Juillet, 2026

Lucien Pelen

dim05julsam01aouLucien PelenAu loinEspace Grille, 4, rue de Grille 13200 Arles

Détail de l'événement

Photo : René, photographie argentique , impression jet d’encre, 120 x 120 cm, 2008, ed 1/6 © Lucien Pelen

Manon Pieyre de Mandiargues, en collaboration avec la galerie Aline Vidal, a le plaisir d’accueillir l’exposition Au loin de Lucien Pelen dans l’espace Grille à Arles, à l’occasion du Festival des Rencontres de la photographie.
Lucien Pelen pratique la photographie comme une technique de sagesse, en homme qui se pose des questions sur le monde et sur la place qu’il y occupe. Toutes les actions qu’il fixe sur la pellicule montrent un personnage (l’artiste lui-même) dans ce grand espace d’expérimentation qu’est la nature, souvent un lieu désert et vaste de la Lozère ou des Cévennes. Lucien construit le paysage comme un espace d’articulation entre différentes échelles : une étendue, un fragment de champ, un environnement où le petit se déploie dans le grand et où le grand participe au petit. La relation entre ces deux éléments (l’homme, la nature) est essentielle pour l’artiste qui y voit la possibilité d’une circulation, d’un lien à activer entre l’espace mental intérieur et l’espace environnemental extérieur.
Si le médium photographique est au coeur du geste, la pratique de Lucien le place au bord de l’image ou dans une portion congrue de l’espace : il est dans un champ élargi de la photographie. La manière d’intervenir dans le cadre ne place pas le spectateur dans la contemplation, mais dans l’intuition d’un ailleurs : il y a toujours, au-delà de nous, un autre espace. Si ce geste artistique apparaît comme une présence minimale, il est maintenu dans un rapport de disproportion avec l’espace et ces interventions absurdes et retenues forment un art sans logique qui révèle la beauté de notre passage dans le paysage.

Pelen L’illuminé texte de Corinne Rondeau
“Ce sont d’abord des paysages vastes, imposants. Ensuite, une petite, voire une minuscule silhouette. Dans les photographies ou les vidéos de Lucien Pelen, seule la luminosité varie selon l’heure du jour ou de la saison. C’est un monde en noir et blanc ou en couleurs peuplé d’un seul homme en tenue d’Adam souvent, soumis à la seule chose qui habite tout être vivant, l’attraction terrestre. Alors se jeter dans les airs, se suspendre aux arbres, marcher, marcher et revenir sur le dos d’une colline, marcher en portant des portes, dévaler, cogner, se faire cogner, s’immobiliser en se frappant le front tel L’Homme qui ne connaissait pas la question. Cet homme dans l’espace est avant tout un corps, comme si les idées étaient toujours dehors, derrière la porte. Et quand il rencontre un alter ego, chacun habillé d’une combinaison de paysan avec un seau sur la tête, un geste tendu de mains suspendues, la poignée de mains n’arrive jamais. Autant dire que c’est un monde qui ne cesse de mesurer forces et résistances pour maintenir une marque inaccessible de jonction. Il faut donc frapper fort l’esprit pour faire entrer les idées, à moins que ce soit la mémoire, des histoires oubliées, des rites enfouis.
Les situations absurdes et excentriques ne nous intriguent que parce qu’elles insistent, se répètent, dépouillées de toute chose rationnelle. Lorsqu’il écrit, Lucien Pelen a une sensibilité pour des récits en forme de conte, une mémoire insolite des gestes et des choses et l’exil du sens commun : « ce ne sont pas les marteaux qui battent la cloche, mais la cloche qui les use lentement. Doucement, sûrement, elle les rogne et leur vole la rage, et quand fatigués de cogner, ils ne pourront plus l’atteindre, alors elle se laissera tomber et percera le village, lui dérobant sa mémoire, ses racontars et ses gens. » Lorsqu’il est photographié ou filmé, son affinité joue avec les lois physiques de la chute des corps et des chocs, associée à une force de coïncidence entre le lieu de la nature et le corps. Cet homme ne peut coexister avec la société, là où le sens déborde, là où il y a des places à occuper et à prendre.
Pelen l’illuminé raconte des histoires d’espace hors du temps dans lesquelles l’art est le dernier des soucis, ou bien est-ce le premier pour le sens poétique à la René Char : « Le poète doit laisser des traces de son passage, non des preuves. Seules les traces font rêver ». Il n’y a pas de combat imaginaire malgré l’exubérance, la pugnacité, la folie; on peut même dire que l’illuminé a fort peu d’imagination parce que c’est à travers son corps que se décide le pouvoir de rendre visible une action dans l’espace. Mais surtout il répond à Spinoza « personne n’a encore jamais dit que peut un corps », en dépassant les limites de sa capacité à agir et subir. Lorsque des pots de terre cuite lui tombent sur la tête sans broncher (À la porte des mémoires), lorsque ces mêmes pots à l’envers sur la tête, il les cogne contre des roches ou des menhirs d’Ardèche jusqu’à ce qu’ils se brisent (L’Angélus), il rend visible un événement qui surgit comme par surprise et expose une puissance : recevoir la forme de l’action dans l’image. Alors, l’image devient le lieu. Ce qu’il reçoit ne le rend pas synchrone à l’événement, car l’illuminé est ailleurs, aussi impassible que le visage de Buster Keaton. Lucien Pelen est en quête d’un corps bien
différent de celui des muscles et des nerfs. C’est un corps narratif avec ses récits de passions de débauche d’énergie, c’est un corps pour l’Autre dans un rapport de défi et de perte. On comprend combien les photographies ou les vidéos ne sont pas de simples tentatives de capturer l’événement, mais celles d’infinitiser le corps qui, on ne le sait que trop, est un lieu fini.
Il y a de la mystique chez Lucien Pelen. Il semble arriver de nulle part, faire des gestes improbables ou inattendus, seul au milieu de la nature immuable, belle et simple, puis continuer d’aller ailleurs. Tout centre est près de lui et loin de lui : c’est la nature perdue dans l’homme qu’il tente de rejoindre par l’image. C’est un homme qui ne cherche pas un lieu où se perdre comme le moine au bord de la mer de Caspar Friedrich, mais un homme qui se dissémine en tout lieu. Infinitiser est peut-être ce que l’invention de la photographie a causé, en plus d’être une copie du réel, un objet anthropologique nouveau : une magie. Les images de Lucien Pelen valent comme de fabuleuses actions dégageant une force qui emplit la vue. Une vue engorgée, pleine de frénésie, loin de tout repos, possédant en partage l’histoire méconnue d’un monde immémorial.”

Dates

5 Juillet 2026 11 h 00 min - 1 Août 2026 19 h 00 min(GMT+00:00)

Lieu

Espace Grille

4, rue de Grille 13200 Arles

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