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Azimut, une marche photographique de Tendance Floue
T : Azimut, le livre aux éditions Textuel

Temps de lecture estimé : 11mins

Azimut le livre édité chez textuel, se signale comme un livre fait de l’épaisseur fluide du temps, du rythme sonore des pas sur le chemin, des corps trahis par la fatigue, des rêves de repos, des envolées du regard, des émois et de cette élection composite d’un temps multiple et singulier, proche de soi, corps retrouvé au rythme de la marche, azurs livrés aux infinis, à l’intériorité…..une aventure des terres, territoires, campagnes, dans ce temps de la campagne électorale et de l’élection aux pouvoirs d’autres marcheurs….

Le livre édité chez Textuel reprend les contenus publiés hier dans les Cahiers par le collectif de photographes Tendance Floue et de ses dix huit invités.. avec une nouvelle maquette et une distribution avoisinante des images. “ni tout à fait la même, ni tout à fait une autre…” là où la séduction du fac simile aurait pu s’exercer, faire solution, même en réduction de format, c’est une autre maquette, sobre, efficace, altière, déjà consensuelle, qui fait ce livre dans ses délinéations, ses méandres, comme un immense serpent…

…..et pourtant, pourrait-on se demander, pourquoi de ne pas avoir utilisé plus de la matière créé, lors de ces voyages, dont, nous, lecteurs, ne sauront rien de plus et, où, tout un contenu, évoqué il y a deux ans semblait devoir faire Le Livre, THE BOOK, entre les textes et les oeuvres produites, les fameux carnets, où une partie de cette vie fut consignée, matériau brut, les photographies et sans doute, toute la vie nocturne, rêvée, somnanbulique, dont parlent en creux certains portraits, certains paysages, certaines langueurs…

© Grégoire Eloy

Trente et une histoires, toutes authentiques rêvaient sans doute de se déployer plus largement, plus intrinsèquement, comme dans une épopée moderne, sans rien retirer de cette Aventure Majeure pour en faire un recueil ambitieux et hâbleur, un des qui roule des mécaniques quand même, au delà des réductions, des sélections, des compressions, un lieu différent et fécond, un Eden, et pourquoi pas en deux volumes, ou plus, quitte à ce que l’éditeur s’engage, véritablement.

© Stéphane Lavoué

Un aller retour entre la Nuit et le jour, entre l’immobilité et la marche, entre le positif et le négatif de ce livre à deux entrées comme un Yang impossible à dissocier de son Yin, comme un amour perdu cherchant son au delà, dans les traces encore vivantes d’une Aventure aux cent yeux, aux cent voix, aux mille et une nuits et autant de jour, à pas comptés pour ne pas hanter le vide de cette France, alors tenue par la campagne électorale puis l’élection, puis l’installation au pouvoir, de ces autres marcheurs, à reculons de l’Histoire, mais à y inscrire ces libertés de ton et de couleurs, d’expériences, là, sur les chemins et par les champs, dans les sous-bois et les faux bourgs, les villages, au centre de ce pays vertical, qui ne rêvait plus si haut, (attention gilets jaunes à venir…), rappelant la vertu profondément révolutionnaire du peuple de France, comme son conservatisme étroit, coupant, sa violence routinière, ses générosités et ses peurs, un pays pris à rebrousse-poil, fatigué de se perdre, prêt à se réinventer, là, tout de suite, dans ces marcheurs, auteurs, photographes, poètes, magiciens, tous, gens libres ou prétendant l’être, libertaires en idée plus que libéraux en avoir.

Azimut, le livre, est un film improbable, les pages vivantes du livre sont comme des balles, aux rebonds sonores, champ de l’invisible combat, alors que tout semble dit, et, pourtant… comme le chant des oiseaux repose au fond du soir, dans la nuit à venir et offre ce refuge, que s’est-il dit véritablement de chacune, de chacun des photographes marcheurs, des amis qui accompagnaient, quelle matière se trouve t-elle aujourd’hui dans ce panorama, dans toute la déambulation à rebours d’un temps productif, que reste t-il de toutes ces ombres ployées au creux des cils, de ces perceptions, histoires courtes devenues lisibles, si ce n’est cette Liberté Plénière vécue en DIRECT, par Nos marcheurs et de leurs traces enchantées, qui ont fait photographie et qui font ici, à travers 288 pages, LIVRE Itinérant et marcheur, roulant ses pages, vers l’avant comme vers l’arrière, donnant des correspondances et des passages, comme un fleuve, parfois patient et impatient, hâbleur, rouleur de flots sombres, ou pacifié et nonchalant, à l’humeur changeante, comme le temps.

Génolhac, le 24 juillet 2017 ©Frédéric Stucin

Azimut, le livre est un livre miroir du temps, apologue de bien des temporalités qui font l’épaisseur fluide de ce temps là, celui qui a pris forme et fait image…

Azimut le livre se trouve alors éclairé, à priori, par cette citation de Jean Baudrillard, parue dans un autre livre de Tendance Floue Sommes nous ? en 1999 . Un rétro-éclairage donne aux signes du présent le signifiant profond de son identité, invariable dans son approche du monde; quelque soit l’objet de l’exercice, le collectif, ici augmenté d’amis, réussit à donner une autre clé à cette entreprise, ces photographies, quête du subtil, de l’ essentiel, de l’écoute et du voir, à travers une pensée magique de l’image, une approche initiatique, ouvrant un chemin d’intériorité et de rencontres de soi dans et par le monde, une façon d’être au monde, et vivant….

L’ exposition de près de 300 tirages au Musée Nicéphore Niépce de Chalon sur Saône, autre destination…va offrir un autre retentissement à ce travail comme sans doute en prodiguer toute son ampleur…

Lieu d’une épreuve, d’une physique, le voyage, la quête sont avant tout un retour à soi, par le corps. La fatigue, en retour a su produire une forme de libération du regard, consacrant une sorte de tropisme, interprété, ici, par chacun à travers ce qu’il se produit, ce qui lui advient, dans ce temps décliné. Le projet était de se rendre, de se consacrer à cette Liberté organique de soi, sans contrainte, pour Voir….

© Antoine Bruy

Sans commande, sans résultat prévu, sans plan, avec tout le désir possiblement….et tout le champ des possibles; de quoi apercevoir aussi dans ces miroirs, livres et exposition, un état certain de ce pays intranquille.

Le projet a regroupé 31 photographes-marcheurs et couvert plus de 4 267 kms, à pied, par tous les temps, départ de Montreuil, arrivée à ST Jean De Luz, commencée par Bertrand Meunier, achevé par Yohanne Lamoulére. C’est une aventure photographique, sans précédent dans le paysage photographique français, comme le fut, précédemment et sur commande la mission de la DATAR.

Curieuse actualité que des marcheurs s’improvisent en politique pour prendre le pouvoir et que d’autres marcheurs, photographes pensent pendant 9 mois à couvrir le même territoire mais dans une Dé-Marche inversée du politique… Faut-il considérer que ces deux évènements n’ont en soi aucun lien, qu’ils sont le fruit de l’histoire politique d’un côté et de la liberté de créer, d’inventer, de se rendre libre, de l’autre?

© Julien Mignot

Une organisation efficace de la marche, rendue à elle même dans la totale liberté de ses marcheurs aux yeux clos, rend l’espoir intact de Dé-Couvrir ce qu’en même temps se Dé (s)-Illusionne en soi du fait de marcher, élément cathartique, auto-hypnose, dans l’instantanéité des rencontres. Cette autre perspective, plus efficiente que bien des discours, est déjà une rencontre avec le Réel, ce qui fait paysage, portraits des gens, des choses est aussi un instant pluriel, voyage, voyage immobile, présences, aventures, textes, dessins, peinture, géographie de l’instant. C’est un monde ouvert au compas des pas du marcheur, l’âme éveillée à la nuit, au jour, à ce temps naturel qui fait alterner sommeil et veille, une sorte de temps premier, celui de l’enfance, c’est pourquoi bien des marcheurs ont déjà remonter cette pendule intime pour se rythmer, s’éveiller, contempler; serait ce l’effet de l’ activation de cette dimension initiatique du chemin pour entrer dans le monde des signes, par une pensée magique, citée par Jean Baudrillard en 1999?

Le livre Azimut recense tout cela, recentre dans sa dispersion haletante, tout ou partie l’expérience ponctuelle et singulière de chacune, chacun, dans les ponctuations ouvertes à tous les langages; tous les signes accumulés forment ici, une ode à la Liberté, en noir et blanc, en couleur, en trait, en dessin, redonnant à chacun, au fur et à mesure des pages, une place prépondérante, sa place dans la contribution nonchalante, joyeusement libertaire, fondamentalement politique, car occupant tout le plan de l’être en ces territoires, dans la vie directe de toute vie sensible, associant rêves et ombres… bonne heure, masculin au féminin de soi et féminin au masculin de soi…tout un programme itératif acteur de singularités et de beaucoup plus….d’amour de la liberté de soi, sans aucun doute.

C’est pourquoi les images fusent et s’envolent comme dans un conte, habiteront non seulement ces terres traversées, vécues, vues, aimées, rêvées et choisies, mais aussi notre espace mental commun, cet Imaginaire de nouveau actif, sur le plan d’une représentation singulière de chacune, chacun, venu (e) Habiter ces territoires sur le fil du regard et de l’engagement. Un don de présences en retour des dialogues que tous ont promu, selon cet imaginaire où la pensée magique est entrée en résonance avec chaque vécu initiatique, au don de soi dans l’épreuve du voyage.

La photographie n’ y est pas devenue secondaire, comme je l’ai pensé premièrement, mais réfléchie, sous tension parfois, belle, comme un feu à la lampe, qui, par temps de brouillard diffuse son courroux rougeoyant et doux… dissipe le regard convenu, glisse sur la peau, émet un songe, rêve encore de photographies…. sans se démettre en passant sous les pierres, Sous le temps, pour faire oeuvre, car non seulement ce qui est inscrit du Réel sur les capteurs photos a fait photographie et image, mais aussi, fait “ponctum” piqure, afin d’éveiller en soi, ce pays parcouru, comme au rythme des vers rimbaldiens de ma Bohème, le poète marche dans les étoiles et ce Poucet rêveur a désormais son auberge à la Grande Ourse.

© Clémentine Schneidermann

Il semblerait qu’une frontière ait été franchie, rapport d une photographie qui s oublie en tant que photographie pour venir se lover dans le plein champ du rapport autobiographique et se soustraire à elle même, pour se réinventer en plein, en creux, selon, puis, s’épanouir humblement, dans la page blanche de l’édition qui l’accueille.

Azimut, le livre ne cesse de s’activer au regard, de se déployer, de se révéler comme un trans-porteur de sensations nettes, si bien que le livre s’anime d’une façon créative permanente, car témoin de ce qui constitue toute l’expérience des marcheurs (ou du moins ce qu’il été jugé bon d’en faire!) .

Tout un entre-aperçu chemine, se comprend aussi à rebours…. dans l’introspection, preuve que cette marche, organisée de Mains de Maître par le collectif pourrait se charger d’une autre étude des Territoires, en ces temps de pandémie. hors du retour des ombres de l’Histoire et de leurs assignations. c’est par la pleine mesure de ces talents que se refonde tout un imaginaire, positivement…comme une façon d’être..

Mais est ce bien là, le projet d’une Culture et de son ministère?

Ecouter :

A Z I M U T DONC ET DÉFINITIVEMENT…
Bertrand Meunier, Grégoire Eloy, Gilles Coulon, Meyer, Antoine Bruy, Marion Poussier, Denis Bourges, Pascal Aimar, Alain Willaume, Patrick Tourneboeuf, Flore-Aël Surun, Mat Jacob, Kourtney Roy, Pascal Dolémieux, Michel Bousquet, Julien Magre, Stéphane Lavoué, Léa Habourdin, Frédéric Stucin, Marine Kanier, Clémentine Schneudermann, Mouna Saboni, Guillaume Chauvin, Yann Merlin, Gabrielle Duplantier, Olivier Culmann, Laure Flammarion, Bertrand Desprez, Julien Mignot, Thierry Ardouin, Yohanne Lamoulère, sont les auteur(e)s photographes marcheurs de ce livre.
Livre de 288 pages, au design souple et sobre, tiré à 1 500 exemplaires, direction artistique, Grégoire Éloy et Bertrand Meunier, graphisme Justine Fournier, Clémentine Semeria, Coordination du projet.

https://tendancefloue.net/

ARencontre avec Bertrand Meunier (publié le 3/11/20)
ZInterview des commissaires de l’exposition Anne-Céline Borey et Sylvain Besson (publié le 4/11/20)
IRencontre avec Rencontre avec Léa Habourdin et Marine Lanier (publié le 5/11/20)
MRencontre avec Guillaume Chauvin, Yann Merlin et Yohanne Lamoulère (publié le 6/11/20)
URencontre avec Clémentine Semeria, chargée de projet du collectif (publié le 9/11/20)
TAzimut, le livre aux éditions Textuel (publié le 11/11/20)

INFORMATIONS PRATIQUES

sam24oct9 h 30 min2021dim24jan17 h 45 minAzimut, Une marche photographique du collectif Tendance FloueMusée Nicéphore Niépce, 28 quai des messageries 71100 Chalon-sur-SaôneType d'événement:Exposition,Photographie

Pascal Therme
Les articles autour de la photographie ont trouvé une place dans le magazine 9 LIVES, dans une lecture de ce qui émane des oeuvres exposées, des dialogues issus des livres, des expositions ou d’événements. Comme une main tendue, ces articles sont déjà des rencontres, polies, du coin des yeux, mantiques sincères. Le moi est ici en relation commandée avec le Réel, pour en saisir, le flux, l’intention secrète et les possibilités de regards, de dessillements, afin d’y voir plus net, de noter, de mesurer en soi la structure du sens et de son affleurement dans et par la forme…..
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