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Le jury vient d’annoncer le nom du lauréat du Prix Roger Pic 2021. Il s’agit  du photographe documentaire Alexis Vettoretti pour sa série intitulée L’hôtel de la dernière chance. Florence Levillain (Signatures, maison de photographe) a quant à elle reçu la mention spéciale pour “Nébuleuse”. Doté de 5.000 € par l’Association Scam Vélasquez, ce Prix récompense le travail d’un photographe témoignant d’un regard humaniste et généreux.

Le jury était composé de Jacques Graf, Sandra Reinflet, Guy Seligmann, Christine Spengler et Steven Wassenaar.

L’hôtel de la dernière chance de Alexis Vettoretti

Je me suis rendu régulièrement dans un hôtel longue durée d’un quartier populaire de Paris. Depuis un demi-siècle ce lieu accueille des hommes, un loyer moyen de 500 € par mois pour quelques m2. Ils s’appellent Joël, Rolland, Pascal et vivent dans une chambre, sans cuisine, toilettes et douche à l’extérieur. Ils font partie de la « zone grise ». Une zone de notre société boueuse, où quand on y met le pied, il est difficile d’en sortir. Elle s’accroche aux godasses et laisse des traces. Alexis Vettoretti

Photographe documentaire, Alexis Vettoretti part à la rencontre des gens et du temps. À la recherche de cette nostalgie qui attrape les cœurs, lui pour qui le fatalisme a quelque chose de séduisant, aime raconter des histoires de vie qui s’inscrivent dans une temporalité sociale donnant matière à réflexion et émotion. Il aime que ses photos d’abord interpellent, puis s’adoucissent ensuite, et se laissent apprivoiser par le regardant. Il s’intéresse à la condition ouvrière, celle qui traverse les époques et les géographies, et dont les groupes d’individus sont aujourd’hui les témoins d’une révolution florissante passée. Brouillant la temporalité, il emmène le public à la rencontre de femmes et hommes qui sont là, immuables, parce qu’en réalité, tout change et rien ne change.

© Florence Levillain

Nébuleuse de Florence Levillain / Signatures.

C’est l’histoire d’une adolescente qui décrit le monde qui s’offre à elle. Le monde présent confiné, absurde, contradictoire mais auquel elle tient malgré tout et le monde à venir, inquiétant, entaché de problèmes écologiques, sociaux, sanitaires mais qu’elle souhaite irréductiblement humoristique et créatif. On y parle ensemble d’être obligatoirement dans sa bulle, solitaires et perclus d’ennui, de pollutions de toutes sortes mais aussi d’espoir et de poésie. Car à 15 ans même abasourdie on veut y croire. Cette série ambivalente dénonce la noirceur du monde mais de manière lumineuse et chatoyante pour rester tournée vers l’avenir et porteuse d’espoir. Florence Levillain

Florence Levillain suit deux lignes directrices centrées sur l’humain, l’une sociale, l’autre ludique. Elle entre dans les collections de la MEP avec une série hommage à Sabine Weiss et dans celles du MFP avec « Parce qu’ils le valent bien » (2017). Ses portraits d’usagers des bains publics sont exposés au festival ImageSingulières, à la Maison des métalos, au Merlan et lors du Mois de la photo du Grand Paris (2018). Lauréate des résidences des festivals Les femmes s’exposent (2018) et Saint-Brieuc (2019) elle aborde le territoire par le biais de portraits d’anonymes. En 2020, elle expose « Au pied de la lettre » à fotofever et « femmes de science », une carte blanche de l’université du Havre. Florence Levillain est membre de l’agence Signatures.

Ericka Weidmann
Après des études d'Arts Appliqués et de photographie, elle rejoint un magazine en ligne consacré à la photo en tant que directeur artistique, poste qu'elle occupera pendant 10 ans. En 2010, elle s'installe comme DA en indépendant. En parallèle, elle devient responsable éditorial pour Le Journal de la Photographie et c'est en septembre 2013 qu'elle co-fonde le quotidien L’Oeil de la Photographie pour lequel elle est rédactrice en chef jusqu'en septembre 2016 avant de fonder 9 Lives magazine ! Ericka Weidmann est également journaliste pigiste pour d'autres médias.

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