et aux couleurs. Cette culture visuelle irrigue aujourd’hui toute son œuvre photographique.
Pour autant, Serge Najjar refuse toute démarche de citation ou de reproduction consciente. Comme il l’affirme lui-même, son travail procède avant tout de l’intuition. Les rapprochements avec l’histoire de l’art apparaissent après coup, lorsque les images révèlent les influences qui ont façonné son regard.
Ses photographies ne cherchent donc pas à imiter l’abstraction ; elles démontrent au contraire que celle-ci existe déjà dans le réel, pour peu que l’on sache la voir.

Architecture et lumière

Au cœur de son œuvre se trouve l’architecture. Najjar photographie principalement des bâtiments modernistes, des chantiers, des structures en béton ou des façades anonymes. Ce choix n’est pas anodin. L’architecture inachevée lui offre une liberté particulière : débarrassée des reflets du verre et des artifices décoratifs, elle révèle sa structure essentielle. Le béton devient alors une matière photographique à part entière. Longtemps considéré comme un matériau brutal ou disgracieux, il apparaît ici sous un jour inattendu. Ses textures, ses courbes, ses aspérités et sa capacité à accueillir la lumière offrent au photographe un champ d’exploration presque infini. Chez Najjar, la lumière ne se contente pas d’éclairer ; elle construit l’image. Elle découpe les volumes, crée des surfaces monochromes, transforme un mur en tableau et une façade en composition géométrique. Les ombres deviennent des matières, les blancs des espaces de silence, les noirs des profondeurs presque métaphysiques. Chaque photographie naît ainsi de la rencontre entre un lieu, une lumière et un instant.

Entre abstraction et réalité

Ce qui frappe dans l’œuvre de Serge Najjar est cette tension permanente entre le réel et son dépassement. Le spectateur croit souvent regarder une peinture avant de comprendre qu’il se trouve face à une photographie. Ce trouble constitue l’une des grandes forces de son travail. Les lignes se transforment en compositions constructivistes, les fenêtres deviennent des modules géométriques, les façades semblent flotter hors du temps. Mais contrairement à l’abstraction picturale, les images de Najjar demeurent ancrées dans le monde. Elles témoignent d’un lieu, d’une ville, d’une architecture et d’une société. Elles portent en elles les traces discrètes du Liban contemporain : un pays en perpétuelle reconstruction, où les chantiers racontent autant les blessures du passé que les promesses de l’avenir. Cette dimension demeure souvent implicite. Serge Najjar ne documente pas la guerre et ne cherche jamais l’effet spectaculaire. Pourtant, dans ces architectures en devenir, dans ces structures suspendues entre achèvement et inachèvement, affleure une réflexion sur la résilience, la transformation et la capacité d’un territoire à se réinventer.

La présence humaine

Au sein de ces compositions d’une rigueur presque abstraite, surgit parfois une silhouette. Un ouvrier traversant un chantier, une présence isolée dans un espace immense, un corps minuscule face à la monumentalité du béton. Ces figures sont rarement mises en scène. Elles apparaissent au moment exact où l’équilibre de l’image se construit. Elles apportent une échelle, une tension narrative et une profondeur humaine à l’architecture. Elles rappellent également que ces bâtiments ne sont pas seulement des formes mais des lieux habités, construits et traversés par des femmes et des hommes. Dans l’œuvre de Serge Najjar, l’humain et l’architecture ne s’opposent pas : ils dialoguent.

Le Liban réinventé

À travers cette exposition, l’Institut du monde arabe-Tourcoing propose une immersion dans un univers visuel où la photographie devient un outil de révélation. Le Liban qui apparaît dans ces images est à la fois réel et imaginaire, concret et abstrait, fragile et puissant. Un Liban de lumière, de lignes et de couleurs. Un Liban que Serge Najjar ne documente pas mais qu’il réinvente à travers la singularité de son regard. Son œuvre nous rappelle que la photographie n’est pas seulement l’art de montrer le monde tel qu’il est. Elle est aussi l’art de nous apprendre à le regarder autrement.

Dates

19 Septembre 2026 10 h 00 min - 17 Janvier 2027 17 h 00 min(GMT-11:00)

Institut du Monde Arabe - Tourcoing

9, rue Gabriel Péri 59200 TourcoingOuvert le samedi de 10h à 17h

Institut du Monde Arabe - Tourcoing

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