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Pour leur quatrième et dernière carte blanche, nos invitées de la semaine, les deux directrices photo de la revue La Déferlante Ingrid Milhaud et Camille Pillias, partagent avec nous leurs sources d’inspiration féministe ! Des lectures, des podcasts, des initiatives de collectifs, qui les accompagnent dans la lourde tâche de réaliser une iconographie hors de tout stéréotype “plus inclusives, moins toxiques pour celles et ceux qui ne se reconnaissent pas et étouffent dans les schémas dominants” !

Dans un contexte où les images que nous voyons ont été façonnées par des hommes et pour des hommes, penser une iconographie féministe est non seulement une nécessité mais également un challenge ! Puisqu’il s’agit de repenser des représentations en dehors des stéréotypes, plus riches en termes de points de vue, plus inclusives, moins toxiques pour celles et ceux qui ne se reconnaissent pas et étouffent dans les schémas dominants.
Mais comment questionner et repenser les images que nous produisons et diffusons sous le prisme du genre ?
C’est la question à laquelle nous faisons face, Camille et moi, à la Déferlante.
Avec bien entendu l’ensemble de la rédaction. Car sortir des stéréotypes, penser une iconographie plurielle en termes de sujets et de points de vue est stimulant mais demande un travail important de déconstruction. Mesurer chacun de nos choix, à l’aune de critères qui sont habituellement peu pris en compte dans les médias est passionnant ; Situer les points de vue de celles et ceux qui produisent les images, valoriser d’autres modèles de femmes et d’hommes que ceux qui nous enferment dans des rôles dont nous ne voulons plus est une chance inouïe dans nos parcours de vie et d’iconographes.

Et dans cette aventure iconographique, travailler à deux et faire équipe nous a semblé essentiel. Car le chemin est aussi semé de doutes, d’expériences et d’autant de prise de risques et nous ne sommes pas trop de deux pour nous soutenir face aux abymes de questions que nous traversons ! Et partager nos joies de voir cette iconographie en construction.

Dans cette optique, regarder du côté des modèles qui nous inspirent est primordial, car penser une iconographie féministe est rendu possible par les travaux de celles et ceux qui ont ouvert la voix et nous permettent aujourd’hui de nous nourrir de leur savoir, pensée, des modèles qu’elles et qu’ils ont su créer.

La liste pourrait être longue, elle est de toute façon importante, mais puisqu’il faut choisir alors voici quelques-unes des personnes qui nous inspirent et nous bousculent, en espérant qu’elles vous accompagnent sur le chemin de votre propre déconstruction des stéréotypes visuels :

Les Guerrilla Girls

Pointer avec humour la dissymétrie qui règne dans la milieu de l’art! Voici à quoi s’emploi brillamment ce groupe d’activistes et artistes féministes né à New York il y a 35 ans ; En réponse à la quasi-absence de femmes artistes dans les collections des musées et des galeries d’art, les Guerrilla girls crée notamment des affiches qui pointent par les chiffres l’invisibilisation du travail des femmes artistes dans le milieu de l’art tout en montrant comment leurs corps sont utilisés et omniprésents dans les mêmes collections.

-En 2020 elles ont publié un livre qui reprend toutes leurs actions depuis l’existence du groupe. https://www.guerrillagirls.com/store/the-art-of-behaving-badly
-Elles savent expliquer simplement et avec humour des notions importantes, comme le male gaze dans cette petite vidéo que l’on trouve sur la page d’accueil du site : https://www.guerrillagirls.com

-Le travail des Guerrilla girls est présenté dans le portfolio du numéro 2 de la Déferlante qui sort en juin 2021 https://revueladeferlante.fr/

Alison Bechdel : The Rule

Cette autrice de récits graphiques a publié en 1985 la bande dessinée Lesbiennes à suivre dans laquelle est publiée la planche intitulée The Rule qui est à l’origine du test connu sous le nom de test de Bechdel ou test de Bechdel Wallace .
C’est un indicateur de sexisme des films qui permet de mettre facilement en évidence, par 3 questions, la surreprésentation des protagonistes masculins dans les œuvres de fiction cinématographiques, la pauvreté des personnages féminins et l’importance que ces mêmes personnages représentent comme faire valoir des personnages masculins.
• Y-a-t-il au moins deux personnages féminins qui portent des noms ?
• Ces deux femmes parlent-elles ensemble ?
• Parlent-elles de quelque chose qui est sans rapport avec l’homme ?
– Pour voir la planche et en savoir plus, c’est par ici : http://bechdeltestfest.com/about/
– Alison Bechdel est aussi l’autrice de Fun Home et C’est toi ma maman ? dans lesquels elle creuse aussi la question de la famille.
Plus d’infos sur son site : https://dykestowatchoutfor.com

John Berger, Voir le Voir

John Berger est un critique et historien de l’art anglais. En janvier 1972, est diffusée sur la BBC en Angleterre une série documentaire sur l’histoire de l’art de 4 épisodes d’environ 30 minutes qu’il a réalisé, Ways of Seeing, qui feront également l’objet d’une adaptation sous forme de livre : Voir le voir.
John Berger y interroge les impensés des critiques académiques. Dans le chapitre 3 de son ouvrage, il interroge la place des femmes dans l’art occidental et dans nos sociétés, et parvient à expliciter simplement des mécaniques complexes.
« Naitre femme, c’est naitre, à l’intérieur d’un espace restreint et délimité, sous la garde des hommes ». Au-delà de cette citation du chapitre 3 de Voir le voir, John Berger a ouvert de nombreuses pistes de réflexion pour repenser nos iconographies, qui demeurent toujours d’actualité.
-On trouve facilement les 4 épisodes de Ways of seeing sur internet
-et le livre Voir le voir est disponible en librairie (éditions B42)

Beauté fatale de Mona Chollet

Dans cet essai important, Mona Chollet nous permet d’aborder au travers de son analyse des médias de masses, l’impact des images produites par ces médias sur nos vies. Et notamment les différentes injonctions faites aux femmes sur le contrôle de leur corps et de leur image. C’est un essai brillant et qui aide à comprendre et déconstruire les stéréotypes de genre.
-Beauté Fatale est toujours disponible en librairie (éditions la Découverte)
https://www.editionsladecouverte.fr/beaute_fatale-9782355220395

Lisa Mandel, Une année exemplaire

Lisa Mandel a publié une année exemplaire en 2020. Journal tenu durant une année qui en une planche quotidienne raconte les aventures de son autrice au moment où elle décide d’en découdre avec toutes ses addictions, des Mr Freeze à Clash Royale, et de se mettre en quête d’une meilleure hygiène de vie. Mais l’équilibre est une chose complexe, tout n’est pas aussi simple que dans les magazines et il ne suffit pas de se mettre au sport ou de manger des légumes pour aller bien.
Lisa Mandel est notre modèle et son livre en délivrera plus d’une des diktats auxquels nous devons faire face !
Vous trouverez une planche de Lisa Mandel sur l’actualité dans la revue La Déferlante
-Lisa Mandel, une année exemplaire, c’est par ici : https://lisamandel.fr
– Elle est aussi à l’initiative d’Exemplaire, une maison d’édition éthique avec les autrices et auteurs:
https://www.exemplaire-editions.fr/

Le génie lesbien d’Alice Coffin

Au travers de cet essai très personnel, Alice Coffin nous aide à repenser et requestionner la soi-disant « neutralité », notamment des médias, au moment où le vieux monde persiste à revendiquer la neutralité dans une vision du monde pourtant phallo et hétéro centré. C’est tout simplement intelligent. On y apprend la définition du mot lesbienne en page 193, qui en surprendra plus d’un. Oui ça décoiffe parce que cela fait réfléchir. Et non Alice Coffin n’est pas l’horrible personnage que certains médias ont dépeint. Mais elle ne pense pas comme tout le monde, et c’est très bien ainsi.
-Alice Coffin, Le Génie lesbien, est disponible en librairie (éditions Grasset)
https://www.grasset.fr/livres/le-genie-lesbien-9782246821779

Venus s’épilait-elle la chatte? Un podcast qui déconstruit l’histoire de l’art occidentale.

Notre culture visuelle est nourrie des représentations que nous offre l’art depuis toujours, ce podcast permet de jeter un oeil nouveau sur ces images et œuvres que l’on accepte et réutilise sans jamais mettre en doute leur point de vue sous prétexte de chef d’œuvre. Une déconstruction salutaire pour faire émerger un art qui ne soit pas oppressif et pour comprendre ce que l’on banalise.
https://www.venuslepodcast.com/

Merci de ne pas toucher , la web série culottée

Et parce que, quoiqu’en disent les pisse-froid, le féminisme ne manque pas d’humour, Hortense Belhôte révèle avec brio les dessous cachés de certaines œuvres, loin de l’érotisme hétéronormé que l’histoire de l’art a retenue. une invitation fort drôle à regarder différemment, et depuis plusieurs angles, les images.
https://www.arte.tv/fr/videos/RC-018008/merci-de-ne-pas-toucher/

La Rédaction
9 Lives magazine vous accompagne au quotidien dans le monde de la photographie et de l'Image.

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