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Pour sa quatrième et dernière carte blanche, notre invité de la semaine, le journaliste, photographe et éditeur Gérald Vidamment, partage avec nous un ouvrage coup de cœur, il s’agit d’ “Isle of Eigg” de Charles Delcourt publié aux éditions Light Motiv et finaliste du Prix HiP 2021 dans la catégorie Nature & Environnement. Pour terminer cette semaine sous le signe de l’édition, embarquez pour un voyage pas si lointain, mais tellement inattendu, dans un recoin de l’Écosse.

Isle of Eigg, de Charles Delcourt (éditions Light Motiv)

Isle of Eigg, de Charles Delcourt (éditions Light Motiv)

Isle of Eigg, de Charles Delcourt (éditions Light Motiv)

Au cœur de l’archipel des Hébrides intérieures se tient Eigg, une île méconnue, et pourtant fière capitale des Small isles. Sur ce caillou habité dès l’âge de bronze vivaient au Moyen-Âge les MacDonald, ennemis jurés des MacLeod, installés non loin, sur Skye.
En 1577, la population de quelque quatre cents âmes fut décimée, massacrée par le Clan Leod. Près de quatre siècles plus tard vit de nouveau sur l’île un peu plus d’une centaine d’habitants ; autrement dit, une famille au kilomètre carré. Collectivement propriétaires du joyau naturel suite à un rachat inespéré en 1997, ces Eiggers du XXIe siècle forment désormais un nouveau clan de lairds, mais sans chef. Vingt ans s’écoulent et, à force de persévérance, l’île gagne son indépendance énergétique grâce à un système de production électrique basé sur trois énergies renouvelables : l’éolien, l’hydroélectrique et le solaire. Une première dans le monde !
Ayant mis le pied sur ce rocher pour la première fois en 2015, Charles Delcourt fut témoin de ce nouveau chapitre écrit par les habitants.

Isle of Eigg, de Charles Delcourt (éditions Light Motiv)

Isle of Eigg, de Charles Delcourt (éditions Light Motiv)

Life on the rocks

Architecte paysagiste de formation, le photographe fut immédiatement saisi par la beauté de ces espaces de landes et de bruyères préservés ; mais bien vite, son objectif visa un tout autre dessein : celui de mieux connaître les âmes ayant épousé cette terre écossaise dépourvue de port durant des siècles. Une terre où le temps s’écoule au fil de deux uniques saisons, « celle de l’obscurité et celle de la lumière », comme le souligne l’habitante Camille Dressler, historienne et activiste, dans la préface de l’ouvrage. Qui connaît vraiment la vie insulaire sait que l’hiver résonne le plus souvent comme un véritable défi pour l’homme. Les images de Charles montrent à quel point ses habitants se sont pliés aux règles de la nature, redoublant d’efforts et d’ingéniosité, dans le respect et la reconnaissance envers ce roc inébranlable. Littéralement imprégnées des histoires quotidiennes de chacun, peu importe qu’il soit « vieil arrivant » ou « nouvel arrivant » – comprendre avant ou après 1997 –, ces photographies interrogent autant sur la quête d’un prétendu paradis perdu que sur notre capacité à savoir faire des choix simples et rationnels.
Au fil d’une lecture ponctuée de feuilles translucides jouant les facétieux trouble-fêtes, Charles nous offre une galerie de tableaux vivants, lumineusement peints au moyen format, des membres d’une communauté d’avant-garde et solidaire. En somme, d’irréductibles et attachants insulaires qui, en toute discrétion mais à pleins poumons, lancent cet appel, de la poupe à la proue, et jusqu’au sommet d’An Sgùrr, que tout est encore possible pour qui veut bien le croire. Sacrés pirates, on aurait tort de ne pas vous écouter.

Couverture Isle of Eigg, de Charles Delcourt (éditions Light Motiv)

https://www.prixhip.com
https://www.lightmotiv.com

La Rédaction
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