PhotoPortfolio

Un conte, de Florence D’elle

Temps de lecture estimé : 5mins

Pour cette première semaine de rentrée, nous avons choisi de vous présenter le dernier travail de Florence D’elle. Rencontrée lors des Photo Folio Review organisés lors des Rencontres d’Arles, la photographe belge nous dévoilait ce conte relatant son histoire par le biais du collodion humide. Des procédés historiques pour dévoiler le profond de son être. Chaque semaine nous partageons le travail d’un·e photographe, cette rubrique est la vôtre, soumettez vos portfolios !

Après un parcours photographique d’auteure de plusieurs années en numérique (Les Secrètes, Re Birth), j’explore depuis maintenant cinq ans les méandres des techniques historiques.

Après Resili O, la série photographique la plus rugueuse qu’il me semble avoir réalisée à ce propos, je présente ici mon dernier projet personnel, aboutissement d’un voyage introspectif réalisé sur une année. Bercée par La Leçon de Piano de Jane Campion, La Belle et la Bête de Jean Cocteau ou les ballades de Loreena McKennitt au coin du feu en forêt de Brocéliande, j’ai écrit ce conte, mon conte, mon histoire.

Onirique, rêveur, silencieux, avoué, chaotique, brûlant, incertain mais lumineux, il s’agit d’un conte qui puise ses racines sur plusieurs décennies dans un passé rêveur mais aussi à une certaine forme de violence masculine.

Il était important pour moi d’être présente sous forme d’autoportraits et d’images de ma fille et de porter ce projet vers l’extérieur, une forme de labyrinthe de Pan, de suaire de Turin, un monde magique qui crée une autre réalité dans un langage inter-générationnel : la photographie lente est un prolongement de soi avec un dépassement à des situations d’impact ou de douleur.

L’utilisation de la chambre photographique en collodion est un processus qui se passe à l’intérieur de moi. Elle donne un rythme d’atemporalité. L’arbre est une porte qui ouvre l’espace. Les imperfections appartiennent au processus lent et représentent les clés de son langage. Je me plais à brouiller les pistes et garder une part de mystère.

La volonté de le réaliser uniquement avec la technique ancienne du collodion humide en ferrotypes était d’y apporter matérialité, lenteur, rêverie palpable d’un support organique et charnel dans une écriture empreinte de symboles mais laissant néanmoins libre cours à l’imagination. La lenteur du temps consacré à cette technique est indissociable du contenu sans cesse construit que l’on souhaite y déposer.

Fureur éparpillée
Les Lucioles s’invitent au bal une nuit de lunaison
Une Intuition qui flamboie dans un château au Portugal
Ornement tel une renonculacée
L’aurore suivie de son silence
Un secret, le temps, un poème, un rêve
La noce n’a pas encore eu lieu
Elle est mystère et mélancolie
Pythonisse ne s’est pas méprise
Après le chaos vient la respiration lente
L’aveu d’une lumière distillée de ses doutes
Bruissement fantasmagorique, onirique et vénéneux
Des odeurs d’encens, de jasmin et de mousse
Le sacré rejoint l’humain
Arbre de vie
Diane accompagne la lumière d’une glycine
La femme ère et la forêt lui fait écho
Douceur d’Anatidae sur un lac
Malgré l’emprise, les arboressences s’épanouissent
Propylée est le sens, vestibule du temple
Racine éthérée n’est pas rêve : l’âme est beauté et élan
Poème visuel d’une pluie mystérieuse
Au plus profond de l’âme
Le lierre trouve le chemin du sacré
Une place dans le monde
L’intériorité est un lent interstice
Une identité précieuse

Née en 1971 en Belgique, où elle vit avec sa famille et travaille, Florence D’elle débute la photographie par hasard il y a un peu plus de dix ans. En 2010, elle est lauréate de la médaille d’or du Prix Glod Fine Art Photography au Hyogo Art Museum de Kobe, au Japon.

Deux séries de photographies numériques ont vu le jour entre 2010 et 2014 : Les Secrètes (2010) exposée dans des galeries en France, en Belgique et à l’île Maurice puis Re Birth (2014), une vision personnelle de la femme à l’époque de la Renaissance, reproduisant en photographie la technique du clair-obscur des peintres flamands, exposée en galeries à Bruxelles et à Paris en Solo Show lors de Fotofever.

En 2015, sa vie bascule suite au décès de son compagnon et tout son langage photographique a été bouleversé. Elle se tourne alors vers l’argentique et uniquement les techniques historiques (collodion, charbon, bromoil et lith) : la technique de la lenteur devient le support d’une nouvelle écriture photographique.

“Resili O”, la série la plus personnelle, intime et rugueuse qu’elle ait écrite, aboutie en 2016, vision personnelle d’un chemin de résilience réalisé en techniques historiques, a été exposée dans des galeries en Belgique, quelques intrus à la Biennale de Venise en 2017 avec le programme TransBoarding Art, en projection au festival Les Photographiques du Mans en 2020 et  au festival Are You Experiencing au Havre en mai 2021.

Réalisée sur un an entre 2019 et 2020 dans le cadre d’un suivi de projet FotoMasterclass à Paris avec FLORE, Sylvie Hugues et Adrian Claret, sa dernière série Un Conte a été réalisée à la chambre photographique avec la technique ancienne du collodion humide en ferrotype à la main. Cette nouvelle série a été présentée aux Nuits Photographiques de Pierrevert 2021 et retenue préfinaliste pour le Festival Revela T à Barcelone.

Florence D’elle est sélectionnée pour participer à la résidence photographique du Musée Sunnhordland au Monastère de Halsnoy en Norvège en 2022.

Site internet : http://www.florencedelle.com/


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Comment participer ?
Pour soumettre votre travail à la rédaction, il vous suffit d’envoyer à info@9lives-magazine.com

• Une série composée de 10 à 20 images. Vos fichiers doivent être en 72DPI au format JPG avec une taille en pixels entre 1200 et 2000 pixels dans la plus grande partie de l’image ;
• Des légendes (si il y a) ;
• Un texte de présentation de votre série (pas de format maximum ou minimum) ;
• Une courte biographie avec les coordonnées que vous souhaitez rendre public (site web, email, réseaux sociaux…)

La Rédaction
9 Lives magazine vous accompagne au quotidien dans le monde de la photographie et de l'Image.

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