Juin, 2026

Quelque chose de bleu

sam13jui(jui 13)13 h 00 mindim11oct(oct 11)17 h 00 minQuelque chose de bleuPlongée dans la collection photographique de L’Imagerie, LannionCRP/ Centre régional de la photographie Hauts-de-France, Place des Nations 59282 Douchy-les-Mines

Détail de l'événement

Photo : Île de Houat, série « Bretagne, les îles », 2008, collection L’Imagerie © Bernard Plossu

L’exposition « Quelque chose de bleu » réunit vingt-et-un artistes et présente une sélection de plus de soixante-dix oeuvres extraites de la collection de L’Imagerie à Lannion. Institutions soeurs, le CRP/ et ce centre d’art basé en Bretagne partagent de nombreux points communs qui ont guidé l’envie de concevoir ce projet d’exposition ensemble. Outre la conservation de fonds photographiques, ce sont des histoires similaires qui se tissent depuis les années 1980 et s’inscrivent dans le paysage de la photographie contemporaine française. Face à la Manche ou au coeur du Bassin minier, l’un et l’autre de ces lieux homologues témoignent depuis toujours de leur ancrage sur leur territoire respectif. Ils partagent aussi leur engagement auprès du public et des artistes notamment dans leurs missions de transmission, de soutien à la création et à la production d’oeuvres

La collection, un objet à explorer

L’Imagerie, comme le CRP/, conserve une collection constituée depuis 1983, les acquisitions étant généralement faites à la suite des expositions. Elle contient désormais plus de 850 oeuvres. Alors que la conservation de fonds ne fait pas partie des missions confiées aux centres d’art, la valorisation des oeuvres que chacun détient contribue au rayonnement sur leur territoire et au-delà de ces structures, renforçant leur singularité et la vitalité de ces lieux ressources, pluriels et vivants.

Des fondateurs photographes

La création de ces centres d’art relève bien souvent de la volonté de quelques hommes et femmes passionnés de photographie, mus par l’envie de partager et de transmettre. Une section de l’exposition leur est dédiée : les photographes Jean Bichet et Michel Viala ont créé le lieu peu après le naufrage de l’Amoco Cadiz, rejoints par la suite par Bernard Chevalier, Bernard Moreau (Thanes), Patrick Le Bescont, puis Jean-François Rospape.

Naviguer dans les fonds

Comment entre-t-on dans une collection ? Comment naviguer dans plusieurs centaines d’oeuvres quand on ne les connaît pas encore ? Ce sont des questions qui sont celles que peuvent se poser le visiteur à l’idée d’être face à un tel corpus et à sa grande variété. Alors que les outils de recherche habituels proposent d’y pénétrer par auteur, date ou numéro, pour concevoir cette exposition l’idée était de proposer un critère de tri évident et une porte d’entrée polysémique. Le bleu renvoie au caractère maritime indissociable de la région. Il recouvre par ailleurs certaines dimensions essentielles de la photographie : le ciel et par conséquent la lumière et l’ombre, la couleur et un grand pouvoir symbolique.

Le bleu comme guide

Couleur primaire à la portée métaphorique et spirituelle forte, le bleu renvoie aux éléments naturels. Reliant la terre au cosmos, il évoque et convoque l’infini. Ardant et brandi par ce décolleté (de lutteur) de Ben McNutt, le bleu électrique accueille le visiteur comme un étendard, dans sa lecture la plus élémentaire, il fait vibrer l’oeil de son aplat puissant.

Des créations en écho au territoire

Le littoral et la mer sont à L’imagerie ce que le Bassin minier est au CRP/ : un territoire d’exploration inépuisable pour les photographes. Les villages des îles bretonnes vus par Bernard Plossu (en 2008) ou l’imaginaire du monde marin abordé le long des Côtes d’Armor par Marine Lanier (en 2021) sont des exemples de productions réalisées par des artistes invités, accueillis et soutenus par L’Imagerie dans le cadre de programmes de résidence. Ces dispositifs ont permis l’enrichissement des collections et leur permanente réactualisation. Ils sont aussi à l’origine de la dominante territoriale dans les thématiques traversées par le fonds. La mer, son immensité, ses mystères et ses rythmes, ses rivages et ses côtes abruptes sont des objets de fascination pour le photographe. Souvent traités sans emphase parce que le sujet s’impose sobrement, les sujets drainent parfois en creux des questions environnementales ou certaines problématiques écologiques.

Les horizons

À la brillance du cibachrome, la bretonne Chantal Connan conjugue les gammes de nuances de bleus et les variations d’horizons où l’eau se cogne au ciel. Elle répond à la ligne paisible proposée par Jean-Louis Garnell, prise dans la suite directe de la commande Transmanche pilotée par le CRP/ pour laquelle il produit des vues similaires de l’horizon près de Calais. Le bleu est absent des lithographies en noir-et-blanc de Hiroshi Sugimoto mais il exulte cependant. Dans cette sélection de dix-sept pièces (sur les cinquante items que comprend le portfolio), les mouvements subtils de la surface de l’eau, la ligne tantôt nette tantôt floue et le même protocole appliqué avec ardeur dessinent un univers mystique et une linéarité fascinante voire hypnotique. Objet de délectation pur ou de méditation, la série Seascapes regroupe plus de trente années d’horizons saisis à travers le monde.

Des expériences photographiques

En regard d’une photographie davantage tournée vers le document, la collection donne une part belle aux artistes photographes pratiquant l’expérimentation photographique. Extraits de son encyclopédie imaginaire, les oeuvres de Laurent Millet s’offrent dans un panel imposant. La série La Méthode donne à voir un ensemble de maisons hybrides et éphémères, construites pour le bonheur de construire et agencées grâce à une palette d’éléments chers au photographe plasticien français : des mots, des bribes, des structures, et en fond, parfois, la profondeur de paysages marins. Figure majeure de l’expérimentation en photographie, Yannig Hedel compose par fragments le ciel et l’ombre et répond aux explorations de John Batho (que l’on trouve aussi dans les collections du CRP/) qui se concentre sur la minéralité des côtes et les limites d’un cadre qu’il remplit et obstrue délibérément.

La mer et ceux qui l’habitent

Face aux silences des horizons du photographe japonais, se confrontent les populations permanentes ou éphémères de la mer et de ses côtes. Caryatides de la petite galerie, les valeureux plongeurs de Florence Joubert côtoient les baigneurs de Barbara Alper. Prises de vue sous-marines, ces photographies prouvent avec humour que la cohabitation existe entre les corps bedonnants des estivants et les poissons de toute taille. Diodon ou poisson clown, la beauté de l’espèce est tout aussi mise en lumière dans le travail de Charles Thiefaine et Laurence Kubski. Dans ces contextes aquatiques ou minéraux, les artistes s’intègrent parfois eux-mêmes. Cette posture est au coeur de l’écriture photographique d’Arno Rafael Minkkinen, Elina Brotherus et Dieter Appelt. Tous trois partagent le goût de la mise en scène et placent leur propre corps dans le prolongement même des paysages et de la nature saisie dans son plus simple appareil.

Dates

13 Juin 2026 13 h 00 min - 11 Octobre 2026 17 h 00 min(GMT-11:00)

CRP/ Centre régional de la photographie Hauts-de-France

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