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Suite à sa nomination du 12 mars dernier, Thierry Fontaine, lauréat 2015 de la Carte blanche PMU, boucle actuellement son projet photographique « Le prix du rêve, la terre promise ». Toutes les œuvres viennent d’être réalisées, après 3 mois de travail, en vue de l’exposition au Centre Pompidou en octobre prochain et de la réalisation du livre édité chez Filigranes. C’est lors de ce moment charnière que nous avons rencontré l’artiste, dans un café de Beaubourg à deux pas du lieu de sa future exposition.

Thierry Fontaine a besoin de temps pour réaliser ses images. Pour parler de son travail, il insiste sur le fait qu’il réalise des images qui ne peuvent pas être « trouvées », le réel ne l’intéresse pas, il s’en nourrit. Il a besoin de montrer des choses qu’il ne voit pas, il a besoin de rêver. Ses images, il les fait d’abord pour lui-même et c’est ensuite, si elles sont réussies, qu’il souhaite les partager et les échanger avec les autres. « Ca ne m’intéresse pas de faire des images qui me plaisent pour ne pas les montrer, je ne veux pas les garder pour moi, ou alors ce serait un autre projet de vie. ». Réalisant de véritables œuvres mêlant « création sculpturale » et « photographie », l’artiste développe ses créations autour de trois choses importantes, qu’il nomme « Trinité ». Il y a tout d’abord l’idée du déplacement, qui en général entraîne une rencontre et qui provoque un échange.

Quel était le projet pour cette sixième Carte blanche PMU ?

« Il était question pour moi de parler de rêve engendré par le jeu. Un pari c’est un jeu. A ce jeu se trouve associé un espoir : gagner. Au possible gain se trouve associé le rêve : subitement réalise un projet jusque là inaccessible. Par exemple changer sa condition de vie. Tous les joueurs n’envisagent pas cette possibilité. Certains ne voudraient pas changer leur condition et se contentent d’éprouver la seule excitation du jeu. Mais en privilégiant le rêve, je donne place aux espoirs de chacun. Possibles, impossibles ou simplement étranges*. »
Comme je ne suis pas joueur, je n’ai pas réellement souhaité me mettre à la place du joueur, j’ai alors proposé de créer un rêve, le rêve que peut provoquer le jeu. Toutes mes images sont des rêves, je les fabrique, je ne fais aucun snapshot. Les images que j’ai réalisées ne représentent pas le jeu d’argent, elles l’évoquent, mais de façon assez cryptée. Elles ne sont pas conceptuelles, elles parlent plus d’une poésie que d’une chose plus objective.

Comment avez-vous abordé le projet ?

Comme une nouvelle expérience, j’avais 3 mois pour faire les images. C’était pour moi un vrai challenge. De manière générale, je travaille lentement, réaliser une image peut me prendre plusieurs mois. Ici, la logique et le schéma était différents car tout doit arriver en même temps : l’idée, la fabrication, la réalisation et la finalisation. Une idée arrive, je l’exploite, j’expérimente. Si ça ne marche pas, c’est que ce n’est pas bon et je passe à autre chose. Pendant un trimestre, on est dedans presque tous les jours, c’est très intense.
Avant de commencer, je n’avais aucune idée précise des photographies que j’allais faire. Je suis habitué à faire des images et je sais que ca peut venir très vite. Les images que je fais en ce moment dans le cadre de la Carte blanche me plaisent beaucoup, et si je n’avais pas été retenu, je n’aurai jamais eu l’occasion de les faire. J’ai dû me mettre dans un monde précis pour pouvoir les imaginer. Ici, j’ai pu rebondir d’une image à une autre. Ce n’est pas toujours le cas, habituellement, je ne travaille pas en série, chaque image est un moment, même si on peut créer des groupes à postériori. Mais dans ce cas très précis certaines images en ont amenées d’autres. Par exemple, dans l’exposition, il va y avoir 3 photographies de poissons dorés, et une de poissons noirs. J’ai eu besoin de faire cette dernière car je me suis dit, si on est dans un rêve, il y a du bien mais il peut aussi y avoir parfois du noir, il peut y avoir des cauchemars… Métaphoriquement, dans ce cadre ci, on a des gagnants, mais on a aussi (surtout) des perdants. Et puis, au niveau plastique j’avais envie de donner de l’équilibre dans l’exposition.

Parlons de vos images justement, aujourd’hui, nous dévoilons trois de vos œuvres, pouvez vous nous dire comment vous avez exploité l’idée du jeu ?

Pour les « Poissons dorés », on est complètement dans l’idée de la pêche miraculeuse. Je me suis dit que jouer c’était comme pêcher. Je me suis rendu compte que quand on va dans les endroits ou les gens jouent, ils passent beaucoup de temps à attendre. Attendre que la course commence, qu’elle se termine, attendre une autre course… Il y a toute cette longue période d’attente où le joueur ne fait rien et la pêche c’est vraiment ça. Ce n’est pas les petits gains qui intéressent les joueurs, c’est plutôt la grosse cagnotte. Avec la pêche miraculeuse, c’est la même chose, on s’attend à avoir le gros lot !
Ce tas de poissons dorés posés sur le journal, c’était pour moi une manière de confronter ces deux choses, la matière pauvre du journal et ces poissons dorés qui en apparence évoque le « précieux ».
La seconde est un tas d’allumettes au 2/3 cramées et leurs têtes sont dorées. En fait pour moi, c’est un peu une façon de dire que même « cramé » on peut encore avoir de la valeur. On peut se dire que tout n’est pas perdu, qu’il y a de l’espoir. Le titre c’est « Les joueurs », pour moi il y a vraiment l’idée qu’à travers ces allumettes, on peut voir des individus.
Et enfin « Le joueur », c’est pour rappeler les joueurs qui épluchent les journaux spécialisés pour faire leurs pronostics. J’ai photographié une personne de dos, on voit son épaule et ses mains avec un journal ouvert. Toutes la feuille de journal est dorée, comme si il tenait une feuille d’or, le soleil est derrière, si bien que l’on voit l’ombre de sa tête se reflète dans la feuille.
Les titres sont très importants, car même si ce sont des images ouvertes, le titre permet de diriger le sens.

Comment s’annonce le projet d’exposition de livre ?

Ca se passe très bien. C’est un vrai projet collegial. Je discute de mes idées avec Clément Chéroux et son équipe et Françoise Vogt du PMU, c’est une chose à laquelle je tiens. Quand je fais mes images j’aime être seul, mais une fois que les images sont faites, j’ai besoin d’être entouré et accompagné. La configuration de la galerie du Centre Pompidou est assez particulière. C’est un long espace, il est très élégant mais pas classique, je m’appuie donc sur l’expérience de l’équipe de Beaubourg pour savoir ce qui va fonctionner, ou pas… Les tirages sont réalisés avec un tireur avec qui je travaille depuis de nombreuses années. C’est une demande que j’ai eu dans le cadre de cette Carte blanche, car dans un temps aussi court, j’ai besoin d’avoir quelqu’un qui connaît mon travail et qui peut vite me comprendre.
Pour le livre, c’est une chose à laquelle je tiens; en général quand je travaille sur un ouvrage, ça se passe de la même manière, j’estime que personne ne doit interférer sur mes images, alors j’ai envie que les graphiste soient libres, c’est vraiment à eux de faire des propositions. J’ai juste demandé à ce que mes images ne soient pas recadrées. Et puis j’ai vu les précédents livres conçus par Whitepapierstudio, c’est très bien fait, je ne suis pas du tout inquiet.

*Introduction de la présentation du projet

EXPOSITION
Thierry Fontaine, lauréat Carte blanche PMU 2015
du 7 au 19 octobre 2015
Centre Pompidou
Place Georges-Pompidou
75004 Paris
France
https://www.centrepompidou.fr
http://carteblanchepmu.fr
http://www.thierry-fontaine.org

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