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Le programme des Résidences Photographiques a été créé en 2008 par le musée du quai Branly – Jacques Chirac pour soutenir la création contemporaine extra-européenne dans le domaine de la photographie. Ce programme permet chaque année à un ou plusieurs photographes, originaires de l’un des quatre continents représentés dans les collections du musée, de développer une oeuvre inédite, en cohérence avec leur trajectoire artistique personnelle. Les noms des trois lauréats viennent d’être dévoilés…

Les lauréats 2020

Emilio De Azevedo (Brésil)

« Tout l’enjeu de mon travail sera donc de donner à voir autrement ce territoire et les modes de vies qui le composent en faisant de la place aux réalités les plus discrètes, de sorte que mon récit intègrera non seulement la voix des amérindiens, mais aussi celle des non-humains, des microbes, des animaux, de l’eau, de la terre. »

Maréchal Rondon – Un inventaire du Brésil.
Une enquête photographique sur l’impact écologique de la modernisation du Brésil / Lieu de réalisation du projet : Brésil Entre les années 1890 et 1930, le Brésil va connaître une transformation majeure de son territoire. Dans un élan modernisateur et nationaliste, impulsé par les idées positivistes venant d’Occident, l’État-nation brésilien va confier au Maréchal Rondon la direction des « Comissão de Linhas Telegráficas » et « Comissão de Inspeção de Fronteiras ».
Ces deux missions vont profondément bouleverser des régions qui étaient jusque-là de véritables terra incognita. C’est autour de cette période de l’histoire brésilienne qu’Emilio De Azevedo va mener son enquête.
Pour les Résidences, il souhaite poursuivre ses recherches dans les archives du Maréchal Rondon du musée militaire du Forte de Copacabana et dans les collections du musée du quai Branly-Jacques Chirac, qui conserve également des photographies de ces missions.
Ces images d’archives, point de départ et « activateur » de son travail documentaire sur le terrain va déterminer son itinéraire au Brésil, dans les états du Mato Grosso et Rondonia.
L’œuvre finale proposera ainsi un « dialogue »
entre d’un côté, les images du Maréchal Rondon et de l’autre, ses photographies.
Pour l’artiste, cette juxtaposition permettra de mettre en évidence trois choses essentielles : « D’abord, mettre en évidence la transformation que ce territoire a connu en un peu plus d’un siècle. Ensuite, exposer les idéaux sous-jacents aux projets de la modernité brésilienne. Pour finir, offrir au public l’occasion de réfléchir autrement aux conséquences induites par nos modes habituels de représentations de la “ nature ”. »

Né au Brésil, Emilio De Azevedo émigre à l’âge de 10 ans à Bruxelles, où il poursuit ses études. Ses travaux se concentrent très tôt autour de son pays d’origine. En 2016, il entame un Master à la Escuela Internacional Alcobendas PhotoEspaña, et entre 2018-2020, il intègre le programme de résidence internationale à l’École Nationale Supérieure de la Photographie de Arles.

Fatoumata Diabaté (Mali)

« Attirée par le portrait et la photographie humaniste et sociale, je focalise mon travail principalement sur les femmes et les jeunes générations. La tradition orale, les croyances, la question de la transmission sont au coeur de mon travail. »

Nimissa
Lieu de réalisation du projet : Mali

Avec le projet photographique Nimissa – qui signifie regret en langue bambara – Fatoumata Diabaté veut faire entendre sa voix, en tant qu’artiste, dans la lutte contre l’excision, pratique encore très largement répandue au Mali. Grâce à la force de ses images, elle pense pouvoir sensibiliser les populations et réveiller les consciences en tant que victime. L’artiste s’interroge : « Comment donner un droit d’expression à ces femmes mutilées dans leur être profond ? Comment libérer une parole détenue dans les méandres de nos traditions et de leurs tabous à travers la photographie ? »
Pour les Résidences, Fatoumata Diabaté ira à la rencontre de ces femmes, qui comme elle, n’ont pas fait le choix de perdre une partie de leur identité. À travers une histoire commune, la série parle d’une démarche de reconstruction de cette identité féminine perdue, volée, d’un moi intime à jamais disparu.
De ces rencontres, l’artiste proposera une série de portraits de femmes et deux autoportraits, pris dans un studio improvisé dans un champ ou une cour.

Fatoumata Diabaté est née au Mali en 1980. En 2002, elle est l’une des premières femmes à intégrer le Centre de Promotion pour la Formation en Photographie de Bamako (CFP) qui vise à professionnaliser les photographes maliens. Elle expose dans de nombreux festivals : les Rencontres de Bamako (en 2005, 2009, 2011 et 2019), La Gacilly (2017), le festival Voies off des Rencontres d’Arles (2018, 2019) et la Biennale de Dakar (2018). Depuis décembre 2017, elle est présidente de l’association des femmes photographes du Mali. Elle vient d’être sélectionnée pour la prochaine campagne digitale de l’UNESCO parmi les 10 femmes créatrices de l’Afrique de l’Ouest.

Liza Ambrossio (Mexique)

« Mon approche est fondée sur un féminisme complexe et très personnel qui mêle cultures, cinéma, hyperréalisme, réalisme magique et cauchemars afin de représenter le développement d’une personnalité et d’une génération. »

The Witch Stage
Lieu de réalisation du projet : Mexique, Espagne, France et Japon

À travers The Witch Stage, Liza Ambrossio cherche à dénoncer la misogynie généralisée et les violences faites aux femmes, en interrogeant l’iconographie de la sorcière et les liens entre magie et féminisme. Ce projet de docufiction se veut un acte performatif néo-féministe mêlant photographies, vidéos et écrits. Pour l’artiste, passer par « l’étape de la sorcière » aujourd’hui signifie lutter contre les institutions patriarcales et s’éloigner des espaces longtemps considérés comme naturels pour les femmes. Ce projet s’appuiera sur des cas de violence connus et médiatisés au Mexique, en Espagne, en France et au Japon, quatre pays où elle a vécu et construit sa vision du monde. Intégrant des références culturelles de ces pays, ce projet se veut un acte d’exploration cathartique et critique qui incarne une sorte de psychanalyse sociale.
« The Witch Stage est un baromètre de la décomposition sociale et une lecture ironique des phases proposées par Sigmund Freud dans sa théorie du développement psychosexuel.
J’associe ces principes psychanalytiques à des théories du complot, des dénonciations sociales, des idées et des préjugés, tout en examinant la misogynie généralisée à la lumière de notions et de symboles relevant de la sorcellerie. »

Liza Ambrossio est née au Mexique en 1991. Diplômée en sciences politiques, à l’Université de Mexico, elle obtient une bourse pour poursuivre un Master en photographie à Madrid. Ses photographies, vidéos et performances sont empreintes de symboles liés à la sorcellerie, à la mythologie, aux souvenirs et aux légendes.
Elle y mêle également ses propres théories liées à la manipulation psychologique et aux violences faites aux femmes.

http://www.quaibranly.fr/

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