L'Invité.e

Carte blanche à Superpartners (SMITH / Piton) : Pistes découvertes pour un mardi enneigé, dépité, feu couvert

Temps de lecture estimé : 5mins

Pour leur première carte blanche, notre duo d’invités Superpartners formé par Nadège Piton, commissaire & productrice indépendante et SMITH, artiste et chercheur partage avec nous leur univers à travers une sélection très pointue d’ouvrages photographiques, de titres musicaux et quelques vidéos à visionner. De quoi accompagner vos jours et vos nuits pour cette nouvelle semaine hivernale…

Un choix de photographies opportunes, issues de livres très aimés : consolations pour l’an dernier perdu à jamais, et guides pour l’année qui s’introduit en nous, charriant noirceurs et espoirs fous.

Angry women (Collectif – Juno Publishing, 1999)

Souvenir d’une performance de Carolee Schneeman (Interior Scroll, 1975), intense, puissamment féministe, évidente – indispensable. Ce qu’en disait, alors, son auteure : “In this performance, I thought of the vagina in many ways– physically, conceptually: as a sculptural form, an architectural referent, the source of sacred knowledge, ecstasy, birth passage, transformation. I saw the vagina as a translucent chamber of which the serpent was an outward model: enlivened by its passage from the visible to the invisible, a spiraled coil ringed with the shape of desire and generative mysteries, attributes of both female and male sexual powers. This source of ‘interior knowledge’ would be symbolized as the primary index unifying spirit and flesh in Goddess worship.”

Space Invader : Invasion of Paris

Souvenir, encore, d’un autre monde, où arpenter la ville les narines au vent, à vélo la bouche ouverte aux moucherons, était un plaisir qui alors semblait acquis pour toujours. Comme la joie de découvrir, certaines aurores, un nouvel intrus de céramique, agrégé aux plaques de rue, ou planqué sous un portique. “This one was for you” : quelle chance ! La porte de mon lycée, s’en vit longtemps enorgueillie.

JH Engström : Livre “Day by day”

La ville que nous habitons et qui nous inspire est indisciplinée, métamorphique, sublime et mal-élevée. Notre affection partagée à l’égard d’une rue jajdis sur-fréquentée du bas-Montreuil, que nous hantâmes quotidiennement pendant plusieurs années, sans jamais, aveuglé.es par le quotidien, y capturer la moindre image, s’est vue traduite avec justesse et beauté, par le photographe suédo-montreuillois JH Engström dans un livre paru en fin d’année :

Masahisa Fukase : Masahisa Fukase

Empruntée à Donna Haraway, notre devise ne s’embarrasse d’aucun détour : “Make kin, not babies !”. Comme Haraway et nous, Fukase parente avec les membres de ses espèces compagnes, et particulièrement Sasuke, son incroyable et cher félin mille fois réincarné. Long live Sasuke !

Anaïs Boudot, série “Jour et ombre”


Qu’importe si tout est sombre, notre lumière intérieure suffit à incendier le monde. Ce n’est pas une citation de Yogi Tea, mais le sentiment profond qui surgit lorsque l’on se plonge dans la contemplation de l’oeuvre photographique d’Anaïs Boudot. Scrutons l’avenir à travers sa lentille, laissons les courants lumineux de nos vies secrètes en éclairer chaque recoin, et nous irons.
http://anaisboudot.net/

Tatoueurs, tatoués, portrait de Anna “Artoria” Gibbons, Hall and Christ Sideshow, Lincoln, Nebraska, 1976 par Randal Levenson


“I never been no place in my life”, confia un jour, à Arthur Lewis (l’auteur de Carnival), la prodigieuse Artoria, au corps hantologique couvert de reproductions de Michelange et Raphaël. Nous, trans, queers, bodymodifié.es, t’offrons, chère Artoria, une place de choix parmi la généalogie photographique de nos corps impensables.

Un choix de musiques, à bas bruit ou à tue-tête : splendeurs accompagnant nos nuits.

Victoria Lukas, Your desire for her ghost

Arca, Rêverie

Ana Roxanne, Suite pour l’invisible

Anohni, I will survive (reprise)

PNL, A l’ammoniaque

Lala &ce, Dodow&ve

Un choix de vidéos, à consulter pour occuper une insomnie, un long trajet en TER, une procrastination désaffectée.

“Symbiographie avec poulpes”, conférence de la philosophe Vinciane Despret, lors du colloque L’humain qui vient au Fresnoy :

“Espoir“, captation par l’artiste Jérémy Piette d’un instantané d’une soirée au Secret, cabaret impromptu se tenant chaque mois non-pandémique à proximité d’un célèbre cimetière parisien. Vous y reconnaîtrez le maître de cérémonie Monsieur K, les céleste créatures François Chaignaud et Florence Thomassin, ou votre dévouée – Nadège Piton.

Barbara Stiegler, « Comment s’engager en pandémie »
Les récentes et nombreuses interventions, percutantes et critiques, de la philosophe Barbara Stiegler sur les radios du service public français, nous inspirent intensément.

La Rédaction
9 Lives magazine vous accompagne au quotidien dans le monde de la photographie et de l'Image.

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