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Pour sa première carte blanche, notre invité de la semaine, le photographe français Arno Brignon, nous fait une petite visite guidée de la ville rose. Comme il nous le confie, il ne serait jamais devenu photographe sans avoir vécu à Toulouse, sans avoir poussé les portes de la galerie du château d’Eau. Aujourd’hui presque 20 ans plus tard, c’est son travail photographique qui orne les cimaises de la Tour. Sa série au long cours intitulée « Us » sera visible du 25 janvier au 14 avril prochain !

Nougaro, aura chanté les Minimes, les Avions, St Sernin, la Castagne, il a oublié la photographie dans son ode à la ville rose. La galerie du Château d’Eau, en figure tutélaire, le ruissellement semble avoir ici fait son œuvre. Depuis 74 et son ouverture par Jean Dieuzaide, persiste un maillage tenu de Photographes, Écoles, Collectif, Boutiques, Labos, Lieux d’expositions, Festivals, Librairies… Certains ont disparu, épuisés comme le tant regretté Festival Manifesto. Les temps sont durs, mais n’empêchent pas la relève, d’autres s’installent comme il y a peu Analog Repair, qui ressuscite les appareils morts plus sûrement que rejailli le feu des anciens volcans que l’on croyait éteint.

Galerie du Château d’Eau © P. Nin

Série Us. Road trip au travers des villes éponymes des capitales européennes du territoire américain. Lisbon dans l’état du Maine, Aout 2018 © Arno Brignon / Signatures

Je n’aurais pas été photographe si je n’avais habité la ville rose, si je n’avais poussé, la porte du Château d’eau, découvert les expositions de Trent Park (2006), de Anders Petersen (2009), de Vivian Sassen ou Antonas Suskus (2010) alors que je ne savais encore rien de cet art – merci Jean-Marc Lacabe. Il y a eu ensuite, bien d’autres découvertes, qui se poursuivent aujourd’hui sous la direction de Magali Blenet et Christian Caujolle, celle de Laurent Lafolie (2021) ou Greger Ulf Nilson… J’ai surtout le souvenir des heures passées à fouiner dans la bibliothèque, guidé par Dominique Roux puis Estelle Lacanal. C’est un lieu enchanté, au fond qui n’a pas à rougir des grandes bibliothèques de conservation, dénué de l’intimidant protocole souvent associé. On peut ici errer dans les rayons, ouvrir un livre, le reposer, en saisir un autre, le picorer, faire confiance aux hasards, ou au classement alphabétique, venir pour dix minutes ou pour une journée… gratuitement. 

Bibliothèque du Château d’Eau ©F. Boucinha

Bibliothèque du Château d’Eau © P. Nin

Les lieux où suinte de la brique l’amour pour la photographie sont nombreux, le Labo Photon en est un autre. Conservant contre vents et marées les chaînes argentiques, c’est un refuge. Prendre le temps de discuter avec les tireurs n’est pas ici considérer comme une prestation, mais comme la normalité du travail. Mais, dans mon histoire, « St Cyp », comme on nomme couramment les Ateliers de Photographie de Saint-Cyprien occupe une place particulière.

Espace St Cyprien

St Cyprien

C’est un laboratoire (numérique et argentique) et une galerie depuis 1987, sis dans le Centre Culturel Municipal du quartier de Saint-Cyprien. Je ne connais pas en France d’équivalent, ailleurs non plus. Y sont proposé toute l’année, à des prix modiques, des stages et des ateliers ouverts tel un Tintin de 7 à 77 ans, mais aussi des résidences, des expositions, des workshops, des rencontres, des médiations…
Dolores Marat, Masao Yamaoto, Françoise Nunez, Mickaël Ackerman… Ils sont nombreux à être passé ici. Cette saison, Rodrigo Gomez-Rovira a exposé L’écho des silences, Alejandra Fayad Comme un ailleurs. Viendra en février A haute voix d’Alexandre Catière puis, à l’été, les projets des adhérents des ateliers recherche et confirmé. Expositions et workshops étaient plus nombreux avant ; maintenir les budgets pour la culture est une bataille de tous les instants. Mais l’esprit du lieu résiste : découverte et rencontre, expérimentation et partage. L’accès libre en est le symbole. Trois jours par semaine, les labos sont ouverts à tous·tes. Chacun peut venir développer, tirer, scanner, insoler, recevoir les conseils (ou pas) d’un des photographes intervenant, discuter (ou pas) et échanger autour de la photographie et tant d’autres choses. Matériel et chimie sont mis à disposition pour moins de 5€/jour. Sous la lumière inactinique se croisent amateurs et professionnels, et se révèlent des découvertes, des liens et des vocations. 

C’est là que j’ai appris la photographie, en 2004, découvert l’argentique sous les regards de Yutharie Gal-Ong, Omar Boukandil, Jean Luc Aribaud, Sylvie Fontayne et Stéphane Redon qui formait l’équipe des photographes intervenants. Ils sont toujours là, et j’ai la chance de les avoir rejoints pour quelques heures par semaine en 2010, presque en même temps qu’Ingrid Coumes-Marquet, qui coordonne depuis le lieu. Je ne suis plus le dernier arrivé, Lilie Pinot fait depuis peu aussi partie de l’équipe. Le labo a déménagé il y a quelques années, la galerie refaite comme la promesse d’un lieu ouvert à tous pour longtemps encore.

INFORMATIONS PRATIQUES

jeu25jan(jan 25)13 h 00 mindim14avr(avr 14)19 h 00 minArno BrignonUsLe Château d’Eau - Pôle photographique de Toulouse, 1, Place Laganne 31300 Toulouse

La Rédaction
9 Lives magazine vous accompagne au quotidien dans le monde de la photographie et de l'Image.

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