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Quelle place est donnée à la création photographique française en France ? Lors de sa première étude publiée en 2021, le CLAP (Comité de Liaison et d’Action pour la Photographie) pointait déjà le désintérêt des grands musées et des principales manifestations consacrées à la photographie. Deux ans plus tard et après une période bousculée par la crise sanitaire, qu’en est-il ? Le rapport a été mis à jour sur la période 2015-2022, et si les chiffres sont plutôt bons sur l’ensemble du territoire, les principales structures – celles qui bénéficient d’importantes subventions publique – semblent faire de la résistance…

En France, des rapports et des études sur le métier de photographe il y en a eu beaucoup, tous pointent une précarisation, des difficultés liées à l’activité, des baisses de revenu… Aujourd’hui, on sait faire état, mais il semble difficile d’agir pour améliorer la situation.
Ce nouveau rapport sur la visibilité de la photographie française du CLAP fait à nouveau état d’un dysfonctionnement évident des institutions, centres d’art et autres festivals à soutenir et mettre en avant les créateurs du territoire ! Plus une structure a de moyens financiers, plus elle va favoriser la création… internationale !

Le Jeu de Paume a été inauguré il y a presque 20 ans, ce centre d’art conventionné par le ministère de la Culture perçoit à lui seul 85% des subventions publiques – avec un montant de 4,9 Millions d’euros (sur son budget global de 8,3M€), les chiffres sont très inégaux d’une année sur l’autre, en 2015, seuls 16% de photographes français ou vivant en France sont représentés, en 2018, il sont 25%. Pour arriver à une moyenne de 30% sur la durée de 2015 à 2022. Soit moins d’un tiers de la programmation ! Et sur les photographes français·es exposé·es, la photographie contemporaine a du mal à exister, ses dernières années on a vu se succéder Jean Painlevé, Thibaut Cuisset ou encore Frank Horvat…

Graphique évolution des moyennes établies en 2020 (sur la période 2015-2020) et en 2022 (sur la période 2015-2022) dans les lieux conventionnés.

Graphique évolution des moyennes établies en 2020 (sur la période 2015-2020) et en 2022 (sur la période 2015-2022) dans les lieux subventionnés

À Paris, toujours, le BAL et la Maison Européenne de la Photographie se distingue également par des chiffres respectivement insuffisants et très problématiques. Le BAL, inauguré dans le 18ème arrondissement en 2010, et subventionné en partie par le ministère de la Culture enregistre une moyenne de 33% (0% pour l’intégralité de l’année 2022), soit une 4% de moins que lors de la première étude.
Pour la MEP qui est un établissement en partie subventionné par la Mairie de Paris, les chiffres ont littéralement plongé. Entre 2015 et 2018 la moyenne était de 51,02% et entre 2019 et 2022, on arrive à 17,35% ! Rappelons qu’en 2018, avant le départ de Jean-Luc Monterosso, alors directeur, il avait présenté au public l’exposition « La photographie française existe… Je l’ai rencontrée ». Il semblerait qu’il ait été le seul à l’avoir rencontrée…
Le changement de direction, avec l’arrivée de Simon Baker à la tête de l’institution a clairement changé la donne. De plus, il existe aujourd’hui deux niveaux d’espaces d’exposition : les galeries consacrées aux grandes expositions et le studio dédié à la création émergente, dont la visibilité est très restreinte. Aucune exposition dans les galeries n’a été consacrée à un·e photographe de la scène française. Seul·es quelque un·es ont été exposé·es dans le cadre d’exposition collective mais toujours dans une infime minorité.
Si on salue la volonté d’inclusivité de Simon Baker, cette année 2023 encore, la programmation sera à 100% internationale.

Du côté des manifestations, la logique semble être la même que dans les institution, plus le festival a de moyens financiers et plus il est réputé, plus il met en valeur la photographie internationale. Le festival des Rencontres d’Arles qui va inaugurer sa 54ème édition l’été prochain, bénéficie de 74,7% des subventions du ministère de la Culture. La moyenne de la représentation de la scène française dans la programmation est en nette baisse depuis 2019, correspondant à la nomination de Christoph Wiesner à la tête de la manifestation, faisant passer la moyenne de 37% en 2020 pour la période (2015-2020) à 23,76% sur les 8 années.

Du côté du festival Visa pour l’image à Perpignan – bénéficiant de 9,4% des subventions du ministère de la culture4 – les résultats sont homogènes depuis ces 8 dernières années, avec une moyenne qui ne dépasse pas les 30% de photographes français au sein de la programmation de la manifestation consacrée au photojournalisme.

>>> Lire l’étude complète SUR le site du CLAP : https://leclap.org/actions/quelle-visibilite-de-la-photographie-francaise

A LIRE : 
Le CLAP pour la photographie française
Rencontre avec Frédérique Founès : Lancement du CLAP dans la continuité du mouvement #PayeTaPhoto
Carte blanche à Patrick Tourneboeuf : CLAP de Fin !

Ericka Weidmann
Après des études d'Arts Appliqués et de photographie, elle rejoint un magazine en ligne consacré à la photo en tant que directeur artistique, poste qu'elle occupera pendant 10 ans. En 2010, elle s'installe comme DA en indépendant. En parallèle, elle devient responsable éditorial pour Le Journal de la Photographie et c'est en septembre 2013 qu'elle co-fonde le quotidien L’Oeil de la Photographie pour lequel elle est rédactrice en chef jusqu'en septembre 2016 avant de fonder 9 Lives magazine ! Ericka Weidmann est également journaliste pigiste pour d'autres médias.

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