Mai, 2026

Thierry Balanger

jeu21mai(mai 21)14 h 00 minsam20jui(jui 20)19 h 00 minThierry BalangerInsolentes beautésLes Douches la Galerie, 54, rue Chapon 75003 Paris

Détail de l'événement

Les Douches la Galerie est heureuse de présenter Insolentes beautés de Thierry Balanger, première exposition personnelle de l’artiste à la galerie. Depuis près de trente ans, son oeuvre explore les liens intimes entre corps et photographie. À travers un processus radical affranchi de l’appareil, Thierry Balanger engage directement la matière du corps dans celle du papier sensible et donne naissance à des images où la présence physique devient empreinte, trace et expérience. L’exposition met ainsi en lumière une pratique à la fois performative et introspective, dans laquelle le geste photographique devient un espace de révélation et de transformation de soi.

Selon Adonis : « Le corps est un univers – son espace est le visage. Le visage n’est le masque d’aucune chose. » Mais si le corps est univers, la photographie l’est tout autant. Ou, plus précisément, c’est à travers l’univers du photographique que l’univers du corps peut prendre conscience, sans masque, de l’étendue de son territoire, de son existence et de son essence ; autrement dit : s’incarner. Toute l’oeuvre de Thierry Balanger, quasi depuis trois décennies, en témoigne. Car, si le corps n’a pas de commencement hors de lui-même, il peut néanmoins se déplier, se déployer, de toute sa mesure et sa démesure, à la surface même d’un papier photographique qui en offrira, en retour, une empreinte directe, immédiate et sans retour possible. Car il ne s’agit pas littéralement ici d’[auto]portrait(s) d’un corps, d’un visage, d’un être ou d’une identité, mais indubitablement d’un contact intégral suivi d’un transfert in extenso peau sur peau : l’épiderme d’un corps – humain, animal, végétal – et ses humeurs versus l’épiderme sensible des sels d’argent du papier photographique. Aussi les figures et les formes de l’apparence n’y sont-elles, de fait, que pures présences matérielles d’un réel tangible et effectif.

Délourdi donc de tous les outils ancestraux de la photographie – il n’y a là ni appareil ni prise de vue à proprement parler –, Thierry Balanger n’envisage ainsi l’image qu’en tant qu’espace d’enregistrement et de visibilité d’un processus créatif dans son ensemble. Tout n’y est en effet qu’un seul et même champ d’expérimentations sans étapes préliminaires ; la figuration s’affinant et se précisant au fur et à mesure des nombreuses expériences qui impliquent inéluctablement une production importante de tirages afin d’arriver à la juste adéquation entre l’acte performatif préalable et le résultat escompté : la délivrance de quelque chose de soi vers et à travers le photographique, et qui témoignera ensuite pour l’éternité de l’insolente beauté de ce geste artistique sans sujet, sans objet, et pourtant d’une portée inouïe, celle d’une fusion, sinon d’une communion avec soi-même grâce à la photographie.

Nadar, dans son livre de souvenirs1, rapporte un point de vue d’Honoré de Balzac en tout point surprenant, et que d’aucuns ont nommé la « Théorie des spectres » : « Selon Balzac, chaque corps dans la nature se trouve composé d’une série de spectres, en couches superposées à l’infini, foliacées en pellicules infinitésimales, dans tous les sens où l’optique perçoit ce corps. L’homme à jamais ne pouvant créer – c’est-à-dire d’une apparition, de l’impalpable, constituer une chose solide, ou de rien faire une chose –, chaque opération daguerrienne venait donc surprendre, détachait et retenait en se l’appliquant une des couches du corps objecté. De là pour ledit corps, et à chaque opération renouvelée, perte évidente d’un de ses spectres, c’est-à-dire d’une part de son essence constitutive. » Thierry Balanger en inverse ici la symbolique, sans pour autant contredire le propos : si l’acte photographique détache bien ici une couche du corps comme on ôte la pelure d’un oignon, cette couche spectrale foliacée en pellicules infinitésimales qu’évoque Balzac ne participe en rien à la perte d’une couche identique de son essence constitutive, mais bien au contraire reconfigure ce corps, le figure de nouveau plus en accord avec lui-même. Comme si ce pouvoir du corps à se reconstruire – entre le processus de mue du serpent et la figure du Phénix, le récit du supplice de Saint-Barthélemy et le mythe de Pénélope –, n’était là que pour l’enrichir, en lui apportant à chaque occurrence de la densité – sa substance –, de la pesanteur – sa force – et de la gravité – sa puissance. Faire face à soi-même comme reconstitution de soi-même.

« La mort pas plus que le soleil ne peuvent se regarder en face », affirmait Dieter Appelt ; le corps, lui, le peut ! Et la photographie, dans son acte comme dans sa matière, de n’être qu’un miroir sans tain tourné, tel un Janus, d’un côté vers celui qui en a provoqué le processus et qui y a engagé tout son être, et de l’autre vers le spectateur qui y perd son regard pour mieux y trouver une identité tout entière. Laissons Roland Barthes dès lors conclure : « La photographie, c’est l’avènement de moi-même. »
Marc Donnadieu
Chercheur, enseignant, critique d’art et commissaire d’exposition indépendant

Dates

21 Mai 2026 14 h 00 min - 20 Juin 2026 19 h 00 min(GMT-11:00)

Les Douches la Galerie

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