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FLORE : Robert Mapplethorpe, Josef Sudek et Sarah Moon, ces créateurs qui ont influencé mon travail

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Pour sa deuxième carte blanche, la photographe FLORE continue de partager les artistes qui l’inspirent et qui ont façonné son univers. Aujourd’hui, elle nous parle de trois photographes internationaux qui ont joué un rôle important dans la restitution de son travail en terme de formats et de textures. Il s’agit en premier lieu de Robert Mapplethorpe, qu’elle découvre au début des années 80, suivi de Josef Sudek, et un peu plus tard de Sarah Moon et Eric Doye…

Robert Mapplethorpe

J’ai 14 ans, lorsque je décide de devenir photographe. C’est clair dans ma tête. Je suis terriblement têtue avec ça.
Pour mon anniversaire, cette année-là, ma famille maternelle m’offre l’agrandisseur que je désire si ardemment.
Je viens d’un milieu modeste, mon père a déjà quitté ma mère sur le port de Tanger, elle nous élève seule. C’est une famille où il y a plus de livres et d’amour que d’argent et ce cadeau a dû être un sacrifice pour eux.
Alors je n’ai plus de chambre. Je dors littéralement dans ma chambre noire. J’y consacre tout mon temps libre des deux années suivantes et finalement le reste de ma vie.
Il n’y a personne pour m’apprendre. J’apprends donc seule en glanant ici et là des informations dans des livres et auprès de garçons plus âgés.
A 17 ans, je peux mettre un nom sur n’importe quel tableau impressionniste mais ma culture photographique se limite aux cartes postales en noir et blanc que je peux acheter. Heureusement pour moi ce sont les grandes années cartes postales, on trouve de tout, des Plossu, déjà, des Man Ray, des Harry Callahan. Je les punaise au mur du labo pour m’en imprégner.
Depuis peu, j’ai un Nikkormat qui me semble être la huitième merveille du monde; je crois encore qu’un bon tirage c’est forcément «de la matière dans les noirs et de la matière dans les blancs», qu’il n’y a qu’un format, le 24×36.

Catalogue de l’exposition Robert Mappelthorpe, 2014 © Editions RMN

Et puis, un jour, il y a Mapplethorpe. Le Mapplethorpe carré et softé des années 80. Je vis dans un monde assez interlope à cette période-là aussi son monde de me choque-t-il pas. Je suis fascinée par la beauté des tirages, par son flou-net et je vais passer les mois suivants à faire des tests, à essayer de comprendre comment arriver au même résultat.
Je n’aurai jamais le même résultat mais un beau jour mon propre flou-net me conviendra, que j’utiliserai pendant de très nombreuses années.
Je ne suis devenue consciente de l’influence de Robert Mapplethorpe que très tard, en 2014, en visitant l’exposition qui lui était consacrée au Grand Palais.

Josef Sudek

Ouvrage “Le monde à ma fenêtre”, de Josef Sudek, 2016 © Editions Cinq Continents

Quelques mois plus tard, en 1981, la Galerie du Château d’Eau de Toulouse organise une exposition Josef Sudek.
Quarante ans plus tard, je me rappelle comme si c’était hier le tirage, petit et assez sombre, d’une rose à peine éclose dans son verre à facettes émergeant doucement d’une gamme de gris inédite pour moi. Sa modestie me bouleverse. En découvrant que le sujet n’est rien, que le regard est tout, je tombe en amour pour l’œuvre et pour le monsieur qui l’a réalisée.
Aujourd’hui encore, un portait de Sudek souriant d’un air taquin est accroché derrière mon agrandisseur.

Sarah Moon

La mouette, 1998 © Sarah Moon. Exposition PasséPrésent au Musée d’Art Moderne de Paris

A la fin des années 80, celles que nous appellerons les années Sida, j’ai 25 ans.
Je gagne ma vie avec la photographie, toutes sortes de photographies.
Ce n’est pas toujours facile mais je m’accroche.
J’enseigne même, avec l’insolence de la jeunesse.
Je rêve toujours de devenir artiste.
Entre deux commandes, je fais des images pour moi, quelques expositions.
Malgré tout, je n’ai pas grand-chose à dire ; je ne le sais pas mais quelque chose de fondamental m’échappe encore.
N’ayant pas fait d’études, je passe au labo, depuis dix ans, tout le temps dont je dispose ; malgré tout des lacunes persistes.
Contrairement à Sudek, impossible aujourd’hui de me rappeler ni où, ni quand j’ai vu mon premier Sarah Moon en noir et blanc d’après Polaroid, ni même ce qu’il représentait. Seule l’impression est restée, très forte.
Sa couleur, depuis la campagne Cacharel, tout le monde la connaissait.
Ce dont je me rappelle, ce sont les tons très chauds et surtout le choc devant les dégradations de certaines images. Il faut me comprendre, au fond, je suis si seule dans ma pratique que je n’ai jamais entendu parler de son Polaroid. Dans ma tête, elle travaille forcément avec un 24×36 équivalent au mien, de sorte que je ne suis pas loin de la penser magicienne pour obtenir pareil résultat.
J’ai travaillé avec acharnement les mois suivants à l’altération de mes négatifs.
Ainsi, ai-je avancé au fil du temps et de mes coups de cœur vers une connaissance intime et profonde de mon médium.
La quête de cette connaissance, bien qu’elle soit aujourd’hui assez vaste, ne cesse de m’occuper et de me préoccuper parce qu’elle me confère une grande liberté d’expression lorsqu’il s’agit de mettre au jour une des images qui sont dans ma tête.
Je n’ai plus cessé de m’intéresser, je dirais d’une manière presque affective, au travail de Sarah Moon qui ne saurait bien sûr être réduit à la découverte d’un Polaroid et dont la sombre poétique continue de m’enchanter.

Eric Doye*

Eric Doye, que j’ai aimé, par son exigence, par sa maladie et par sa mort, m’a ouvert les portes de l’art, d’une pratique artistique de la photographie portée par le pouvoir expressionniste du tirage.

*1960- 1996, pensionnaire de la Comédie Française

INFORMATIONS PRATIQUES

ven18sep(sep 18)10 h 00 min2021sam30jan(jan 30)18 h 00 minRescheduledPasséPrésentSarah MoonEn attente de la réouverture des MuséesMusée d’Art moderne de la Ville de Paris, 11 Avenue du Président Wilson, 75116 ParisType d'événement:Exposition,Photographie

La Rédaction
9 Lives magazine vous accompagne au quotidien dans le monde de la photographie et de l'Image.

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